General Elektriks, le musicien antistatique

General Elektriks, le musicien antistatique
General Elektriks © T. Deussen

Le Français a la bougeotte sur scène, sur disque et dans la vie. Passé par Londres, San Francisco et Berlin, Hervé Salters – alias General Elektriks – jongle entre les influences et les époques. Rencontre à Paris, à l’occasion de son quatrième album, To be a stranger.

Apatride, peut-être pas. Binational, oui. Hervé Salters parle aussi bien les langues de Shakespeare que de Molière. Né d’un père irlandais et d’une mère française en banlieue parisienne, lui et ses trois frères ont baigné dans le jazz et la musique classique de leurs parents avant de s’emparer de la pop, par esprit d’indépendance. À 8 ans, le jeune Hervé est mis au piano, "j’ai eu beaucoup de chance, c’était le bon instrument, je me suis tout de suite senti heureux. J’ai ensuite vite versé dans l’improvisation et le jazz" se souvient le musicien. De 13 à 17 ans, il suit sa famille qui s’expatrie à Londres, capitale de la musique pop. L’occasion de monter un groupe au lycée avec son frère à la basse et lui au clavier.

Télescopages
 
Hervé Salters aime autant les chansons que la musique qui groove, qui chaloupe. Les Beatles, David Bowie, Curtis Mayfield, Gill Scott Heron, côté textes et mélodies, Charles Mingus, Duke Ellington ou le Wu Tang Clan pour leur musique, Prefuse 73 ou Four Tet pour leurs textures sonores. General Elektriks jongle entre les influences et les époques.
 

Ce projet prend forme en 2003 avec un premier album Cliquety Kliqk, un peu passé inaperçu malgré ses ambiances fantasques et chamarrées, avec télescopages de sons drolatiques. La marque de fabrique de General Elektriks est déjà là : des claviers d’époque, une voix singulière haut perchée, des mélodies accrocheuses, une musique à la fois mélancolique et joyeuse… Ses détournements rappellent son nom de scène, inspiré du nom d’une compagnie américaine. Hervé et sa compagne, enseignante, habitent alors San Francisco. Séduits au cours de vacances, ils y resteront finalement 12 ans, jusqu’en 2011.

 
Héritage soul et funk
 
Le musicien rencontre le collectif californien Quannum Project, qui devient selon ses propres dires sa famille d’accueil, et collabore sur un album et des concerts du duo de rap Blackalicious. "Pour la première fois de ma vie, j’avais l’impression de monter dans le train plutôt que de courir à côté, en étant aux Etats-Unis et en entendant toute cette musique afro-américaine autour de moi. Cela m’a aussi permis de savoir me placer en tant que musicien blanc parisien de la classe moyenne par rapport à l’héritage soul et funk, en ne versant pas dans l’imitation mais plutôt dans l’appropriation."
 
Berlin
 
Son clavier de chevet : le Clavinet-C. "C’est une sorte de clavecin électrique allemand fabriqué dans les années 1960. Il a beaucoup été utilisé en funk, notamment par Stevie Wonder (Superstition) ou Herbie Hancock, qui l’ont détourné. Il se prête à un jeu très percussif, je l’ai toujours sur scène" explique Hervé, que l’on peut voir sauter et danser derrière son clavier.
 
En concert, il est entouré des mêmes musiciens depuis 2009. Mais en studio, Hervé compose et arrange seul. En 2012, lui et sa famille ont déménagé à Berlin, à la faveur de la tournée due au troisième album Parker Street. Berlin, peut-être la ville appropriée pour des rêveurs comme lui. "Mon emménagement a nourri mon quatrième disque. Je suis comme un migrant, bourgeois, puisque c’est un choix. Plus qu’ailleurs, j’y ai eu la sensation d’être étranger et de ne plus appartenir à nulle part."
 
General Elektriks, To be a stranger (Wagram Music) 2016.

Site officiel de General Elektriks
Page Facebook de General Elektriks

En concert le 29 novembre à l'Olympia à Paris