Monogrenade, nouveaux parfums électro-pop

Monogrenade, nouveaux parfums électro-pop
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Le jeune quatuor de Montréal, qui tire son nom du savoureux fruit, est mûr pour lancer en France, son premier album Tantale. Et cette évocatrice collection de morceaux imprégnés de pop moderne, d’électro et de musique classique n’a rien d’un supplice, bien au contraire.

Depuis sa naissance en 2008, Monogrenade a fait ses classes en accéléré, se taillant rapidement une place de choix sur la scène musicale indie québécoise. En plus d’avoir créé un mini-album remarqué (La Saveur des fruits) et un premier disque très prometteur (Tantale, paru au Québec en 2011), la formation s’est rendue jusqu’en finale du concours de musique francophone Les Francouvertes, une aventure formatrice qui a permis à beaucoup d’entendre ses chansons originales pour la première fois.

Durant la même période, le quatuor souvent comparé à Karkwa a également acquis beaucoup d’expérience scénique tant au Québec qu’en Europe. "Au cours des deux dernières années, nous avons eu l’occasion de jouer dans des salles de tous genres et de toutes dimensions, ce qui est vraiment un privilège pour un jeune band", raconte l’auteur et compositeur Jean-Michel Pigeon, ravi de traverser l’Atlantique une troisième fois en compagnie des musiciens Mathieu Collette (batterie), Marianne Houle (violoncelle) et François Lessard (basse).

"Notre spectacle a évolué et certaines versions des chansons de l’album, comme Immobile et Tantale, ont été revues", ajoute le batteur, tout aussi enthousiaste. "Deux violonistes se joignent maintenant à nous en tournée, ce qui ajoute une dimension très intéressante, vu l’importance des cordes sur le disque." C’est ce spectacle profitant d’une mise en scène toute neuve qu’ils s’apprêtent à présenter en France durant un peu plus de deux semaines.

Le travail porte fruit

Il y a quelques années, Monogrenade a dû s’adapter à un changement majeur : le départ de son chanteur. Depuis, c’est Jean-Michel, également pianiste et guitariste, qui a pris la relève : "Il fallait rapidement trouver quelqu’un pour chanter sur Tantale. Nous avons organisé des auditions, mais c’était difficile, se souvient-il. J’ai finalement décidé de chanter, même si je ne me considère vraiment pas comme un chanteur." Sur l’album, les voix et les instruments sont mis sur un pied d’égalité, et les autres membres du groupe chantent davantage.

Survenu peu de temps après l’arrivée de la violoncelliste, ce moment charnière leur a paradoxalement permis de peaufiner leur signature : un mélange judicieux de textures électroniques et acoustiques dominé par des cordes majestueuses, des arrangements soignés et une bonne dose d’électro. Un mariage intéressant, combiné à des textes francophones, qui doit en partie son originalité aux influences variées des musiciens.

Par exemple, Jean-Michel cite sa découverte récente de Walter Marchetti et se nourrit en ce moment de bandes sonores de films et de musique actuelle. "Je m’intéresse beaucoup à la musique instrumentale et, de façon générale, aux images et ambiances créées par la musique, dit-il, mais depuis Monogrenade, j’écoute aussi beaucoup plus de musique francophone et je porte davantage attention aux textes." Son comparse Mathieu est pour sa part en pleine redécouverte de la musique classique russe et de l’électro, après un passé plus punk et métal. "Marianne me fait plein de suggestions qui sont bien différentes de la musique classique que j’ai connue dans ma jeunesse!"

Si Tantale se fait surtout atmosphérique, calme et parfois même sombre, Monogrenade y dévoile en même temps un côté lumineux et assez pop, tel qu'en témoigne le tube Ce soir. "Je suis toujours surpris de l’effet qu’elle provoque quand on la joue live. Les spectateurs chantent le refrain presque plus fort que nous! ", raconte Mathieu. Tout comme De toute façon, qui a été passablement remaniée depuis sa création, cette chanson date du EP La Saveur des fruits.

Jean-Michel parle surtout du plaisir de jouer M’en aller, un bel exemple de la façon dont le groupe intègre violoncelle et électro. "C’est une chanson qui parle de l’envie de fuir. Je l’ai écrite au retour d’une tournée avec mon précédent groupe, durant une période assez déprimante où je n’avais plus d’argent et je vivais chez ma sœur. J’avais juste envie de repartir." L’évasion, les départs et l’inconnu, toujours présentés de manière imagée, font d’ailleurs partie des thèmes récurrents de l’album.

Création continue

Ces derniers mois, le groupe a commencé la préparation de maquettes en vue de son second album, qui devrait voir le jour au printemps 2013. "En spectacle, nous aimons encore beaucoup jouer la plupart des chansons de Tantale, dit Jean-Michel, mais nous en intégrons aussi déjà quelques nouvelles." Parmi les chansons inédites et en transformation, le pianiste mentionne en outre un morceau temporairement intitulé Le Fantôme : "Elle sera en deux, peut-être même trois parties. J’y parle d’un gars qui part en forêt, se perd et meurt. Il fait un pacte avec le diable pour revivre." Une autre composition en chantier évoquant le sommeil intégrerait des comptines d’enfants et des sons de train, une perspective intrigante, mais fidèle à leur intérêt pour l’exploration sonore.

Afin de créer le successeur de Tantale, Monogrenade s’est récemment offert un tout nouveau studio en banlieue de Montréal. Alors que le premier disque avait été enregistré et réalisé par le groupe lui-même, dans un chalet en pleine nature, la bande a maintenant son propre laboratoire. "Il est difficile de trouver en ville un bon local où l’on peut faire du bruit quand on veut. Maintenant, nous avons notre propre espace et ça ira beaucoup mieux! Nous pourrons y passer l’été à composer ensemble le prochain album", dit Jean-Michel, visiblement heureux de son local tout neuf.

Monogrenade en France et en Belgique jusqu'au 6 mai
Au Printemps de Bourges le 26 avril

Site de Monogrenade