Philippe Zdar, roi des studios

 Philippe Zdar, roi des studios
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Pionnier de la French Touch au sein de la Funk Mob, Motorbass et Cassius, Philippe Zdar est d’abord un homme de studio. Le sien, situé rue de Martyrs, à Paris, a accueilli Phoenix, The Rapture ou encore Cat Power. Rencontre dans son antre.

La musique ? "Longtemps j’étais contre. Ma grande sœur achetait des tonnes de disques, je trouvais cela ridicule. Je lui ai dit que je n’achèterai jamais un disque de ma vie. Aujourd’hui, je ne fais plus que cela", explique Philippe Zdar. Les étagères de son studio d’enregistrement, rue des Martyrs, près de la Butte Montmartre à Paris, en témoignent.

Philippe Zdar a d’abord eu le béguin pour les studios, avant la musique qui en sortait un peu comme par magie. Fils d’hôteliers d’Aix-les-Bains (Savoie), le jeune Philippe Cerboneschi avait quelques prédispositions, une sœur aînée donc, férue de Neil Young, Traffic, Pink Floyd ou Genesis, un père musicien, qui construit des chaînes hi-fi. Vers l’âge de 14 ans, il s’essaye à la batterie puis au chant dans un groupe de copains du collège. C'est le début des années 1980. AC/DC et Metallica convainquent le groupe de s’essayer au speed metal.

Du rêve...

De passage à Aix-les-Bains, Michael Jones, le guitariste de Jean-Jacques Goldman, propose à Philippe Zdar de visiter son studio d’enregistrement à Toulouse. Coup de foudre. "Depuis le jour où j’avais vu une photo des Eurythmics dans le studio de la Grande Armée, mon rêve était d’être dans un studio d’enregistrement à Paris. Quand je suis entré dans celui de Toulouse, je n'ai rien compris : je pensais y rencontrer des vieux messieurs en blouses blanches, alors qu’ils étaient tous jeunes à cheveux longs et fumaient des joints."

Michael Jones l'invite ensuite à découvrir le fameux studio Marcadet, à Paris. Philippe Zdar ne le quittera plus. Le lendemain, il rencontre Dominique Blanc-Francard, qui l’embauche comme assistant. Il vide les cendriers et sert thé et café à Stéphanie de Monaco, Étienne Daho, Sade ou Prince. La majorité des tubes d’alors passe par ce studio, situé Porte de la Chapelle.

Après ce long stage de presque une année, Philippe Zdar entre au Studio Plus Trente comme ingénieur du son. Dominique Blanc-Francard lui présente son fils, Hubert, alias Boombass. "On est devenus frères en quelques secondes, on rigolait aux mêmes blagues. J’avais l’impression que ce type avait eu la même vie que moi. Un jour, je mixais le titre Bouge de là avec MC Solaar, j’ai appelé Hubert, qui a amené quelques sons, on a formé comme une équipe. Mais je ne faisais alors pas de musique."

...à la rave party

Le duo signe quelques instrumentaux sous le nom de la Funk Mob pour MC Solaar, remarqués par le label anglais Mo’Wax, pour lequel ils composeront plusieurs maxis. Mais c’est d’abord sous le nom de Motorbass, avec Étienne de Crécy, alors assistant à Plus Trente, que Philippe Zdar se met à faire de la musique. Les deux amis sont revenus extasiés d’une rave party, en décembre 1991, avec l’envie de composer de la techno.

"Cela a été l’un des plus grands chocs de ma vie. Le lendemain matin, on ne parlait que de techno, puis on a demandé à Hubert de nous expliquer comment fonctionnait un sampler, et le surlendemain, je composais mon premier morceau. Nous habitions ensemble vers Montmartre, nous composions les titres sur un même ordinateur, moi la nuit et lui le jour. Le nom de Motorbass a été trouvé par Étienne, il évoque notre amour fou de Detroit et de la basse. Nous avons publié deux maxis, que j’allais vendre à Londres dans les magasins de disques. Étienne est ensuite tombé amoureux de la femme de sa vie, Marie, Motorbass a un peu périclité. Notre unique album Pansoul, prêt dès 1994, n’est sorti qu’une année après." La reconnaissance n’est pas immédiate : le format album est un peu nouveau dans les musiques électroniques (après The Orb ou LFO). Qui plus est, il s’agit d’un disque inclassable de house céleste et sombre, souvent éloigné des pistes de danse. Pansoul devient malgré tout un classique.

Boxeur de styles

Boombass et Zdar se lancent d’abord sous le nom de L’Homme qui valait trois milliards avec Foxy Lady, avant d'adopter celui de Cassius (en hommage au boxeur Cassius Clay). En 1998, en plein avènement de la French Touch après Daft Punk ou Air, le duo signe un contrat avec la multinationale du disque Virgin, et publie l’année suivante son premier album, 1999. De l’electro filtrée à la pop puis au rock, Cassius change de style à chaque nouvelle production.

En parallèle, Philippe Zdar continue à être ingénieur du son. Il mixe les albums de Phoenix, Sébastien Tellier, Chromeo ou Tiga. Après avoir mixé Wolfgang Amadeus Phoenix, Philippe Zdar ouvre le studio de ses rêves, rue des Martyrs à Paris, après neuf années de travaux. "C’est un studio très beau, très analogique, soigné dans les moindres détails, mais également un peu inconfortable, pour que les gens s’y sentent prêts à travailler. Les artistes viennent me chercher pour mon côté analogique, le souffle, des kicks forts et des basses puissantes." Après Housse de Racket ou The Rapture, c’est en ce moment Cat Power qui enregistre dans l’antre de Philippe Zdar. Lui et Boombass s’y enfermeront ensuite pour élaborer le prochain album de Cassius.