L’équilibriste Cascadeur

L’équilibriste Cascadeur
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Révélé en 2008 après avoir remporté le concours CQFD des Inrockuptibles, et après un passage remarqué lors des dernières Francofolies, Cascadeur sort un premier album envoûtant, The Human Octopus. Une belle surprise en ce début de printemps.

Son image intrigue d’entrée : Cascadeur dissimule son visage sous un casque de pilote de l’armée de l’air chinoise, au milieu duquel trône une étoile. Comme pour annoncer le décollage imminent vers les contrées en apesanteur où sa musique transporte. Ses ballades chantées en anglais, jouées aux claviers et teintées d’électro, expriment à la fois une part d’ombre, de rêve, et d’introspection, à l’image de celui qui les compose.

Derrière le masque, il y a Alexandre Longo, pianiste depuis l’enfance. Il change de professeur à mesure qu’il explore les genres musicaux, sort du domaine écrit de la partition en découvrant le jazz, et fait ses armes sur scène en tournant dans les bars avec des amis. En parallèle, il nourrit un rapport très intime avec le piano, compose beaucoup dans son petit studio sans oser s’exposer, jusqu’au jour où ses proches l’y incitent : "Je ne faisais jamais exister mes morceaux en dehors de l’enregistrement que je faisais à la maison. Pour moi, c’était un peu inaccessible quelque part."


Ce personnage de Cascadeur le libère de l’émotion de se livrer seul sur scène : "J’étais finalement très masqué tout en étant à visage découvert, et maintenant je suis très démasqué en étant masqué". Chanter en anglais lui permet d’exprimer une forme de lyrisme, mais la barrière de la langue prolonge aussi le voile : "Avec l’anglais, on est moins dans le sens pur. En France, on n’est pas de culture bilingue, mes parents ne parlent pas l’anglais, et ça m’arrange bien !"

De l’introspection au jeu

The Human Octopus empreinte son titre au premier disque autoproduit du musicien (il en a fait trois). "J’aimais beaucoup dans ce titre, la coexistence de l’humain et de l’animal. La pieuvre est l’animal mystérieux des profondeurs, qui envoie un nuage d’encre pour fuir. Dans la mythologie, elle faisait couler les navires ! J’ai illustré le livret avec des peintures faites à l’encre, je voulais qu’il y ait un relais. Puis sur scène, je joue plein d’instruments à la fois, comme une sorte de petite pieuvre !"

Dans ses morceaux, il explore ses failles, les nôtres, et cette fragilité passe notamment par sa voix. Le projet est aérien mais, malgré des bases solides, le travail fut laborieux, et il s’est accroché pour le faire exister : "C’est un cascadeur blessé. C’est ça qui m’amusait, d’exposer nos blessures."

Si ses sources d’inspirations sont vastes, le cinéma y tient une belle place, comme dans le morceau qui ouvre l’album, Into the Wild, en référence au film de Sean Penn. Le dérèglement mental le fascine, un fait divers peut l’amener à s’interroger en chanson sur ce qui se passe pour qu’un être humain bascule, et c’est ce qu’on retrouve dans son premier single Walker.

Mais l’introspection n’empêche pas l’imaginaire et le jeu. Vêtu d’une combinaison blanche brodée à son nom et de chaussures jaune fluo, Cascadeur fait participer le public lors de ses concerts, projette des images oniriques sur scène, et y utilise une Dictée Magique* ou bien encore une boîte à musique sur laquelle il a lui-même composé en perçant des trous.
 
Ce Cascadeur-là arrête le temps, et nous ouvre la fenêtre vers un ailleurs où les planètes tournent autour de nous. Il y a des étoiles dans ce premier album comme lors de ses concerts. N’allez pas le voir sur scène, précipitez-vous.
 
* jouet éducatif culte des années 80 pour apprendre à lire et à écrire

Cascadeur The Human Octopus (Casablanca Records/Mercury) 2011
En tournée en France
Au Printemps de Bourges le 24 avril 2011