Kora Jazz Band, l’art du dialogue

Kora Jazz Band, l’art du dialogue
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Mettre du jazz dans la musique ouest-africaine, ou relire le jazz avec une culture musicale africaine et des instruments du continent : le projet du Kora Jazz Band, conçu d’abord en trio, vise à décloisonner des univers musicaux longtemps juxtaposés. Avec son cinquième album Back to Africa, le groupe cherche à faire un peu plus bouger les lignes.

Lorsque Touré Kunda faisait connaître Labrador en 1984, avec un clip vidéo dont on raconte qu’il fut financé par le ministère français de la Culture, les artistes africains ayant brisé le plafond de verre et réussi à voir leurs œuvres diffusées largement sur le plan médiatique en Occident étaient plus que rares.

Trente ans plus tard, quand le Kora Jazz Band reprend cette chanson de la célèbre fratrie sénégalaise sur son nouvel album, les repères ne sont plus les mêmes et – même si beaucoup reste à faire – on mesure ainsi le chemin parcouru : au chant, soulignant avec ses origines capverdiennes la nature déjà nonchalante et langoureuse de ce titre, Monica Pereira (entendue avec le projet Honneur aux Dames et plus récemment aux côtés de Medhy Custos) se lance dans une interprétation qui ne manque pas d’évoquer immédiatement les ambiances qu’appréciait Cesaria Evora. Une sensation renforcée par les arrangements au piano effectués par Abdoulaye Diabaté, qui signe cinq des sept compositions originales de Back To Africa. Lui qui est passé par l’école de la musique classique et a dirigé l’orchestre national du Sénégal emprunte aussi au répertoire de Jean-Sébastien Bach, pour confectionner une Badinerie légère et bondissante.

Complémentarité au sein de la nouvelle formation

Au fil du temps, le Kora Jazz, qui a démarré en trio, s’est étoffé, au point de se rebaptiser Kora Jazz Band, avec ses invités réguliers comme l’Américain Andy Narell et ses steelpans, et de nouveaux venus, à l’image du guitariste guinéen Ousmane Kouyaté, ex-membre des Ambassadeurs internationaux de Salif Keita.

Depuis le précédent CD paru en 2011, il a aussi fallu trouver un remplaçant au regretté Soriba Kouyaté, virtuose de la kora qui avait lui-même succédé à Djeli Moussa Diawara et à qui ses anciens acolytes rendent hommage sur la ballade Baden Gna. Sa complicité de très longue date avec Abdoulaye Diabaté et son penchant prononcé pour le jazz faisaient de lui le personnage idoine. Le rôle est désormais tenu par Yacouba Sissokho, qui s’est notamment illustré en duo avec le claviériste Jean-Philippe Rykiel ou sur le projet Motherland de la jazzwoman Dee Dee Bridgewater. La complémentarité au sein de la nouvelle formation se mesure par exemple à l’aune de Looking Up du génial Michel Petrucciani. Renversant.

 
Kora Jazz Band Back To Africa (Celluloid / Rue Stendhal) 2014
 
Le site officiel du Kora Jazz Band 
Le Facebook du Kora Jazz Band

Le kora jazz Band en session live dans La bande passante (2/12/2014)