Les Hurlements d’Léo, nouvelle donne

Les Hurlements d’Léo, nouvelle donne

Les Hurlements d’Léo, le groupe bastringue, revient à ses amours chanson punk après un silence de 5 ans entrecoupé d’escapades à l’étranger et de projets solo. Kebous, l’un des deux chanteurs de la bande évoque les changements qui ont mené jusqu’au nouvel album, Bordel de Luxe.

 

RFI Musique : Le dernier album studio des Hurlements d’Léo remonte à 2006. Que s’est-il passé depuis tout ce temps ?
Kebous : On habitait ensemble, on jouait ensemble, on bouffait du Hurlements 24H sur 24. Au bout d’un moment, ça use les souliers et les amitiés. En 2006, nous avons décidé d’arrêter, nous savions que quatre membres du groupe ne repartiraient pas. Ne restaient que les quatre autres qui se laissaient la possibilité de faire autre chose ensemble. Tout le monde est donc parti de son côté : moi, pour finir mon premier album solo, Lupanar, Erwan (l’autre chanteur) avec son projet Los Hijos de Putas. Et puis, c’est Pepito (le trompettiste) qui a rappelé chacun. On s’est vu chez moi un été, on est parti en Russie en 2008 puis on a fait quelques dates sans y consacrer beaucoup de temps. Et voilà le résultat : on est reparti avec une nouvelle énergie, quatre nouveaux membres et une nouvelle manageuse qui nous a remis le pied à l’étrier.

Comment l’idée de ce nouvel album est-elle arrivée ?
En parallèle des dates que nous faisions, nous répétions toujours deux jours par semaine, le lundi et le mardi, et c’est là que les douze nouveaux titres sont nés. Ça nous a pris plus d’un an de travail, ensuite, nous avons enregistré le disque en quinze jours.

Que représente ce disque pour vous ?
Je le vois comme une passerelle. Ça me fait plaisir de l’entendre car on y a passé du temps ; ça a été de la besogne de le faire, vous savez ! Nous avons voulu des chansons très proches de ce qu’on peut faire en live, donc on a rodé les titres sur scène. Beaucoup ont un côté très punk, le set promet d’être dense et assez énergique. Il y aura peut-être des numéros de cabarets, des choses comme ça. Mais si je dis tout le programme, il n’y aura plus de surprises (rires).

Sur la pochette de Bordel de luxe, il y a une jeune femme qui pose nue, le dos tatoué. Qui est-ce ?
C’est la muse de notre album, elle s’appelle Juliette Dragon. Elle participe au renouveau du cabaret burlesque à Paris, c’est une féministe engagée. C’est d’ailleurs parce qu’elle est dans cette démarche que nous l’avons faite poser nue. On la retrouve aussi dans le livret qui accompagne l’album. Elle apparaît mazoutée avec un canard jaune ou au milieu des flammes, sur la photo qui accompagne les paroles de la chanson El Fuego. Ce sont des images chocs qui, on l’espère, rajoutent encore du sens à nos textes. On a tous plus ou moins 35 ans, des enfants, on est un groupe d’adultes maintenant.

Parlons de vos textes, justement. L’engagement y est toujours allusif...
On a toujours été dans l’évocation plus que dans la contestation pure. Il y a clairement un second degré dans nos textes, c’est à chacun de le voir ou pas. Mais quand nous écrivons, c’est une chose à laquelle on réfléchit. Si une formule est rentre-dedans, il faut que ça serve ce que tu es en train de dire.

Qu’on qualifie les Hurlements d’Léo de groupe festif, est-ce agaçant ?
C’est certain qu’au début, on a souffert de ne pas avoir de retours sur nos textes. Nos musiques sont enjouées sans doute, mais dès le départ nous y avons mis des choses plus sombres. Par exemple, j’aime beaucoup les Clash et en particulier, l’album Sandinista. Et bien, sur ce disque, il y a plein de styles qui ne plairaient pas forcément au Keupon de base qui écoutait les Clash à l’époque. Pour nous, c’est un peu la même chose, on ne s’est jamais interdit quoi que ce soit.

A Bordeaux, les Hurlements d’Léo ont longtemps répété dans une vieille maison associative du quartier de la gare. Cet endroit appelé le Local a fermé en 2006. Mais est-ce que le côté famille créé par ce lieu a perduré ?
Il y a cinq ans, quand le groupe s’est arrêté, je me suis installé à la campagne. J’ai investi le chai derrière chez moi et c’est devenu le local où nous avons répété tout l’album. Dans mon village, j’ai aussi fait la connaissance des Apaches, un groupe de punk avec qui je suis devenu copain. Ils ont leur festival et ils viennent souvent à la maison. Depuis le départ des Hurlements d’Léo, nous avons toujours fonctionné de façon autonome. On a toujours fait les choses de notre côté en disant à la maison de disques qui nous distribuait : "Ne vous inquiétez pas, on reviendra vous voir quand ce sera terminé." La seule chose qui a changé aujourd’hui, c’est que nous sommes un groupe campagnard.

Le mot de la fin…
Lutter, lutter, lutter, et ne pas baisser les bras.

 

Les Hurlements d'Léo Bordel de Luxe (Madame Leo/L'autre Distribution) 2011
En tournée française et en concert le 13 avril à la Maroquinerie à Paris