Jacno sur tous les fronts

Jacno sur tous les fronts

Des rééditions soignées, un album hommage (Jacno future), suivi d’un concert à la Cité de la musique, on redécouvre que Jacno a laissé la pop française orpheline d’un personnage rare et d’un compositeur souvent touché par la grâce.

Comme souvent, il aura fallu que l’artiste quitte ce monde pour que l’on s’aperçoive soudain qu’il l’a marqué de son empreinte. Jacno, dans les années 2000, était un artiste devenu confidentiel, son ultime album, Tant de temps, en 2006, est sorti dans un quasi anonymat, avant qu’il ne s’absente définitivement en novembre 2009.

 

C’est alors que l’on a subitement réalisé l’impact de ce créateur sur les générations de musiciens qui l’ont suivi. Jacno, avant-gardiste du punk avec les Stinky Toys, aussi brouillons qu’indispensables, inventeur d’un électro pop à la française, avec l'album Rectangle, producteur à succès (Lio, Daho, Higelin…) était avant tout un modèle.

 
Un artiste dandy, dilettante, esthète, "à l’ancienne", tellement loin des contingences 2.0 qui exigent d’un auteur de chanson de se préoccuper de son marketing viral et de sa page facebook avant même de se soucier de la valeur de ses mélodies. Si le personnage évoque une époque révolue, son travail est aujourd’hui réévalué à l’aune de ses hits passés et surtout de sa "manière".
 
Après les rééditions des deux albums des Stinky Toys, à cheval sur 2010 et 2011, on a vu venir la réédition du premier album d’Elli & Jacno, Tout va sauter, qui marqua une étape cruciale de la pop française, avec son tube Main dans la main et inspira une théorie de couples pop (Niagara, Rita Mitsouko, Kas Produkt, Luna Parker…).
 
Viendra dans le sillage le second album, et surtout la réédition attendue depuis vingt ans de Rectangle, mini album ligne claire de 1979 qui contenait la pépite du même nom, et qui marqua l’inconscient de toutes les générations qui s’essayèrent ensuite à faire sonner un synthé et une guitare électrique ensemble.
 
Jacno future
 
Un concert de prestige réunira, à la Villette le 30 juin, l’essentiel des interprètes de ce tribute album de saison, intitulé Jacno Future, pied de nez posthume à celui qui toute au long de sa carrière refusa d’endosser l’habit réducteur de punk.
 

Ce tribute réunit la "famille" Jacno : Etienne Daho, au premier chef, qui avec la fille d’Elli et de Jacno, Calypso Valois, fait un sort électro dance à l’hymne Amoureux Solitaire. Jacques Higelin, dont Jacno produisit l’album Tombé du ciel, s’approprie Mauvaise Humeur, tandis qu’Arthur H pose pour sa part des paroles sur Rectangle. Thomas Dutronc (qui offrait des guitares à l’ultime album du dandy pop) se penche quant à lui sur Je ne suis pas toujours de mon avis.

 
On déplore l’absence de proches comme Dani ou Alain Chamfort, mais on a par contre la vision toujours superbe de Christophe sur Je viens d’ailleurs. Brigitte Fontaine, Miossec, autres affiliés à Jacno, y vont de leur révérence. Home, duo post conjugal de Benjamin Biolay et Chiara Mastroianni, se coule dans D’une rive à l’autre, quand Dominique A s’agenouille devant Je t’aime tant (déjà repris par Indochine sur leur dernier album).
 
La version de Rectangle par Katerine est dispensable (trop de glapissements salissent l’instrumental), mais on apprécie la relecture des générations postérieures : électro (Château Marmont, Stereo Total), rock (Coming Soon), pop (Alex Beaupain, Alexandre Chatelard). De cet hommage rendu, on retient évidemment l’acuité inaltérable de ces mélodies, cette essence pop à la française, qui garde sa fraîcheur malgré le temps et les divers habillages.
 
Compilation Jacno future (Polydor) 2011
Concert Jacno future à la Cité de Musique à Paris le 30 juin 2011
 
A lire aussi : Jacno l'amoureux solitaire, le livre hommage de Pierre Mikailoff, Stephane Loisy et Jean-Eric Perrin (Editions Carpentier) qui vient de sortir.