King Kester Emeneya, l’homme du changement

King Kester Emeneya, l’homme du changement
King Kester Emeneya © DR

Depuis la disparition du chanteur congolais King Kester Emeneya, le 13 février, les hommages de ses compatriotes et figures de la rumba se multiplient, de Papa Wemba, qui lui servit de rampe de lancement, à Fally Ipupa, star de la jeune génération. S’il a sorti de nombreux albums au cours des trois dernières décennies, son empreinte est surtout gravée dans la musique des années 80 qu’il a fait évoluer en profondeur.

Dans le charme que dégage la rumba congolaise et qui a contribué tant à son succès local qu’à son accroche sur la scène internationale depuis plus d’un demi-siècle, les voix masculines haut perchée ont leur part d’efficacité, entre émotion et fragilité. Celle de King Kester Emeneya, impressionnante par sa fluidité dans les aigües, se situe dans la même veine que celles de Tabu Ley Rochereau, mort en novembre dernier, et du “rossignol” Papa Wemba.

Ce dernier ouvre d’ailleurs les portes de sa formation Viva la Musica dès 1977 au jeune homme de 21 ans, originaire de Kikwit, à 500 kilomètres à l’ouest de Kinshasa. “Théoriquement, tous les musiciens étaient égaux, mais Emeneya Mubiala, « Jo Kester » pour ses fans, était la nouvelle personnalité du groupe la plus en vue. Jeune, beau, cultivé – il avait étudié à l’université de Lumumbashi avant d’abandonner pour rejoindre Viva – Emeneya rivalisait avec Papa Wemba pour ce qui était du tape-à-l’œil”, explique aussi Gary Stewart dans son ouvrage de référence Rumba on the River.

Le long séjour de Papa Wemba en Europe à l’automne 1982 aura raison de la patience et de l’obéissance des membres de son équipe qui quittent en masse le navire pour former l’orchestre Victoria Eleison, conduit par Emeneya désormais libre d’exploiter sa voix ténor. Sa popularité se confirme, surtout à partir de 1985 quand il est récompensé par le titre de meilleur groupe de l’année et auteur de la meilleure chanson, intitulée Kimpiatu.

 

Révolution musicale

Une révolution sur le plan musical va s’opérer peu de temps après, et King Kester en est à la fois le révélateur et l’accélérateur, à travers les deux albums qu’il sort en 1987. Sur Deux Temps, il a conservé le schéma traditionnel de la rumba, faisant même appel aux cuivres de son compatriote Franco en contrepartie d’un service que son groupe avait rendu à celui-ci à Paris, en l’accompagnant en studio.

Mais sur Nzinzi, il opte pour une approche beaucoup plus moderne, où l’orchestration habituelle est remplacée en grande partie par les synthétiseurs et une boîte à rythme. Pour l’occasion, il a même fait appel à des musiciens occidentaux, déjà habitués à ce type de matériel. La prise de risque est totale. Un tel degré d’innovation suscite d’abord l’incompréhension des Congolais, avant d’emporter l’adhésion la plus large et de voir sa démarche saluée par ses pairs.

Nombreux sont ceux qui vont se lancer sur la voie que King Kester Emeneya vient de commencer à tracer. La musique congolaise change de visage, l’électronique fait une entrée fracassante et envahit les albums. Pour le chanteur, l’ouverture qu’il recherchait à l’étranger arrive enfin, et l’amène à s’installer en France dès le début des années 90. C’est de là qu’il continue à mener sa carrière, toutefois moins prolifique sur le plan discographique, tout en revenant régulièrement chez lui mesurer sa notoriété, à l’image du concert donné au Stade des Martyrs de Kinshasa en 1997 après plusieurs années d’absence.