Nash, le rap et le nouchi

Nash, le rap et le nouchi
Nash © A.Jogama-Andy

Taper sur la table pour faire avancer les choses, tel est le credo de Nash, la rappeuse ivoirienne considérée comme la porte-parole du nouchi. Au micro de Claudy Siar qui l’a reçue pour l’émission Couleurs Tropicales de RFI dans le cadre du sixième Femua, elle revient sur ce langage de la rue et la génération qui l’a embrassé, ainsi que sur le regard qu’elle porte sur sa société.

Nash tient à lever toute ambigüité : “Je ne suis pas un homme, je suis une femme, j’ai le style d’un mec mais je suis vraie gal”, martèle la rappeuse dans la reprise de Ye Te Ho qu’elle vient d’enregistrer avec la congolaise Nathalie Makoma, rencontrée par l’intermédiaire de l’auteur de la chanson, Papa Wemba, “un monsieur que je respecte beaucoup et qui est comme un père”. Cette pseudo androgynie, qui alimente nombre de rumeurs à son sujet, est entretenue par son look masculin “pantalon, baskets, casquette” hérité de son enfance. “Je suis née et j’ai grandi dans le ghetto, mon éducation a été faite par mes grands frères, j’étais tout le temps parmi les garçons donc c’est ce qui m’est resté. Et puis je n’aime pas laisser les parties de mon corps être vues par tout le monde”, explique-t-elle.
Si elle refuse de se placer sur le terrain du féminisme, Natacha – pour l’état civil – cherche néanmoins à changer le regard sur les femmes de son pays en les exhortant à adopter un certain comportement : “Respectons nos corps, faisons nous respecter […] Evitons que les hommes nous fassent du tort […] Ne laisse pas n’importe qui, n’importe quoi te toucher, go, sans compter qu’il ne faut pas te dépigmenter […] Habillons-nous décemment pour ne pas qu’on nous insulte”, dit une des chansons de son album Ziés Dedjas paru en 2008.
 
Au-delà des mots, il y a aussi les coups, et les souvenirs des scènes auxquelles elle a assisté au domicile familial durant sa jeunesse. Quand, l’an dernier, l’occasion de participer à une campagne institutionnelle contres les violences domestiques s’est présentée, Nash l’a saisie pour contribuer à la sensibilisation à travers la chanson Brisons le silence en duo avec son compatriote reggaeman Kajeem.

La volonté de conférer une dimension sociétale à ses textes apparait dès le premier titre qui la révèle en 2002 au public ivoirien. Elle est au lycée, et un vétéran du milieu hip-hop local l’invite sur un projet de compilation rap. Il lui propose le beat de Premier Gaou, de Magic System. Elle en fait une parodie avec Première Djandjou (terme qui désigne une fille facile). Son succès vient aussi du nouchi dans lequel elle s’exprime, cet argot ivoirien qu’elle définit ainsi : “N comme langue nationale, O comme originalité, U qui prône l’unité, C créole ivoirien, H basé sur l’humour, I identité culturelle.”

 
Composé de différents mots de différents dialectes, saupoudrés d’un peu de français, ce langage de la rue fait figure d’“identité culturelle” qui doit être appréhendé dans un périmètre plus large. “C’est tout un ensemble : une philosophie, un état d’esprit, une manière de voir les choses”, précise l’artiste. Le monde universitaire s’y intéresse de près, des étudiants qu’elle a aidés en ont fait le sujet de leurs thèses. Et, d’un point de vue plus pragmatique, les policiers se sont mis à l’utiliser pour s’adresser à la jeunesse.
 
Avec le festival Hip Hop Enjaillement qu’elle est parvenue à organiser l’an dernier et espère pérenniser, elle offre une tribune supplémentaire au nouchi. Tout en continuant à en faire la promotion à l’étranger, comme au festival des Eurockéennes en France où, après un premier passage en 2008, elle est revenue cette année avec un collectif baptisé Le Club des justiciers milliardaires d'Abidjan.