Transmusicales de Rennes 2014

Transmusicales de Rennes 2014
Dead Obies aux TransMusicales de Rennes 2014 © B.Brun

La 36e édition des Transmusicales de Rennes, qui s’est tenue du 4 au 7 décembre, aura été celle de la sono mondiale 3.0. En ne présentant aucune tête d’affiche, le festival breton aura tenu son pari d’une programmation qui repose sur des découvertes venues de partout dans le monde, et notamment du Québec, avec les étonnants Dead Obies.

La fête foraine bat son plein sur l’esplanade Charles-de-Gaulle, au cœur de Rennes, et en ce dimanche, les Transmusicales se terminent au centre. Laissant derrière lui les nuits et les halls sans fin de son Parc des Expositions, à l’extérieur de la ville, le festival s’est retiré à deux pas, dans la petite salle de l’Ubu pour un focus sur le jeune label new-yorkais indépendant Godmode. Un choix comme d’habitude pointu afin de terminer la 36e édition d’un rendez-vous qui a basé son identité sur une programmation dense, riche, et… sans la moindre tête d’affiche.

"Il y a rarement eu des têtes d’affiche. Quand on fait un festival, il faut savoir ce qu’on veut. Moi, je veux faire venir des artistes que j’aime, pour les faire découvrir et les partager avec le public", résume Jean-Louis Brossard, le patron historique des Transmusicales.

Tandis que les habitués se souviennent des Beastie Boys devant un Parc des Expositions plein à craquer, de cette fois avec les Fugees ou du retour du phénomène Stromae, les Trans ont surtout été une histoire de premières fois. Etienne Daho, Noir Désir, Nirvana, Björk, Portishead, Daft Punk, Justice, entre autres…

L’Afrique au cœur des choses

Cette année, pour une édition qui aura battu des records de fréquentation avec 64.000 spectateurs (dont 36.000 entrées payantes), et des salles qui affichaient souvent complet, on aura surtout pu entendre la sono mondiale 3.0. Le journal local, Ouest France, qui annonçait un rendez-vous "cosmopolite" et "soul" avait pratiquement vu juste puisque les musiques noires et en particulier, la musique africaine aura largement été là, que ce soit chez les Hollandais de Jungle by night, les Brésiliens de Meta Meta ou encore le Canadien originaire de République démocratique du Congo, Pierre Kwenders.

Le jeudi dans l’après-midi, le musicien, de son vrai nom José Louis Modabi, a mis tout le monde d’accord avec son "afro-électro" chanté en lingala, en français et en anglais, qui puise aussi bien dans la rumba congolaise que dans les sonorités de la musique sud-africaine. Accompagné de deux musiciens, l’un aux claviers et aux machines, l’autre aux percussions, Pierre Kwenders danse et à genoux, il semble invoquer tous les dieux. La scène est la demeure de ce presque trentenaire qui détourne les références à Mobutu, si bien qu’on lui aurait presque donné la couronne de premier empereur des Transmusicales 2014 s’il n’y avait eu la rappeuse anglaise Kate Tempest et le trio vocal israélo-yéménite A-WA.

Les Songhoy Blues ont joué un blues malien taillé dans un bois solide vendredi 5 décembre, mais c’est surtout ces diables de Vaudou Game qui auront marqué samedi. Le Togolais implanté à Lyon, Peter Solo, rejoint par Roger Damawusan, son oncle aux accents de James Brown, aura fait danser pendant une bonne heure le hall 8 du Parc des Expositions.

En filigrane, le rock et l’électro, ces deux genres majeurs qui ont régné à égalité sur les Transmusicales à partir des années 90 n’ont cessé de muer. Le DJ français Rone, l’une des deux créations de ces Transmusicales, aura livré un très beau set, tandis que côté rock, les Suisses de Puts Marie, et leur chanteur charismatique, Max Usata, auront gentiment plané au-dessus du lot.

Samedi, en ce début d’après-midi, entre deux cigarettes fumées compulsivement, Jean-Louis Brossard racontait tout ça, la première rave party aux Transmusicales, les ponts entre les deux côtés de l’Atlantique, Afrique et Amérique, il parlait de ses rencontres, bref, de son festival.
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Dead Obies, say quoi ?

Ces six garçons qui incarnent la nouvelle génération du rap au Québec ont suscité la polémique dans leur pays avec des paroles chantées "en franglais". Pour leur première tournée en France, ils ont été l’une des révélations du cru 2014 des Transmusicales…

Ils utilisent des samples de Kraftwerk, du groupe de rap électronique TTC ou du monument de la chanson québécoise, Félix Leclerc. A une bonne vingtaine d’années de moyenne d’âge, les Dead Obies ont une culture musicale à rendre baba bien des mélomanes…

"On se questionne sur toutes les formes musicales, sur toutes les conventions rap, que ce soit pour les textes ou la musique, explique Yes McCan, le porte-voix du groupe. On puise aussi bien dans le punk-rock, que dans la no-wave ou dans le hip hop. A la base, on ne pensait pas être musiciens de carrière. On fait ça avant tout par passion, ce qui fait de nous des 'moutons noirs' authentiques. "

Formés en 2011 par cinq jeunes MC – Yes McCan, OG Bear, RCA, 20Some, Big Snail - et un producteur/beatmaker (VNCE) autour de battles hip hop, les Dead Obies ont connu un succès rapide au Québec grâce à des sessions livrées sur Internet et en écumant les scènes de leur Belle province. Leur premier disque, Montréal $ud, a aussi suscité la polémique en raison de l’usage du "franglais", alors même que la langue française est une cause nationale là-bas.

"On mélange allégrement l’anglais et le français, ce qui nous rend peut-être indéchiffrables au public néophyte, mais c’est vraiment le langage qu’on parle dans la rue de Montréal. C’est un slang qui nous est propre, continue Yes McCan. Je crois qu’il y a des gens qui sont passés à côté du vrai deal. Mais moi, je suis content d’avoir choqué, car c’est ce que faisaient mes modèles : Public Enemy, The Clash..."

En dix-sept chansons aux sonorités électroniques et quatre-vingts minutes serrées, Montréal $ud fait l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. Les banlieues américaines leur rythme "métro – boulot – dodo", c’est tout cela que les Dead Obies racontent…

Aux Transmusicales de Rennes, les six garçons arboraient des lunettes de soudeurs et des bleus de travail. "It’s like a jungle sometimes / And makes me wonder how I keep from goin’ under" ("C’est comme une jungle parfois / Et je me demande comment je peux ne pas couler", dit The Message de Grandmaster Flash qu’ils reprennent à leur compte. Au moment où ce refrain résonnait, il est possible que Yes McCan ne pensât pas à ses "suburbs". Avec ses copains, il était dans le festival où ses idoles de Bérurier Noir firent leur grand retour en 2003…

Dead Obies Montréal $ud (Bonsound) 2014
Site official des Dead Obies
Page Facebook des Dead Obies

A écouter : la Bande Passante aux TransMusicales de Rennes 2014 (05/12/2014)
                      le Rendez-vous Culture/RFI - Songhoy blues (04/12/2014)