Ballaké Sissoko, tout simplement !

Ballaké Sissoko, tout simplement !
© B.Peverelli

Qui mieux que le Malien Ballaké Sissoko pouvait chanter la paix, qui mieux que ce koriste au jeu clair et vivifiant comme l’eau des cascades pouvait donner de l’espoir en ces temps troublés. Paisible et digne, Ballaké Sissoko se raconte au fil des mélodies de ce At Peace enregistré avec la participation d’amis dont le violoncelliste et producteur Vincent Segal.

Ballaké Sissoko est né à Bamako dans une famille de musiciens. "A 13 ans, je suis monté pour la première fois sur scène à l’occasion de la Biennale Internationale du Mali qui réunissaient des artistes de toutes les ethnies et de toutes les régions du pays" se souvient-il. Le joueur de kora participait à la manifestation au sein d’un ensemble instrumental d’une vingtaine de personnes originaires de la région de Koulikoro au Mali.  

A la mort de son père en 81, il reprend l’Ensemble Instrumental du Mali fondé par son aîné. C’est avec cet ensemble qu’il se produit pour la première fois en France en 84 à l’invitation de la Fondation Raoul-Follereau qui lutte contre la lèpre. "C’était mon premier long trajet en avion. J’ai découvert à mon arrivée le métro et le froid. J’ai foncé à la Tour Eiffel comme tous bon Malien qui se respecte. Ça m’a fait rêver. Moi qui n’avais fait que 5, 6 ans d’études, j’ai découvert un autre mode de vie, un autre regard sur la vie et j'ai eu envie d’apprendre la langue. Depuis, c’est devenu un centre pour moi. Je reviens souvent. Jamais plus de 90 jours" précise le musicien qui connaît les méandres de l’administration et le bureau des visas. "Moi, ça m’est égal de vivre ici ou là-bas, mais il se trouve que j’ai plein de choses à faire au Mali. J’y ai ma famille, ma vie. J’y retourne donc toujours. J’aimerais juste avoir la carte de résident français pour faciliter mes va-et-vient, ne pas risquer une annulation de tournée du fait d’une obtention tardive d’un visa ou pire d’un refus."

 
Interrogé un peu plus tard au téléphone le violoncelliste Vincent Segal trouve légitime ce souhait. "Ballaké et moi avons souvent joué dans des manifestations organisées par les ambassades de France. Il est regrettable alors qu’il participe avec fierté au rayonnement de la culture française à l’étranger, qu’il soit obligé de faire toutes ses formalités pour venir jouer dans l’Hexagone."
 
"C‘est son projet"
 

Vincent Segal connaît bien Ballaké Sissoko. Sous leurs deux noms, ils ont enregistréChamber Music, un album paru en 2009 : "C’est un des plus grands musiciens qu’il m’a été donné de rencontrer. Au Mali, il est très respecté. C’est lui que Toumani Diabaté a choisi pour l’accompagner. Ils se connaissent très bien, leurs pères jouaient ensemble. Il est le koriste de la diva Kandja Kouyaté. Son aura est internationale. Sting l’a sollicité quand il a eu besoin d’un joueur de kora. Idem pour les percussionnistes iraniens du Trio Chémirani ou le pianiste italien Ludovico Einaudi. C’est un musicien qui ne vit que pour la musique. Il ne fait aucune concession quant à son art, ne frime jamais. Il est calme, silencieux. Il est réellement très fort" lâche le violoncelliste.

 
"Cet album très mandingue par le choix de ses titres à l’exception de l’adaptation du brésilien Asa Branca (Luiz Gonzaga), est le sien. C’est son projet. Il devait être enregistré à Bamako. Il l’a finalement été, en raison des évènements qui secouent le Mali, au studio du contrebassiste de jazz, Ken Carter, dans un havre de paix des environs d’Angoulême. C'était en août dernier" commente Vincent Segal qui s’est ici aussi chargé de la mise en son de ces neuf titres (du solo au quintet) enregistré avec Aboubacar "Badian" Diabaté et Moussa Diabaté aux guitares, Fassery Diabaté au balafon.
 
"On a été très vite à l’essentiel. Quand il joue, tout devient simple et limpide à commencer par ses impros. On avait réservé le studio pour une semaine. En deux jours, les titres étaient en boîte. Ensuite, on a pu prendre du bon temps, enregistrer des vidéos". (en ligne sur la blogothèque).
 
Une paternité doublement assumée
 
Tous deux parlent d’amitié et de partage. "Ce qui est vrai pour les musiciens, l’a été aussi pour l’équipe technique qui avait participé au précédent" explique Vincent. "Je sais ce qui me lie à chacun d’eux et je connais les qualités à chacun" expliquait précédemment le koriste qui assume seul cette fois-ci la paternité de l’album.
 
Une paternité doublement assumée puisque Maïmouna, sa fille a qui il offre le premier titre, est née prématurée pendant l’enregistrement charentais. "L’enfant a voulu sortir avant l’album" précise-t-il encore sous le coup de l’émotion. Aujourd’hui, Maïmouna, sa mère, son père vont bien et n’attendent plus que la fin de la promo pour rejoindre Bamako, At Peace sous le bras. En espérant qu’il soit entendu.
 
Ballaké Sissoko At Peace (No Format/Universal) 2012
La page MySpace de Ballaké Sissoko
En tournée internationale à partir du 20 octobre. En concert à Paris le 11 décembre au 104.