Maurice Kirya

Maurice Kirya

Deux ans après avoir remporté le prix Découvertes RFI, le chanteur ougandais Maurice Kirya dévoile le fruit de sa réflexion artistique conceptualisée à travers The Book of Kirya, un album de soul avec des morceaux d’Afrique dedans.

Si la révélation soul de l’année 2012, sur le plan international, est un jeune Britannique d’origine ougandaise du nom de Michael Kiwanuka, le pays de Geoffrey Oryema compte aussi un représentant de cette musique très actif sur le plan local, voire même régional : Maurice Kirya.
 

Composer des chansons est une chose. Les faire connaître en est une autre. Dans ce domaine, le lauréat 2010 du prix Découvertes RFI peut faire figure d’expert. Il sait se donner les moyens. Occuper l’espace, créer l’événement. Au-delà de la culture du look, de l’image, à laquelle il porte un soin particulier, il a compris depuis longtemps déjà ce qu’il pouvait tirer de l’utilisation intensive des réseaux sociaux, capable d’écrire sur Twitter :"Regardez moi bien dans les yeux et répétez : je vais acheter cet album, je vais acheter cet album".

 
Pas étonnant, dans ces conditions, que la sortie de The Book of Kirya ait fait l’objet d’une campagne de promotion que certains observateurs disent ne pas avoir vu depuis des années en Ouganda. Après Misubbaawa, qui avait créé la sensation auprès de ses compatriotes en 2009, Maurice avait un sacré défi à relever. Enregistrées dans son pays, mixées en Afrique du Sud, ces 13 chansons constituent un ensemble animé par sa propre logique. Leur auteur insiste d’ailleurs pour qu’on les écoute dans l’ordre !
 

Son but : que chacun, quels que soient son âge, son origine, sa religion, puisse s’y retrouver. Il est vrai que rien ne froisse les oreilles pendant 46 minutes. Une production léchée, sans aspérité. L’inspiration soul n’est pas seulement au cœur de la démarche, elle circule dans toutes les veines des compositions, dans la voix, rappelant (parfois à l’excès) les classiques américains du genre comme sur Nnannagira.

 
S’y ajoutent des influences de son continent : l’Afrique australe dans les chants de Mulembe Gwa Kirya, le Nigeria de Keziah Jones sur If My Lungs Don’t Fail. Sur certains titres, le propos musical perd toutefois sa consistance : trop simpliste, trop évident, trop entendu – l’impression d’être téléporté dans le bar d’un grand hôtel d’une capitale africaine où l’artiste maison et son pianiste assurent une ambiance feutrée. Héritage du passé ? Dans sa volonté d’être fédérateur, universel, Maurice Kirya a peut-être tenté de jouer plusieurs personnages. Ne l’avait-t-on pas vu aux côtés de Forest Whitaker dans Le dernier roi d’Écosse réalisé par Kevin Macdonald ?
 
Maurice Kirya The Book of Kirya 2012