Flamme Kapaya ou le retour aux sources

Flamme Kapaya
© A.Poupeney

Après dix années passées sous la houlette du Congolais Werrason, le guitariste Flamme Kapaya vole de ses propres ailes et signe Banningsville, son premier album solo. Un opus de douze titres enregistrés après un voyage initiatique dans la région de ses ancêtres, celle de Bandundu. Il offre d'autres horizons à la rumba congolaise sans pour autant la dénaturer.

 

Virtuose depuis son adolescence, c'est sous le nom de Capitaine Flamme, héros de dessin animé des années 80 qu'on le désignait pour saluer son talent. Autodidacte, il joue à l'époque ses premières notes de guitare et se produit en tant que choriste dans les groupes religieux et folkloriques de Kinshasa.

Spontanément, il décide de reprendre son surnom en y ajoutant son nom de famille, et se rebaptise Flamme Kapaya. En 2010, alors que l'artiste congolais vit entre Kinshasa et Paris, il décide de partir à la recherche de son histoire, pour vaincre ses peurs face aux légendes qui parlent de sorcellerie et de malédiction.

 
"A Kin, tout le monde veut partir en Europe, mais personne ne s'intéresse à son village d'origine. Je voulais montrer l'exemple." Ainsi, il parcourt avec son grand frère militaire, la province de Bandundu, faisant étape à Kikwit, Kivamva et Bulungu, avec une question en tête : comment revenir vers une terre que l'on n'a jamais connue ?
 
Sur place, l'accueil est d'abord rude, impossible pour lui de rentrer dans la maison familiale sans s'acquitter des sacrifices rituels pour les morts qu'il n'a pas enterrés. Il devra donc dormir dehors, mais, confie-t-il, le souvenir reste délicieux. La beauté des paysages entre les silencieuses collines vertes de Banningville, devenue Bandundu à l'indépendance en 1960, et surtout la générosité des villageois démunis mais dignes. "Des enfants ont joué pour nous presque toute la nuit et des membres de ma famille sont venus de toute la région pour partager un moment avec nous", raconte Flamme Kapaya, ému.
 
De cette rencontre, nait un désir spontané d'enregistrer avec ces nouvelles connaissances artistiques. Un pari qu'il relève avec le danseur et metteur en scène, Faustin Linyekula, avec qui il collabore depuis sa sortie du groupe Wengue Musica Maison Mère en 2007.
 
Forts d'une tournée internationale ensemble, les deux compères décident de coproduire et enregistrer un album live aux Studios Kabayo à Kinshasa, en langues lingala, kikongo et en français.
 

Flamme Kapaya propose même des mélanges irrévérencieux mais efficaces. Le puita, l'instrument de percussion local, côtoie les tambours, les cuivres, mais aussi une basse qui nous entraîne dans une rumba congolaise de qualité, le tout ponctué d’explosions de guitares syncopées à la Jimi Hendrix.

 
Sa voix est posée dans les titres Banningsville 1 et Banningsville 2, et fait même penser à celle d'un conteur griot donnant des conseils, mais Flamme Kapaya prévient : "Je ne veux pas faire comme d'autres artistes congolais qui passent leur temps à citer les noms des personnes ayant payé pour ça. Moi, j'ai réellement un message à faire passer dans mes textes".
 
Pour clôturer l'album, il choisit le titre Miséricorde interprété en français, dans lequel il explique qu'il faut toujours garder le sourire face à l'adversité. Loin de son pays, il n'oublie pas la situation instable dans laquelle est plongé la RDC. Il a d'ailleurs un souhait pour ses compatriotes : "Faisons de la guerre notre problème et de la paix notre emblème".
 
Banningsville est un album attachant dès la première écoute. On assiste avec joie à la rencontre de musiciens voulant donner une autre image de leur pays. Le ndombolo est donc troqué pour la world music. Les quelques fausses notes rendent les titres encore plus humains et généreux.
Sans même comprendre la langue, on ressent et on perçoit l’univers de cet artiste talentueux. Chapeau.

 
Flamme Kapaya Banningsville (Buda Musique / Socadisc) 2013