Bombino, une star du désert africain à Nashville

Bombino sur scène
© R.Wyman

Après avoir grandi entre exil et rébellion, Bombino et sa guitare hypnotique portent la tradition touarègue vers l’avenir. Après une reconnaissance internationale et deux opus, le guitariste a enregistré un nouvel album à Nashville dans les studios de la star américaine du rock indé, Dan Auerbach des Blacks Keys.

Etats-Unis, Mali, Niger, Libye ? Bombino est difficile à joindre. Quand son portable grésille enfin, il fait déjà une chaleur écrasante sur le sable de Niamey. Le jeune guitariste au regard énigmatique finit par garer sa moto pour finir sa conversation avec les Etats-Unis. Même si ce n’est pas sa fidèle Yamaha qui a été dessinée sur la pochette de son dernier disque, sa silhouette filant à travers les dunes en deux-roues est en train de détrôner la mitraillette comme symbole désertique du rocker nomade. Nomad est d’ailleurs le titre du troisième et dernier album de Bombino.

Le précédent portait le nom d’une ville, Agadez, jadis carrefour des traditions touarègues. "J’avais voulu rendre hommage à cette ville où j’ai été heureux, même si je me suis toujours senti nomade et que je voyage toujours, précise le guitariste prodige qui a grandi entre le Niger, l’Algérie et le Burkina Faso. Ce nouvel album est aussi le fruit de l’aventure et il rappelle au monde que le mot nomade souffle la liberté et le mystère, comme le rock américain." Ce disque a été enregistré au sud des Etats-Unis, à Nashville, dans une oasis au pays de la musique country : le studio de Dan Auerbach, moitié des Black Keys, groupe de rock indé qui vend des millions d’albums. 

L'amour du son

Séduit par le son de guitare brut et l’énergie unique de Bombino, Auerbach a voulu le produire et a fini par s’inviter sur quelques titres, rejoignant le magnétisme ni forcé ni calculé des quatre musiciens touaregs qui ont débarqué chez lui. La rencontre sonne comme une évidence, avec un penchant électrique, de belles mélodies et une production discrète. "Dan a un amour du son simple et des vieux amplis. Dans son studio, tu peux jouer sans casque : entendre et sentir tes amis à côté, ça te met à l’aise et tu te sens chez toi. D’ailleurs, Nashville peut ressembler à notre désert pour la liberté et la chaleur !" confie le jeune guitariste né au Niger, fan de Dire Straits, Bob Marley ou John Lee Hooker.

"On a écouté beaucoup de rock et de blues dans le désert parce que les gens adorent cette façon de s’exprimer avec la guitare" poursuit Bombino, qui a troqué sa Fendher légendaire pour une guitare vintage de 1976 pendant l’enregistrement.

Ado, lorsqu’on lui a offert sa première guitare, il était fasciné par les expériences de Jimi Hendrix. Depuis, ses cassettes pirates et autres live planants ont à leur tour, traversé le sable et l’Atlantique.

L'aventure américaine

Dan Auerbach, n’est pas la première fée américaine à se pencher sur le berceau musical du "bambin" (traduction italienne de son surnom), né en 1980 dans un campement nomade près d’Agadez. D’autres ont été conquis par son charisme et ses riffs brûlants.

En 2006, Bombino est avec Tidawt qui part jouer en Californie et fini par enregistrer avec deux Rolling Stones, là-bas. Un peu plus tard, dans le désert, il sert de guide à Angelina Jolie. Mais la découverte internationale de ce nouveau rocker du désert à la douce voix si singulière doit aussi beaucoup à un réalisateur de documentaires américain, Ron Wyman, qui a flashé sur sa guitare magique et son premier album Agamgam2004, dans lequel Bombino s’imposait déjà comme un artiste touareg différent de ses idoles comme Tinariwen, pour son sens des mélodies et ses structures à part.

L’Américain est allé chercher Bombino jusqu’au Burkina Faso où il était réfugié après l’exécution de deux musiciens par les militaires, à une époque où guitare et chanson rimaient avec rébellion et interdiction. Bombino devient le héros du documentaire Agadez : musique et rébellion, et il part enregistrer l’album Agadez avec des Américains dans le Massachussetts.

Aujourd’hui, sa côte de popularité a dépassé Nashville ou New York pour faire de lui une star dans tout ce désert qu’il voit se déchirer avec tristesse : "même en studio au Tennessee, je voulais toujours parler de notre culture et dire au monde que nous sommes des éleveurs et non des terroristes ! On n’a rien à voir avec les djihadistes. Chanter, ça ne veut pas dire qu’on cherche les problèmes mais plutôt qu’on cherche à les résoudre !"

Avec un tonton d’Amérique rockstar internationale, et une vibration véridique et poignante, minimaliste et profonde, Nomad devrait passer le message sur la planète et au-delà les dunes.
 
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Bombino Nomad (Nonesuch Records) 2013
En concert le 18 avril à la flèche d'or à Paris