L’afrobeat francophile de Femi Kuti

Femi Kuti
© Youri Lenquette

Auteur d’un nouvel album intitulé No Place For My Dream avec lequel il continue de porter haut les couleurs de l’afrobeat popularisé sur la scène internationale par son père Fela, l’héritier Femi sait le rôle joué par la France dans le développement de sa carrière.

Posée en équilibre précaire sur un coussin, la trompette rutilante contraste avec le tissu noir du canapé de la chambre d’hôtel. L’instrument est à portée de main, probablement indispensable, au cas où l’envie subite de souffler dedans se ferait ressentir. Comme son illustre père que l’on affuble toujours inconsciemment d’un saxophone, Femi Kuti ne se prive pas de passer de la famille des vents à celle des cuivres.

Arrivé la veille à Paris, le musicien quinquagénaire – dont la ressemblance avec la figure paternelle ne peut que frapper – attend les membres de son groupe Positive Force, remanié en bonne partie, en provenance de Londres. La tournée qui accompagne la commercialisation de son nouvel album No Place For My Dream doit débuter dans une poignée de jours dans le quartier ultra-urbain de La Défense, à mille lieux des réalités africaines qui se décident pourtant en partie sur le plan économique dans quelques-unes de ces gigantesques tours où sont logés les bureaux de puissantes multinationales.

Rénovation douce

Cette fois encore, pour l’essentiel, Femi a conçu seul ses onze nouvelles chansons. Il n’aime pas les têtes qui dépassent, ou plutôt les instrumentistes qui veulent en faire trop pour être remarqués. Chacun doit rester à sa place. Fidèle à son principe de “ne pas trop compromettre l’intégrité de l’afrobeat, parce que les fondations sont solides”, il explique qu’il tient en même temps à faire bouger les lignes avec douceur, essayant de nouvelles idées à chaque disque. Une rénovation par touche, en quelque sorte. Au moment d’entrer en studio, il a déjà avec lui “98 %” du résultat final. “Mais les 2% qui restent sont très importants, parce que c’est ce que je laisse à Sodi”, précise-t-il. Sodi est le seul réalisateur avec lequel il a travaillé.

Le Français, qui s’est aussi fait un nom avec des artistes comme Les Négresses Vertes, avait déjà assuré cette fonction avec Fela. Dans l’entourage du fils, il constitue une pièce maitresse. “Il est comme un frère”, confie Femi. “Il connait mes humeurs, lorsque la politique ou les problèmes familiaux me perturbent. Quand j’arrive et que je suis fatigué ou que j’en ai assez, il sait me raviver ou me dire : "Vas te coucher, reviens demain, ça ira mieux". Il m’apporte de la sincérité. Sur cet album, il a dit qu’on avait besoin du morceau The World Is Changing pour la diffusion en radio, qu’il allait faire l’édit radio et que j’en serais fier. Je lui fais entièrement confiance.”

Pourtant, les relations entre les deux hommes avaient plutôt mal commencé. Mis en contact par l’intermédiaire de Francis Kertekian, manager et éditeur de Fela, ils ne se parlent pas lors de leur première séance ensemble. “Je ne l’ai pas aimé parce que je le trouvais arrogant. Il n’était d’accord avec rien. Mais c’est juste parce qu’il réfléchit à trop de choses et on pense qu’il vous ignore”, décode le Nigérian qui avoue aussi apprécier particulièrement le quartier du Châtelet, à Paris, où se situe le studio Zarma de son complice.

Un Nigérian à Paris

La France, pour lui, est “La Mecque des musiques d’Afrique”. Et de rappeler que Salif Keita ou Angélique Kidjo sont passés par là avant d’acquérir une notoriété internationale. Ou encore que l’accueil de l’afrobeat au Royaume-Uni, l’ancienne puissance coloniale liée au Nigeria, a été bien plus froid, même à l’époque de son père, dont la carrière internationale a rebondi grâce à plusieurs acteurs du milieu musical français, tels que le producteur Martin Messonnier ou Philippe Constantin, patron du label Barclay dans les années 80. “Quand on fait quinze concerts en France, on en fait deux en Grande-Bretagne”, observe Femi. A Paris, il a sa banque, son manager, tout son réseau professionnel. “En 1999, je parlais bien français”, assure l’ancien élève de l’Alliance française de Lagos. Les tournées à l’étranger qui se sont multipliées ensuite l’ont empêché de suivre les cours avec l’assiduité requise. Il s’est donc rabattu sur la méthode Assimil !

La première fois qu’il est venu dans l’Hexagone, il y a 25 ans, c’était pour participer au festival Musiques Métisses d’Angoulême. Vu surtout comme un “fils de” dans son pays, Femi luttait pour montrer qu’il pouvait s’imposer tandis que son père était encore vivant, frôlant l’évanouissement à la fin de chacune de ses prestations scéniques. “J’étais à deux doigts d’arrêter avec mon groupe. Je n’avais plus d’argent, j’avais dépensé tout celui de ma mère. Une semaine de plus et j’aurais appelé mes musiciens pour leur dire qu’on ne pouvait pas continuer”, reconnait-il. Le patron du Centre culturel français de Lagos fait alors tout ce qu’il peut pour que Femi soit sélectionné dans le cadre d’une opération d’échanges culturels avec le Nigeria. Sur les bords de la Charente, le musicien partage l’affiche avec la star du reggae Jimmy Cliff. Le lendemain, il fait la une des journaux locaux et sait qu’il vient de marquer des points décisifs pour la suite. Un sauvetage in extremis, dont la saveur demeure toujours intacte aujourd’hui.

Femi Kuti, No Place For My Dream (Label Maison / Naïve) 2013
En concert le 25 avril à Magny-Le-Hongre (77), le 26 avril à Tourcoing (59) et le 27 avril à Besançon (25)

Ecoutez sur RFI, Femi Kuti invité à l'émission Vous m'en direz des nouvelles le 19/04/2013

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