La complicité intuitive de Debademba

La complicité intuitive de Debademba
Debademba © Brounch

L’un fait ce qu’il veut de sa voix. L’autre possède les mêmes facultés avec sa guitare. Au sein de Debademba, Mohamed Diaby et Abdoulaye Traoré forment depuis quelques années une paire qui n’est pas passée inaperçue dans le paysage des musiques du monde. Pour leur second album Souleymane, ils se sont fait accompagner par leurs collègues des Mercenaires de l’ambiance, le groupe qui anime le Bal de l’Afrique enchantée. Entretien pétillant avec le duo ivoiro-burkinabè.

RFI Musique : Quand vous avez préparé ce deuxième album, quelle idée aviez-vous en tête ?
Abdoulaye Traoré : On voulait que celui-ci soit plus posé, tranquille. Mais sans s’éloigner trop du premier. Il faut que ce soit dans la continuité. La chanson Souleymane, ça fait déjà cinq ans que je l’ai composée. Je voulais la rajouter au premier album mais comme il y avait quand même quinze titres, la production a dit que ça allait faire "trop beaucoup", et qu’on allait attendre le prochain. Chaque fois qu’on fait un concert, on essaie d’intégrer les nouveaux morceaux, de les roder un peu. Celui qui s’appelle Saiwa, un peu afrobeat avec les cuivres, on l’a joué plusieurs fois. Fatoumata Diawara a même chanté dessus. Elle aurait voulu que je l’invite pour l’album. Comme elle était en tournée, ce n’était pas possible. Mais je vais laisser mon frère Mohamed parler un peu…
Mohamed : oui, parce que tu parles trop !

Mohamed, lorsque c’est Abdoulaye qui est l’auteur de la chanson, est-ce qu’il vous guide pour l’interpréter ?
Mohamed Diaby : Non, c’est un guitariste, il n’est pas chanteur ! Il me dit de quoi il voudrait parler, ce qu’il aimerait que je chante sur cette musique et de telle façon. Tout de suite, j’écris mes paroles et il me dit ce qui va et ce qui n’est pas bon. Il me cadre. Parfois, il me pousse à trouver d’autres paroles parce que j’ai déjà utilisé quelque chose d’équivalent ailleurs. Ceux qui comprennent ce qu’on dit sauront que vraiment, on a fait un boulot de fous !

Avant de faire partie de Debademba, quel était votre registre musical ?
Mohamed Diaby
: A cause de la musique, j’ai refusé d’aller à l’école. J’ai tout abandonné. Rien que pour ça. Les gens m’encourageaient à chanter au lieu de gaspiller mon talent. En Afrique, je faisais beaucoup d’interprétations de Tiken Jah Fakoly, Salif Keita, Sékouba Bambino, Kandia Kouyaté… J’étais beaucoup sollicité pour les cérémonies de baptême et mariage.

Comment vous étiez-vous retrouvé dans l’émission Case Sanga, équivalent malien de la Star Academy ?
Mohamed Diaby : J’étais parti à Bamako parce que j’en avais marre d’Abidjan, je voulais changer d’air. Donc, je me suis installé là-bas. Une fois, j’ai vu une bande annonce à la télé : on recherchait de jeunes talents. Une copine qui connaissait les organisateurs de l’émission m’a inscrit. C’est comme ça que j’ai participé à cette émission dont Oumou Sangaré était la marraine et m’a beaucoup soutenu depuis cette époque. Après, j’ai sorti un single qui s’appelle Zouloukalanani, qui a bien marché dans toute l’Afrique de l’Ouest. Grâce à ce single-là, j’ai été invité en France. La première fois, c’était pour le compte de la compagnie aérienne du Mali. Et la troisième fois, j’ai croisé ce grand monsieur, Abdoulaye Traoré.
Abdoulaye Traoré : C’est grâce à sa maman (la chanteuse Coumba Kouyaté, NDR) qu’on s’est rencontrés. Elle m’a beaucoup parlé de lui et voulait qu’il chante avec moi. Elle était persuadé que ça irait. Mais moi, je n’étais pas sûr. Ce que je fais est très modernisé même si il y a du traditionnel dedans. Quand Mohamed est venu, le premier morceau que je lui ai proposé d’essayer de chanter, c’était Sidebemonebo, qui est sur le premier album. Je l’avais essayé avec beaucoup de chanteurs mais ils n’y arrivaient. C’est un morceau que j’avais composé quand j’avais eu des problèmes en Hollande : j’étais parti faire des concerts là-bas, mais je n’avais pas de papiers, et ils m’ont mis en prison pendant sept mois. Je lui ai montré les paroles et quand il a commencé à chanter, j’ai eu la chaire de poule.

Abdoulaye, vous vous êtes illustré avec beaucoup d’artistes mais comment votre relation avec la musique a-t-elle débuté ?
Abdoulaye Traoré : Mon papa était chanteur et jouait du tama, qu’on appelle aussi talking drum. Ma sœur était une grande chanteuse et guitariste. C’est elle qui m’a appris à en jouer. J’ai commencé à l’âge de 15 ans, ça fait trente ans. Quand elle est décédée en 1990, je voulais arrêter, mais je me suis dit que c’était le destin. J’ai continué et j’ai accompagné des musiciens maliens, guinéens… Tellement que je ne peux même pas les compter ! En 1991, je suis parti en Côte d’Ivoire avec Adama Dramé, un grand percussionniste. Grâce à lui, j’ai commencé à voyager en Europe. Ensuite avec les Go de Koteba, on a tourné dans le monde entier. Quand je suis arrivé ici en 2001, je me suis dit que j’allais monter mon propre groupe. J’ai découvert d’autres musiques, comme le fado. Dès que je vois un guitariste qui joue bien, ça me donne des idées. J’ai joué dans tous les cafés de Paris. Jusqu’à ce que Mohamed arrive. C’était lui qui manquait. Dans la musique, il faut avoir de la patience…

Debademba Souleymane (World Village / Harmonia Mundi) 2013
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