Dobet Gnahoré, enfant du Ki-Yi

Dobet Gnahoré, enfant du Ki-Yi
Dobet Gnahoré © RFI/P. Fowler

Pour la première fois, la chanteuse et danseuse ivoirienne Dobet Gnahoré a composé elle-même la quasi-totalité des morceaux qui figurent sur son quatrième album intitulé Na Drê. Celle qui a grandi au village Ki-Yi, célèbre communauté artistique pluridisciplinaire installée dans un quartier d’Abidjan depuis près de trente ans, continue aujourd’hui de se référer fréquemment à ce qu’elle y a appris.

RFI Musique : Vous avez pris part à la renaissance du Masa à Abidjan, il y a quelques semaines, mais quel souvenir gardez-vous de votre première participation en 2001 ?
Dobet Gnahoré :
Pour moi, c’était un moyen de se montrer dans le milieu artistique, autrement qu’au Ki-Yi. C’était une porte qui s’ouvrait pour le duo qu’on formait, Colin et moi. Pour le Masa, les artistes d’Afrique arrivent de toute l’Afrique. La culture boue partout en Côte d’Ivoire, tu entends des nouvelles voix, tu vois de nouveaux danseurs. Quand j’étais gamine, j’attendais le Masa pour regarder des artistes qui puissent m’inspirer. J’y ai vu des danseurs sud-africains qui m’ont beaucoup marqué, et je me rappelle de Chiwoniso – paix à son âme – et de Rokia Traoré aussi. J’avais 14 ou 15 ans. Ce sont des moments magiques où je me disais que c’était ce métier que je voulais faire, suivre les traces de ces femmes-là.

Que reste-t-il aujourd’hui, sur le plan artistique, de la Dobet Gnahoré de cette époque ?
Même si j’ai pas mal grandi entre-temps et que parfois, je veux expérimenter de nouveaux sons, travailler avec de nouvelles personnes qui vont m’apporter autre chose, la base musicale est restée la même. Une base panafricaine : Angélique Kidjo, Miriam Makeba, Were Were Liking, le village Ki-Yi et tout ce que j’y ai appris, comme chanter en différentes langues africaines.

Vous avez passé beaucoup de temps à tourner avec le spectacle Acoustic Africa, ces dernières années. A-t-il eu un impact sur votre nouvel album ?

Il a une influence assez forte parce que la plupart des textes traduits ou composés ont été faits en tournée, vu que le deuxième volet d’Acoustic Africa a duré près de deux ans, avec Manou Gallo, Kareyce Fotso, Aly Keita, Zoumana Diarra et Boris Tchango. Dans cet album, j’ai voulu m’affirmer. Parler de la femme que je suis devenue. Très vite, j’ai été mère, à l’âge de 17 ans, mais j’étais encore gamine. Maintenant, à 30 ans, je vois des choses que je voyais, mais ne comprenais pas et j’arrive à mieux les assimiler pour les mettre dans mon quotidien. J’ai eu envie de composer toute seule comme une grande – à part Na Drê qui est de Lokua Kanza –, et d’apprendre un nouvel instrument, la guitare.

Pourquoi ne vous y étiez-vous pas mise auparavant ?
Parce que mon mari est guitariste. Et quand je faisais un truc de travers… C’était trop de reproches. J’avais essayé, depuis le Ki-Yi, mais pour cet album, j’ai senti qu’il fallait que je m’y mette parce que j’avais envie de composer les chansons toute seule.

Quand vous concevez de nouveaux morceaux, et vu que vous donnez beaucoup de concerts, avez-vous déjà en tête la façon dont vous pourrez les jouer sur scène ?
Les albums précédents, sincèrement, on les faisait sans penser à la scène. Pour celui-ci, quelquefois j’y ai pensé pour certains titres, je voyais comment les chanter en concert, mais je ne me suis pas focalisée là-dessus. Quand je suis en train de composer, je suis dans le plaisir. Je fais la musique pour moi, pour mon cœur. C’est comme une thérapie : quand j’écris un texte, c’est pour sortir ce qui me tient à cœur, parler de la mort, de l’espoir… Je me livre. Que ce soient les mélodies ou le texte, il faut d’abord que ça me touche.

Pour être dans ces dispositions, avez-vous besoin d’un contexte particulier ?
Je peux le faire tout le temps. C’est ce qu’on m’a appris au Ki-Yi : tout est possible à tout moment. La plupart des titres ont été enregistrés à la maison, d’autres en studio. On ne sait jamais à quel moment peut sortir la voix qui donne des frissons. Donc, j’essaye. Même pour l’écriture, je ne peux pas prévoir. Être artiste, c’est aussi laisser faire les choses. Ne rien brusquer, ne rien préparer.

Comment avez-vous appris à chanter ?
Abou Bassa, un grand du Ki-Yi qui m’a donné mes premiers cours de chant avec le piano, avait vu l’importance que l’art avait pour moi. Et chaque fois qu’il voyageait, il me rapportait une cassette d’un pays où il allait. On m’avait offert aussi un petit lecteur cassette où je pouvais enregistrer mes mélodies, et je ne quittais jamais mon casque. Je dormais avec, me levais avec, faisais mon footing avec. C’est comme ça que j’ai appris à chanter. Ecouter Björk ou Oumou Sangaré, pour moi, c’est la même chose.

Dobet Gnahoré Na Drê (Contre Jour) 2014
Page Facebook de Dobet Gnahoré

A lire aussi : Dobet Gnahoré, Afrique sans frontières (15/04/2010)