Sally Nyolo, le bikutsi à tous les temps

Sally Nyolo, le bikutsi à tous les temps
Sally Nyolo © B. Martinez

La chanteuse camerounaise Sally Nyolo présente ces jours-ci son dernier album, Tiger Run (La course du tigre), un huitième enregistrement fidèle au rythme bikutsi. Rencontre avec cette artiste plus mystique que jamais depuis qu'elle s’est métamorphosée en félin.

RFI Musique : vous signez un nouvel opus intitulé Tiger Run ("La course du tigre"). Pourquoi cette référence à cet animal sauvage ?
Sally Nyolo :
Tiger est l’un de mes noms de famille. Je suis née la "fille des moustaches du tigre" par mon père. C’est une façon de rendre hommage à ma lignée et de l’assumer. Et puis quelque part, j’ai toujours eu un côté animal en moi. En me transformant en félin, j’ai l’impression d’être en harmonie avec moi-même et avec la nature. Sur ce titre très blues, j’ai ralenti le tempo pour me mettre justement au pas du félin.

Que vous chantiez en eton, la langue de votre ethnie béti, en français ou en anglais, vous semblez assez animiste dans les textes. Avez-vous été inspirée par le bois sacré de votre Cameroun natal ?
La forêt est très importante pour moi. Afin de réussir cette métamorphose en animal, je suis devenue une sorte de fibre végétale qui peut se transformer en bois, terre, air, vent… C’est une manière de me fondre dans le fameux bois sacré, mais aussi la savane et la steppe.

Musicalement, vous restez fidèle à la musique bikutsi, c’est la marque de fabrique de tous vos albums. Cela signifie que vous n’osez pas vous aventurer sur d’autres terrains musicaux ?

Comment ça, le tigre que je suis devenue aurait peur d’aller en terrain inconnu ? Ah non ! (rires). C’est vrai que sur cet album, je me suis fait plaisir en jouant avec le rythme bikutsi qui est aussi une danse féminine traditionnelle des Béti. C’est un rythme en 6/8 et je l’ai conjugué à tous les temps. Tantôt, il est accéléré. Tantôt, il est ralenti dans le but de le rendre protéiforme. Le mwet (arc musical, ndlr) a aussi joué un rôle prépondérant dans ces changements rythmiques. Là encore, j’ai détourné l’instrument de sa forme ancestral en l’électrifiant. J’ai même changé les accords pour me rapprocher de la guitare. Par exemple, sur le titre Tiger Run, on entend le jeu d’une guitare espagnole alors que c’est le mwet.

Vous avez convié quelques invités de marque sur cet album notamment pour l’écriture de certains textes : Boris Bergman, parolier d’origine russe d’Alain Bashung ou encore Guizmo du groupe français Tryo. Que vous ont apporté ces collaborations ?
J’ai voulu partager ma plume sur certaines idées de la vie que je défends. Boris Bergman a écrit la chanson Le faiseur de pluie par tous les temps qui brosse le portrait d’un personnage pétri de poésie d’hier et d’aujourd’hui. Guizmo, pour sa part, est intervenu sur le titre Welcom. Nous avons voulu dire stop face à cette société uniformisée, formatée et basée sur la consommation. Avec beaucoup d’humour, nous nous sommes amusés à dépeindre cette foutue globalisation. Par exemple, en matière d’information, nous avons à peine fini de lire un article que nous nous empressons de chercher à en consulter un autre que nous n’aurons même pas le temps de parcourir. Cette course à l’information va trop vite à mon sens.

Un dernier mot sur la chanson Kilimanjaro. Vous incitez l’Afrique à prendre en main toute seule son développement et arrêter l’exil forcé ?
J’ai écrit cette chanson avec l’aide de Thierry Téné, cofondateur de l'Institut Afrique RSE (Responsabilités sociales des entreprises). Kilimanjaro, en référence à cette montagne en Tanzanie avec ses neiges éternelles, veut redonner de l’espoir au peuple qui subît les terribles mouvements migratoires à travers l’Afrique souvent catastrophiques. La jeunesse, entre autres, doit vivre dans un monde qui lui appartient afin qu’elle s’y sente bien. Pour avoir une attitude positive, il faut s’épanouir dans son travail. Nous devons changer les mécanismes dans les entreprises. Nous avons le devoir de montrer l’exemple en ayant de bons gestes, notamment par rapport à l’environnement. L’idée est de construire un monde meilleur ensemble. C’est notre rêve de demain.

Sally Nyolo Tiger Run (World Music Network) 2014
Site officiel de Sally Nyolo
Page Facebook de Sally Nyolo


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En concert au New Morning à Paris le 15 octobre 2014