Ben Zabo, les musiques des Bwas

Ben Zabo, les musiques des Bwas
Ben Zabo au Festival Taragalte au sud-est du Maroc 2015 © Squaaly

Invités fin janvier de la sixième édition du Festival Taragalte au sud-est du Maroc, les Maliens de Ben Zabo présentaient Wa Maliba, leur nouvel opus signé comme le tout premier, sur le label allemand Glitterhouse Records. Rencontre sous le soleil du désert avec Arouna Coulibaly, le leader, chanteur et guitariste de Ben Zabo, une formation qui inscrit la tradition musicale de l’ethnie bwa dans la sono mondiale et interroge l’avenir de son pays.

C’est à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec l’Algérie et à sept de M’hamid El Ghizlane, dernière oasis de la vallée du Draâ, que le Festival Taragalte a posé son campement sur les premières dunes du désert, à l’initiative de frères Sbaï, Halim et Ibrahim, deux jeunes entrepreneurs locaux qui conjuguent écologie, culture et tourisme.

Dans ce décor de sable, musicien(ne)s, hommes et femmes de culture, de science ou simples touristes ont cherché trois jours durant à partager ensemble dans le respect de l’environnement et des traditions des peuples nomades du désert, les cultures de cette région du monde. De nombreux artistes de la région ou de plus loin (Génération Taragalte, Abdallah Ag Lamida, Mahmoud Guinéa, Malinawnw, Aziz Sahmaoui et son University of Gnawa) ont fait le déplacement.
 
Afrobeat malien
 
Venus du Mali, les musiciens de Ben Zabo y ont défendu la culture de l’ethnie Bwa et de sa langue, le bomu ; toutes deux encore peu représentées dans les grands rassemblements musicaux internationaux. Dans un registre tradi-moderne, que leur leader et la presse qualifient volontiers d’"afrobeat malien", ils ont proposé en habit de cérémonie, un répertoire où danse et musique sont étroitement imbriquées.
 
"Au pays, quand on joue la musique, faut qu’on danse… alors ne vous gênez pas" lâchait en début de concert le chanteur à l’intention du public qui ne demandait pas mieux, embarqué par le groove de cet orchestre ou se mêlent balafon, percussions bwas et d’Afrique de l’Ouest, guitares électriques et rythmique occidentale.
 
Un peuple libre
 
"Wa Maliba est un cri de cœur patriotique que je lance à tout le peuple malien, aux autorités, hommes politiques et à toute la communauté internationale afin de sauver le Mali de cette situation malheureuse et honteuse qui n’a que trop duré. Je vous exhorte tous à porter le Mali dans vos cœurs pour que notre chère patrie prospère dans la paix, l’unité, la dignité, l’honneur, l’égalité et surtout la justice."

Ces quelques lignes glissées sur la jaquette du nouvel album de Ben Zabo tiennent lieu de préambule. Pour son auteur et leader de la formation malienne, cet album parle du Mali d’aujourd’hui, du Grand Mali (Wa Maliba en langue bomu).
 
Arouna Coulibaly de son vrai nom est un Bwa, un Bwa du Mali. Cette ethnie partagée entre Burkina Faso et Mali, et dont l’activité première est historiquement l’agriculture, est aussi appelée Bobo. "Cette appellation a été donnée par les colons qui s’adressaient à mes ancêtres en bambara. Ces derniers ne comprenant pas la langue ne répondaient rien et se faisait traiter de bobo (sourd-muet en bambara)" relate Arouna Coulibaly.
 
"Nous n’avons jamais eu de roi. Chez nous, il n’y a pas d’empire. Les Bwas ne connaissent pas la domination. Ils préfèrent se suicider plutôt que d’être dominés. Ils ont été parmi les premiers à se rebeller contre la colonisation" rappelle-t-il avant de citer le nom de Bazani Thera, héros du mouvement de révolte des Bwas (1915 et 1916), révolte au centre de son titre Bwa Munuti.
 
Ce rappel historique n’est pas vain dans la bouche du chanteur, il légitime son refus de la partition du Mali. Enregistré dans les conditions du live au Studio Koré à Ségou, avec la participation de célèbres guitaristes comme Baba Salah et Vieux Farka Touré, ce deuxième album est militant et dansant.
 
Ce fan de reggae, un temps appelé "Ras Arouna" et que l’on surnomme désormais "le Guerrier du Bwatun" sait que les deux peuvent aller de pair. Ainsi, au fil de ses 14 plages, il égraine sur des tempi élevés, des textes qui évoquent les ratés sociaux-économiques de son pays (Samusé, Wa do maa bé), les mariages précoces (Mii ne ni), le souvenir de sa grand-mère (Uruhan), les travaux champêtres (Vênu siyan) et bien évidemment, l’unité de son pays (Mali vo wa, Malitun, Wa Maliba).  
 
La Caravane pour la Paix

Le Festival Taragalte était la première étape de la deuxième édition de la Caravane Culturelle pour la Paix initiée main dans la main avec les festivals maliens Sur Le Niger (du 5 au 8 février à Ségou) et Au Désert (les 12 et 13 février à Mopti).

 

Ce "projet sahélo-transsaharien pour la culture, la paix et la tolérance" réunit sur la route, trois groupes sélectionnés par chacun des festivals (Generation Taragalte pour Taragalte, Ben Zabo pour Sur Le Niger et Malikanw pour Au Désert). Les membres des trois groupes qui se retrouvent sur scène pour un final ensemble, ainsi que les responsables de ces trois festivals espèrent voir tourner cette caravane en Europe durant les mois de juin et juillet. Avis aux programmateurs.

 

 
Ben Zabo Wa Maliba (Koré Prod/Glitterhouse Records) 2015
Page Facebook de Ben Zabo