Tal National, un Niger en miniature !

Tal National, un Niger en miniature !
Tal National © DR

Privilège réservé jusqu’il y a peu aux seules superstars des musiques africaines, les musiciens de Tal National remplissent des stades entiers au Niger, leur pays. Un succès qui ne leur épargne pas le courroux de certains religieux irrités par les paroles de leurs chansons. Rencontre à distance avec Hamadal Issoufou Moumime, le leader de cette formation à l’occasion de la sortie de Zoy Zoy, son quatrième album.

Il est 9h du matin à New York City et déjà 15 h à Marseille, quand Hamadal Issoufou Moumime décroche le téléphone. Arrivé depuis peu aux États-Unis pour une tournée "coast to coast" de 28 dates, le leader de la formation nigérienne ne semble pas incommodé par l’heure matinale de l’interview. "C’est un plaisir pour moi" glisse-t-il poliment avant de retracer les débuts de la formation qui depuis sa création en 2001, défraye la chronique au Niger : "A l’image de notre pays, Tal National réunit des Haoussas, des Zarmas, des Peuls, des Gourmantchés, des Kanouris, des Toubous, des Arabes et des Touaregs. C’est un trait d’union entre les 8 principales ethnies du Niger. Nous sommes en fait un Niger en miniature pour qui la culture est un formidable outil de cohésion nationale" explique ce guitariste touareg. Ancien footballeur, celui qu’on surnomme aussi Almeida partage aujourd’hui son temps entre la musique, ses fonctions de juge à la cour nigérienne et d’ambassadeur d’une association caritative à destination des enfants.

 
Tal National tient aussi à faire découvrir au monde entier le désert du Tal auquel ils empruntent le nom. "C’est un désert au sable blanc comme le papier. Un désert niché en plein Sahara à l’extrême est du pays dans une région encore peu fréquentée par les touristes commente le musicien qui ajoute d’une voix pleine de malice, mais avant même toutes ces considérations, notre idée première à la création du groupe était d’animer les nuits de Niamey, d’offrir de la joie et du divertissement."
 
Valoriser toutes les ethnies du pays
 

En 2001, il n’y avait pas au Niger d’orchestre national comme il pouvait en exister alors en Guinée ou au Mali. "Comme un écho à l’émergence de la musique touareg" précise-t-il, citant les noms de Tinariwen ou Bambino, "il nous a alors semblé important de représenter, de valoriser toutes les ethnies du pays".

 
Si cette louable intention est plutôt bien accueillie, les textes du groupe irritent plus d’un marabout dans un pays majoritairement musulman. "Notre premier album paru en 2006 magnifiait la femme nigérienne. Il a cartonné et, très vite on nous a reproché de chanter la femme dans toute sa splendeur et avec toutes ses rondeurs."
 
Leur succès fut à l’époque, et est encore aujourd’hui, leur meilleur bouclier face aux extrémistes, leurs adversaires. "Ils ne sont pas plus musulmans que nous" reprend-il. "On a ouvert une brèche, gagné un peu de liberté. Il ne faut pas lâcher. Jamais. On est conscient de contrarier certains marabouts" confie celui qui avec l’ensemble des musiciens du groupe a érigé ses propres limites : "Nous refusons par exemple de parler crument de sexe. Nos textes, c’est comme Canal+ en crypté. Ça fait rêver, mais on ne voit rien !" lâche-t-il comme pour clore le sujet.
 
Depuis l’enregistrement en 2008 de leur deuxième album, ces Nigériens collaborent avec Jamie Carter, un producteur basé à Chicago qui vient à Niamey, studio mobile sous le bras, capter dans les conditions du live leurs chansons, avant de les mixer de retour à son studio.
 

"Nous avons profité comme d’autres à l’époque, de l’explosion de la téléphonie mobile en Afrique pour asseoir notre succès. Outil de promotion, le téléphone est devenu ici en une décennie, une arme de destruction massive. Mes compatriotes n’achètent plus nos CDs, alors que nos musiques continuent de faire danser les gens et de remuer la poussière"

rappelle-t-il. L’Afrique de l’Ouest gagnée par le phénomène Tal National donne l’alerte. En Europe et aux États-Unis, le groove délicieusement licencieux de ces amoureux de la vie et de tous ses plaisirs fait des émules.
 
Nouvel album, Zoy Zoy
 
Toujours enregistré à Niamey et produit à Chicago par Jamie Carter, Zoy Zoy a été cette fois-ci finalisé à distance en lien étroit avec le Nigérien. "La technologie facilite ça et surtout, Jamie connaît mieux les arcanes notre musique, de notre son. Nos échanges n’en sont que plus simples."

Distorsion et autres effets savamment dosés par les deux réalisateurs, participent à cette transe frénétique où le son enfiévré des guitares vient chatouiller les plantes des pieds des danseurs déjà possédés par les entrelacs rythmiques de la batterie et des percussions.

"Zoy Zoy, le titre qui donne son nom à l’album, relate le séjour d’une femme qui revient accoucher chez ses parents, explique-t-il. Elle est prise en charge, assistée, afin de revenir plus belle encore, donc, plus ronde encore, auprès de son mari. Farila parle d’une belle femme en pèlerinage à La Mecque qui ne s’interdit pas de danser avec nous. D’autres titres comme Kodaje ou Saraounia sont directement inspirés des musiques de possession des Zarmas pour le premier et des Haoussas pour le second. Le génie s’empare du corps du chanteur et parle par sa voix, il dit l’avenir." explique-t-il. Celui de Tal National devrait leur souffler de venir tourner en Europe, car pour l’instant aucune date de concert n’est annoncée.

Tal National Zoy Zoy (Fat Cat Records/Differ-Ant) 2015
Site officiel de Tal National
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