Ballou Canta, Congo sans frontières

Ballou Canta, Congo sans frontières
Ballou Canta © V. Marcher

Apprécié pour sa voix et son ouverture musicale qui lui a donné l’occasion de se mettre au service de nombreux projets très variés, le chanteur congolais de Paris, Ballou Canta, s’est entouré pour son nouvel album Boboto, d’une équipe dirigée par le pianiste martiniquais Hervé Celcal.

RFI Musique : Quelle était l’intention de départ, lorsque vous avez commencé à préparer ce nouvel album ?
Ballou Canta : J’ai toujours eu le souci de faire un pont entre la musique congolaise et d’autres écritures. Là, en l’occurrence, je voulais en bâtir un entre l’Afrique et les Caraïbes. Ça correspond à mon état d’esprit d’aujourd’hui, parce que j’avais besoin de faire un album qui me ressemble. Jusque-là, j’avais travaillé dans plusieurs styles avec lesquels je suis très à l’aise, mais j’ai d’autres nuances dans ma palette et je voulais les exprimer de différentes manières. J’avais fait de la musique qui collait au marché, à l’époque, mais pas celle qui me correspondait et que je devais proposer au public. Il me fallait un partenaire qui puisse comprendre ce que je voulais exactement. Et Hervé Celcal était la personne indiquée pour ce projet. On s’entend très bien et, musicalement, il est ce qui me convient.

Que possède-t-il qui correspondait à ce que vous cherchiez ?
Déjà, il joue du piano et j’aime beaucoup cet instrument – c’est la raison pour laquelle je travaille aussi avec le grand Ray Lema. Hervé maitrise la musique cubaine, caribéenne, le jazz. Et puis il est jeune. J’avais besoin de cette énergie-là, de son ouverture d’esprit et comme c’est quelqu’un que j’ai emmené souvent en Afrique, il s’est aussi imprégné de la musique de là-bas. Je ne voulais pas travailler avec quelqu’un de chez moi parce que sinon j’allais avoir la même couleur, je savais à quoi m’attendre. Avec lui, j’étais sûr d’avoir certaines surprises. Ça fait une quinzaine d’années que je le côtoie : je l’ai rencontré quand je cherchais un musicien aux claviers pour Oliver N’goma – paix à son âme – et dès qu’il a posé les mains sur le piano, j’ai eu une idée de son niveau !

Ce lien avec les Antilles n’est pas si nouveau pour vous. N’avez-vous pas collaboré avec le musicien et producteur Eddy Gustave, pour son label Eddy Son, il y a près de 35 ans ?
Oui, d’ailleurs monsieur Eddy Gustave a été mon mentor. C’est lui qui m’a fait aimer le studio. S’il y a un endroit où je me sens heureux, c’est en studio d’enregistrement. C’est là où j’ai passé mes meilleurs moments : on peut concevoir, créer. Chaque fois qu’il avait un projet, il m’appelait et j’assistais à son travail. Et il avait aussi produit un de mes albums. J’aime la qualité, le niveau des musiciens caribéens. C’est de la musique africaine qui a pris une autre tournure. J’ai toujours voulu faire ce lien entre nous qui sommes restés en Afrique et les descendants de nos ancêtres qui sont partis. Il y a plus de quinze ans, j’étais allé en Martinique enregistrer un de mes albums qui s’appelle Rencontre, avec des musiciens martiniquais dont des membres du groupe Kwak. Un de mes titres, Regina, était resté pendant six ou sept mois dans les hits là-bas.

Comment aviez-vous rencontré Eddy Gustave ?
Pour la petite histoire, après mes deux premiers 45 tours avec l’Orchestre Télé Music, j’ai commencé à avoir quelques difficultés avec le régime en place au Congo, et donc on m’a conseillé de partir. J’étais allé à Paris en vacances, et j’avais gouté à la liberté d’expression. J’avais compris que ce qui se passait chez nous n’était pas vraiment la vérité, qu’il y avait beaucoup d’intox. Donc je suis venu vivre en France et ça a correspondu avec l’époque ou Pamelo Mounka était à Paris pour enregistrer pour monsieur Eddy Gustave qui était son producteur. C’est comme ça qu’il me l’a présenté.
 
On trouve sur l’album un morceau intitulé Madinina, pour lequel vous venez de tourner un clip. Quelle est votre première rencontre avec la Martinique ?
C’était au début des années 1980. L’île était encore très verte. On est arrivé le soir. J’entendais le bruit des insectes qu’on entend aussi la nuit chez moi en forêt, pas en ville. J’ai pensé que l’avion s’était trompé de chemin, qu’on était parti en Afrique ! Quand j’ai ouvert les fenêtres qui donnaient sur le marché de Fort-de-France, c’était exactement comme un marché en Afrique : les marchandises, le bruit des conversations, les gestes... Mes cheveux se sont dressés sur la tête. J’ai été touché par la survivance de la culture africaine. Malgré l’histoire. Cette flamme n’a jamais été éteinte. C’est ce qui m’a frappé dans cette île dont je suis tombé amoureux jusqu’à aujourd’hui. J’ai toujours voulu l’honorer et je pensais que le meilleur moyen était de le faire en chanson.
C’est sur ce titre zouk que se trouvent les seuls passages de l’album que vous chantez en français. N’êtes-vous pas tenté de conjuguer aussi la rumba avec le français ?
C’est une idée qui me trotte dans la tête. J’aimerais faire sonner la langue française dans la rumba. Elle ne se chante pas comme ça : il faut une certaine technique pour donner la valeur aux mots. Il faut trouver cet équilibre, trouver cette musique qui peut aussi toucher l’oreille de l’Occident. J’y travaille. Mon objectif, c’est chanter en français, effectivement.
Ballou Canta Boboto (Ting Bang / L'Autre Distribution) 2015

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A écouter : Ballou Canta dans le Rendez-Vous Culture (29/05/2015)
                     la session live avec Ballou Canta dans Musique du Monde (25/05/2015)