Terakaft ou le désert fertile

Terakaft ou le désert fertile
Terakaft © DR

Avec une équipe resserrée et sous la direction du réalisateur-musicien Justin Adams, les Touaregs de Terakaft appuient sur l’accélérateur pour donner à leur cinquième album intitulé Ténéré (Alone) cette énergie qui a contribué au succès de leurs concerts.

De cessez-le-feu violé en accord de paix sans effet, le Nord Mali continue de faire parler de lui dans l’actualité sous un angle préoccupant. Si les revendications des Touaregs sont anciennes, la chute du régime de Kadhafi en Lybie a bousculé les équilibres régionaux, complexifié la donne. Au point de semer une forme d’incompréhension, y compris chez les principaux intéressés, transformés en spectateurs d’une situation qui leur échappe.

C’est ce qui transparait dans les textes (traduits) du nouvel album de Terakaft, aussi bien dans ceux signés par le vétéran Diara, 55 ans et pilier de cette scène, que ceux de son neveu Sanou, vingt ans de moins. “J’en appelle à tous mes frères qui aiment notre nation de cesser de répandre de mauvaises paroles qui détruisent notre peuple et tout ce qui peut lui être utile”, dit le premier dans Itilla Ihene Dagh Aitma. “Je vois mon peuple qui vit entouré d’ennemis. Il n’y a plus de confiance. Tes amis deviennent tes ennemis. Je recherche le réconfort dans le désert. Mais je ne vois que des oiseaux qui volent d’un arbre à l’autre”, renchérit le second dans Oulhin Asnin.
 
En huit ans, le groupe a évolué de façon significative. Sur le plan des effectifs, d’abord. Il n’y a qu’à regarder les pochettes des CD pour s’en rendre compte : de cinq sur Bismilla en 2007, ils n’étaient plus que trois sur Kel Tamasheq en 2012, pour aujourd’hui fonctionner autour d’un duo. Des musiciens extérieurs ont souvent complété l’équipe dans le passé, mais pour les neuf nouveaux titres de Ténéré (Alone), seul le bassiste qui accompagne Terakaft en live outre Atlantique a été invité tandis que Justin Adams, réalisateur de cet album comme du précédent, intervient aussi à la guitare et aux percussions.
 
Le Britannique, qui s’est illustré dans le même rôle avec Tinariwen, a amené cette fois les Touaregs sur un terrain plus dynamique, plus enlevé, à l’image d’Anabayou ou Karambani. Moins proches de ce blues du désert qui fait figure de spécialité musicale, plus tournés vers la transe. Mais surtout efficaces !
 
Terakaft Ténéré (Alone) (World Village) 2015
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