Mamadou Barry, saxophoniste altruiste

Mamadou Barry, saxophoniste altruiste
Mamadou Barry © Y.Lenquette

Ancien chef d’orchestre de la formation emblématique des Amazones de Guinée qu’il a dirigée pendant près de deux décennies, le saxophoniste Mamadou Barry partage son expérience et son enthousiasme sur son deuxième album personnel intitulé Tankadi, où la salsa et le funk montrent leurs liens naturels sinon ancestraux avec l’Afrique.

C’est plus fort que lui : dès que l’opportunité d’être mis en avant se présente, Mamadou Barry ne peut s’empêcher de rediriger les projecteurs vers d’autres artistes. Lors du concert de lancement de son deuxième album Tankadi, à Paris, dans le club de jazz réputé du Sunset, il y a quelques jours, il a fait venir ses compatriotes guitaristes Ousmane Kouyaté et Moh ! Kouyaté.  

Sur le CD, il aurait pu vouloir que son seul nom figure, mais il a préféré que celui de son groupe, l’Afro Groove Gang, soit aussi mentionné. À ces musiciens qui l’ont accompagné en studio, dont quelques vétérans des ex-orchestres nationaux qui "ne font plus rien" et qu’il ne "pouvait pas laisser comme ça avec leurs compétences", il ne s’est pas non plus contenté de donner un rôle de figurant sur ses propres morceaux.
 
Il les a impliqués, leur demandant de faire des propositions, sélectionnant même une composition du bassiste, le plus jeune de l’équipe avec ses 29 ans, "pour l’encourager". Sur Nyio, en 2009, il avait demandé à la chanteuse Sia Tolno – lauréate du prix Découvertes RFI deux ans plus tard – de venir au micro.
 
Cette fois, il a demandé à Ibrahima "Rizo" Bangoura de poser sa voix, dans un registre très différent de celui qui a fait connaitre ce fonctionnaire des impôts dans son pays. "Il faut essayer de s’ouvrir au monde culturellement", considère Mamadou Barry, qui estime remplir ainsi son "devoir de musicien, chef d’orchestre et enseignant".
Partager, transmettre, et "joindre l’utile à l’agréable" sont quelques-uns des principes qui guident sa démarche.
 
Apprentissage et transmission
 
Lui qu’on surnomme "Maître Barry", en raison de ses activités dans l’éducation, prend plaisir à raconter que parmi ceux qu’il a vu passer devant lui se trouvent "de nombreux hauts cadres" de

Guinée. "Tous les élèves cherchaient à être dans ma classe !" s’amuse-t-il. Même l’inspectrice, Madame Sultan, ne manquait pas à l’issue de son contrôle in situ de lui demander de chanter Tankadi, le morceau auquel fait référence le titre de son nouvel album. "C’est une vieille chanson, plus âgée que moi-même", précise le musicien aujourd’hui presque septuagénaire. Il se souvient que son père, batteur et accordéoniste à l’époque coloniale, la jouait déjà.
 
Pendant les vacances, le garçon le retrouvait à Kindia, un village situé à près de 150 kilomètres au nord-est de Conakry. Là-bas, il n’aurait pas raté une minute des prestations de l’orchestre. "Quand j’étais fatigué, que j’avais sommeil, on étalait une natte à côté de la batterie de mon père et je restais là jusqu’à ce qu’ils finissent de jouer", raconte-t-il, avant de revenir sur l’influence de la figure paternelle : "C’est avec lui que j’ai pris le virus de la musique."
 
Après avoir commencé par pratiquer les percussions, il opte pour le saxophone. L’instrument n’est pas très répandu en Afrique, mais à cette époque, le souffleur martiniquais Honoré Coppet, qui a fait danser Paris aux rythmes des Antilles depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, a été sollicité par le président de la Guinée au lendemain de son indépendance pour former les musiciens des orchestres nationaux, lesquels constituent le bras culturel de la politique de la jeune République.
 
Tous les dimanches, Coppet se rend dans le village où Mamadou a été envoyé en poste pour lui apprendre "le BA-BA de la musique". À l’image d’une grande partie de la jeunesse, d’autres pays de la sous-région à cette période, le jeune homme est très attiré par la salsa. En 1978, il prend même part à la onzième édition du Festival mondial de la jeunesse, événement téléguidé par l’URSS, qui se déroule à Cuba et réunit des milliers de participants.
 
Tournées mondiales
 
La même année, il est au Nigeria, à l’occasion du Festival mondial des arts négro-africains. Avec les Amazones de Guinée, pour lesquelles il arrange et mixe le premier album Les Amazones au cœur de Paris en 1983 puis qu’il dirige jusqu’en 2004, il sillonne le monde, sympathise avec Ali Farka Touré rencontré à Londres alors qu’il n’était pas encore connu.
 
Au pied levé, il remplace un musicien du Bembeya Jazz National pour une tournée en Amérique et en Europe. "J’ai joué dans tous les orchestres nationaux", résume-t-il. Son expérience le conduit à devenir le patron de l’une de ces formations, le Kaloum Star.
 
Caméléon, Mamadou Barry ? "Certains m’appellent Arôme Maggi", rigole-t-il. Une référence culinaire, pour décrire sa capacité à apporter de la saveur à ce qui préexiste. Y compris dans le jazz, un style qu’il a découvert avec Momo Wandel, saxophoniste qui a marqué l’histoire de la musique guinéenne et qui le considérait comme son "fils".
 
Reprendre sur son nouvel album le titre Afro Blue, popularisé par John Coltrane, est une façon de se souvenir de cet illustre aîné qui aimait particulièrement ce morceau. "Il disait que le jazz, c’est la plénitude. Là où l’instrumentiste s’envole", rappelle celui qui est aujourd’hui considéré comme son héritier légitime. Et qui s’impose surtout comme un maître du groove, avec ce que cela implique de collectif pour que l’ensemble fonctionne. D’ailleurs, Tankadi a été enregistré en live
 
Mamadou Barry & Afro Groove Gang Tankadi (label bleu / L'Autre distribution) 2016
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