Le Burkina rend hommage à Georges Ouedraogo

Le Burkina rend hommage à Georges Ouedraogo
© jacky portier

La disparition du musicien burkinabè Georges Ouedraogo, enterré le dimanche 5 février, a suscité une vive émotion parmi ses compatriotes auprès desquels le batteur-chanteur âgé de 65 ans était resté populaire. Celui qui était surnommé le "Gandaogo national" ("enfant prodige") était très récemment remonté sur scène.

"Bobo Dioulasso, je veux retourner un jour. Les gens d’ici sont toujours tristes, je voudrais leur offrir ton soleil", avait chanté Georges Ouedraogo sur son album Gnanfou Gnanfou, paru en 1978, telle la complainte bluesy d’un exilé en Occident. C’est dans cette même ville située à 350 kilomètres au sud-ouest de la capitale Ouagadougou que le musicien a donné son dernier concert, le 26 janvier, une semaine avant son décès.

Avec d’autres artistes au passé glorieux, il avait participé à cette célébration de l’âge d’or des musiques du pays, initiée par le livre consacré à ce sujet par le Français Florent Mazzoleni (Burkina Faso, musiques modernes voltaïques) et qui a parallèlement donné lieu à une exposition à l’Institut français.

Sa popularité dans son pays s’est pourtant construite pour l’essentiel à l’extérieur : d’abord en Côte d’Ivoire, à la fin des années 1960, où il arrive après avoir fait ses classes avec le Volta Jazz. Abidjan exerce à l’époque un fort pouvoir d’attraction sur les musiciens. Un lieu carrefour, où les rencontres font vite avancer les projets, les carrières.

Il se lie avec le chanteur Bailly Spinto mais surtout les musiciens Jimmy Hyacinthe et Rato Venance, au gré des collaborations. Ils partent ensemble vers l’Europe en 1973 en formant le groupe Bozambo, qui va marquer et influencer de nombreux artistes du continent, comme le Congolais Nzongo’Soul, prix RFI 1984.

La conquête de l'Europe

"Après de brillants débuts en Afrique, ils décident de conquérir l’Europe. Ils débarquent un beau jour en France, pleins d’espoirs et de courage mais leur talent ne suffit pas à les imposer dans un métier de "concurrence sauvage". Sans se décourager, ils partent pour l’Allemagne, ils y resteront quatre ans se produisant à Munich et aux alentours dans de nombreux shows, festivals et night clubs à la mode. De retour à Paris, forts de leur expérience, confirmés dans leur talent, ils trouvent enfin leur chance et enregistrent ce premier 33 tours dans un style nouveau mais en conservant leurs dialectes qui donnent à leur musique toute son originalité”, lit-on au verso de leur premier album en 1976.

L’époque est à l’afro funk, avec parfois un côté disco. Leur créativité fait leur réputation. Bozambo accompagnera par la suite le jazzman français Marcel Zanini, l’auteur de Tu veux ou tu veux pas, et le koriste sénégalais Lamine Konté sur la BO du film Bako, l’autre rive de Jacques Champreux.

S’il quitte le navire, Georges Ouedraogo poursuit sa route sous son nom en ajoutant parfois "Bozambo", ce qui crée une confusion. On le voit aussi aux côtés du Camerounais Eko Roosevelt sur Kilimandjaro my Home, monument de la musique moderne africaine de cette période. A Paris, les instrumentistes africains abolissent toutes les frontières. Sur le second album du Burkinabè en 1980, on retrouve Rato Venance de Bozambo mais aussi le Congolais Jerry Malekani, disparu il y a quelques mois après avoir été pendant de nombreuses années le complice de Manu Dibango au sein du Soul Makossa Gang.

Georges Ouedraogo, qui signe en 1982 un duo avec l’Ivoirienne Aicha Koné, revient ensuite dans son pays et y poursuit sa carrière, portée par ses hauts faits. Mais le répertoire de celui qui devient propriétaire du bar le Bozambo reste surtout diffusé à l’échelle locale, à l’image de Rosalie, un de ses derniers tubes au début des années 2000.