Faada Freddy, corps et voix

Faada Freddy, corps et voix
Faada Freddy © B. Claiborne

Prouesse artistique, pour avoir été conçu seulement avec des voix et des percussions corporelles en tous genres sans que jamais l'absence d'autres instruments ne se ressente, Gospel Journey relève aussi le défi de réinventer des chansons que Faada Freddy, auteur de ce projet atypique et réussi, s'est appropriées. Celui qui reste en parallèle membre du groupe de rap Daara J Family a ainsi puisé dans le répertoire de l'Américaine Grace, de l'Australienne Sia ou encore de son compatriote sénégalais Wasis Diop.

RFI Musique : Qu'est-ce qui vous amené, en novembre dernier, à prolonger votre concert parisien en prenant le métro avec les spectateurs et en continuant à chanter ? Était-ce prémédité ?
Faada Freddy : C'est arrivé comme ça. On était en train de vibrer sur la musique, mais la fin du concert approchait. Dans toutes les salles, il y a un "curfew", l'heure à laquelle la salle doit fermer ses portes, et j'avais envie que ça continue. Comme on ne pouvait pas le faire sur place, le meilleur moyen pour moi de continuer le concert, c'était d'aller chanter dans le métro avec le public, parce que la majorité des gens rentrent chez eux avec ce moyen de transport. C’est la raison pour laquelle je leur ai proposé de les raccompagner chez eux.

A quel moment vous est venue l'idée d'un album sans instrument, hormis la voix et le corps ?
Dans les musiques de film pour le cinéma africain que j'ai faites, notamment pour Moussa Sène, il y avait souvent déjà des morceaux où j'utilise la voix comme instrument. Et parce que j'ai beaucoup été influencé par les grands vocalistes comme Liz McComb ou Bobby McFerrin, Ella Fitzgerald ou Al Jarreau dont je suis super fan. Ce projet est donc venu de manière très naturelle, d'autant que mon producteur avait la même envie que moi. Ça fait longtemps que je chante a capella et, depuis que je suis gosse, j'ai été intéressé par les percussions corporelles, parce qu'à la maison, on n'avait pas l'argent pour acheter les instruments. C'est comme ça qu'on compensait. Et ce qui me plait dans cet album, c'est cette alchimie, prendre des chemins différents, que ce soit la soul, le gospel, ou même les vibrations africaines et pouvoir les mélanger, parce que c'est mon background.

D'où vous viennent ces influences ?

Des cassettes et des vinyles que mon père laissait à la maison quand il allait enseigner. Celles d'Otis Redding, par exemple, j’entendais mes parents chanter la soul. Quand on est enfant, on ne distingue pas bien quelle musique vient d'ici et quelle autre vient d'ailleurs. Je n'ai pas dissocié la musique africaine de la musique américaine, et c'est ce qui fait que j'ai adopté des sonorités de manière globale, sans trop me poser de questions. Ce style a grandi avec moi et aujourd'hui, ce métissage culturel se ressent dans tout ce que fait.

 
Pourquoi avoir intitulé votre album Gospel Journey ?
Quand on est en transe, dans le gospel, on tape des pieds, des mains, sur la poitrine... C'est ce que j'ai emprunté au gospel en tant qu'élément rythmique : les grosses caisses, c'est taper sur la poitrine ; les caisses claires, c'est taper sur les cuisses. C'est avec ça que j'ai construit tout ce qui est percussif. Cet album est un voyage à travers le gospel. Mais moi, je fais de la pop et de la soul music.
 
Quel est le lien entre Daara J, le groupe de rap africain avec lequel vous vous êtes fait connaître, et votre univers sur cet album solo ?
J'ai toujours été le soulman du groupe, la voix chantée. Et c'est ce que j'ai gardé pour faire mon album solo qui reflète ma vision de la musique. Avec Daara J, j'amenais ma pierre à l'édifice, mais si je vous dis que j'ai enregistré Reality (sur le nouvel album, ndlr) pour la première fois il y a plus de dix ans, ça veut dire que ça dormait déjà en moi à l'époque. Mais je suis toujours dans Daara J Family, qui va jouer bientôt au Bataclan à Paris. Je suis content de pouvoir faire les deux projets parallèlement.

A quoi sert l'expérience que vous avez acquise durant ces années ?
Ça sert à être un peu plus efficace en studio et surtout sur scène, d'être à l'aise, d'en faire un deuxième chez moi, une seconde demeure. C'est un endroit où je trouve mon équilibre, mon épanouissement, une plénitude. Le partage me fait du bien et la scène est l'endroit approprié pour cela.

 
Avez-vous été marqué par des concerts auxquels vous avez assisté ou que vous avez vus dans votre enfance ?
Dans la manière dont je bouge, il n'y a rien qui soit calculé, ou en référence à quelque chose. Je sais juste que la vibration musicale me met en transe. Depuis mon enfance. La première voix qui m'a fait bouger la tête ou le corps, c'est celle de ma mère. C'était ma seule conception de ce qu'est qu'une belle voix. Et pourtant ma mère n'est pas chanteuse, loin de là. Elle était à la maison et quand elle faisait les taches ménagères, elle chantait pour ne pas s'ennuyer. L'impact de sa voix sur moi, c'est tout ce que je suis artistiquement aujourd'hui. Je dis même quelque part que je chante avec la voix de ma mère.
Faada Freddy Gospel Journey (Think Zik) 2015
Page Facebook de Faada Freddy

A écouter : la session live dans Couleurs Tropicales (05/11/2014)
                       la session live dans La Bande passante (28/04/2014)

En concert le 05 octobre à Paris, à l'Olympia.