Tamikrest capture le désert loin du Mali

Tamikrest capture le désert loin du Mali
Tamikrest © Thomas Dorn

Enregistré à Prague en raison de la situation qui prévalait alors au nord du Mali, le troisième album de Tamikrest intitulé Chatma ancre un peu plus ce groupe touareg sur la scène internationale. Rencontre avec son leader, Ousmane Ag Mossa, chanteur et guitariste.

RFI Musique : Comment avez-vous préparé ce nouvel album, alors que votre région au nord du Mali est sous les feux de l’actualité ?
Ousmane Ag Mossa : Quand on a enregistré l’album précédent, Toumastin, on était à Kidal où on a une maison spéciale pour répéter. Mais les dernières années, les choses ont changé et on a fait nos répétitions à la frontière algéro-malienne. Quand la situation est difficile pour les gens autour de toi, ça a des conséquences parce que ça te touche. Et la différence avec les autres albums, c’est que celui-ci on l’a fait à Prague, en huit ou neuf jours, dans un studio plus luxueux, mieux équipé que ce qu’on connaissait.

Est-ce que vous ne voulez pas ou vous ne pouvez pas retourner à Kidal, au Mali ?
Je ne veux pas y retourner. Pour mon respect. Je n’ai pas à être humilié par une personne qui va me dire quelle manière de vivre je dois avoir, ce que je dois faire. Etre sous les ordres de quelqu’un. C’est pour ça que je ne veux pas.

Quelle est la carrière de Tamikrest au Mali ? Etes-vous davantage connu hors des frontières de votre pays ?
Nous avons plus une dimension internationale que nationale. Chez nous, il y a des problèmes entre la communauté touarègue et le gouvernement malien, parce que nous sommes un peu rejetés. Des citoyens de seconde classe. On ne peut pas se faire découvrir de nos concitoyens ou des organisateurs de concert de Bamako sans l’aide de la télévision malienne. Mais nous n’avons jamais pu balancer nos chansons dans les radios nationales maliennes ou à plus forte raison être sur la télé malienne. Les Touaregs ont une culture riche et on pourrait donner deux heures de temps dans les médias pour la faire découvrir. Je suis certain qu’il y a des milliers de Maliens qui pensent que Kidal est en Algérie, ne connaissent pas nos traditions, notre culture, notre histoire alors que nous vivons dans le même pays. Ça montre une certaine marginalisation, un abandon de la part des médias maliens qui ne nous considèrent pas comme une partie de sa population.

N’est-ce pas en train de changer avec les différents appels à la paix lancés en chanson par les artistes de tout le pays depuis plus d’un an ?
J’ai suivi tout cela et je suis très content de le voir. Mais il s’agit de quelle paix ?

Etiez-vous d’ailleurs sur la même longueur d’onde, avec Bassekou Kouyaté et Sidi Touré qui viennent d’autres régions du Mali, quand vous avez fait la tournée Sahara Soul, cette année ?
Non, ce n’était pas le même discours, mais peut-être qu’à leur place je dirais la même chose parce qu’ils ne savent pas. On se parle et c’est comme ça qu’on peut se comprendre, au lieu de regarder ce que les politiciens font. S’il y a bien quelque chose contre quoi je suis, c’est l’idéologie du pouvoir malien.

Qu’est-ce qui vous a influencé musicalement ces dernières années ?
Quand je suis dans les festivals, j’écoute les autres artistes. Ce qui m’intéresse, c’est la manière de jouer, les sonorités qu’ils font sortir des instruments. J’ai découvert pas mal de choses. Même s’il y a quelquefois de grosses différences, la musique est universelle. En 2011, par exemple, on a joué à Berlin avec des musiciens de Mongolie. Ils vivent sous – 45 degrés et nous + 40, ils jouent avec des instruments que l'on n'avait jamais vus mais quand on s’est mis à faire de la musique ensemble, ça fonctionnait.

Tamikrest est devenu un groupe franco-africain, avec l’arrivée du guitariste Paul Salvagnac. Qu’est-ce qui vous a amené à le choisir plutôt que de vous tourner vers l’un de vos compatriotes ?
Lorsque notre ami qui faisait la guitare rythmique a eu un grave problème et n’a pas pu venir avec nous pour la tournée de 2012, il a fallu se débrouiller pour le remplacer rapidement. Mais en Afrique, il y a beaucoup de problèmes concernant les visas, donc on ne peut pas trouver quelqu’un en deux semaines. Ici, on savait qu’il y avait Paul, qui habite Montpellier et a l’expérience de la musique touarègue parce qu’il jouait avec Ibrahim Djo, un groupe d’Aguel’hoc. Il est venu faire la tournée avec nous et on a considéré que c’était la personne qu’il fallait à cette place, donc il est devenu un membre du groupe. C’est bien, parce qu’il n’a pas la même culture que nous. On mélange nos idées et du coup on peut en trouver de nouvelles.

Tamikrest, Chatma (Glitter Beat / Differ-Ant) 2013
En concert le 20 septembre à Angers, le 1er octobre à Alger au Diwan Festival ou encore le 15 octobre à la Maroquinerie à Paris.

Site officiel de Tamikrest

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