Oum, féminin pluriel

Oum, féminin pluriel
Oum au festival Gnaoua d'Essaouira 2013 © AL Lemancel

Lors du dernier Festival Gnaoua d’Essaouira, du 20 au 23 juin dernier, nous avons rencontré Oum, une chanteuse marocaine de 34 ans bien dans son temps. Son troisième album, Soul of Marocco, "l’âme du Maroc", oscille, avec swing et classe, entre soul, jazz et musiques de son pays. Portrait.

Essaouira, Festival Gnaoua, le 21 juin dernier – aux pieds de la scène Méditel, une foule compacte se presse pour l’acclamer. Ses vertus de chanteuse circulent de lèvres en lèvres. Dans les rangs, se murmure son nom, en un consensus approbateur : Oum… Oum, comme Oum el Ghaït, "Mère de la délivrance", un prénom que l’on donnait, jadis, aux petites filles nées dans le désert, lors d’une journée, d’une nuit pluvieuse.

Noble enturbannée, sublime, la jeune femme marocaine de 34 ans avance, pieds nus, sur les planches. Avec grâce, elle distille ses mélopées jazzy, soul, mêlées de tous les affluents des musiques de son pays. Pour façonner les reliefs de son univers, chantent, autour d’elle, un saxophone, un oud, une contrebasse, une guitare, une batterie, des percussions… Sur le public, la magie opère : peut-être parce qu’il reconnaît, comme l’indique le titre de son dernier album, the Soul of Marocco, l’"âme du Maroc"…

Ici, à Essaouira, elle se ressent, cette âme : dans la musique gnaouie, dans sa spiritualité, qui hantent la chanteuse. Mais aussi, selon Oum, dans les mixages, marque de fabrique du festival, entre musiques gnaoua et autres galaxies musicales : "C’est exactement ma démarche, précise-t-elle. Confronter les racines marocaines à d’autres vents".

Des oreilles grandes ouvertes

Née à Casablanca, d’origine sahraouie, Oum grandit à Marrakech, dans ce pays au carrefour de plusieurs influences : "Le Maroc s’impose à la jonction de l’Afrique noire, des mondes arabe, berbère, andalou, etc. Un métissage qui se perçoit d’emblée dans nos musiques !", précise-t-elle.

Dès l’enfance, Oum la curieuse, laisse traîner partout ses oreilles, ouverte à tous sons, subis ou choisis : le patrimoine chaâbi, bande-son des fêtes familiales ; la musique berbère qui résonne chez les commerçants originaires du Souss-Massa-Drâa ; la grande tradition arabo-andalouse ; la chanson française des sixties dont raffolent ses parents ; le hip hop de son adolescence ; puis la soul, le gospel, le jazz, et toutes les musiques du monde, du Sahara à l’Asie…

L’appel de la liberté

Au fil du temps, ces musiques tous azimuts forgent son ADN. Pourtant, lorsqu’elle sort ses deux premiers albums, Lik’Oum (2009) et Sweerty (2012), Oum assume mal cette multitude : "Je voulais absolument rentrer dans un créneau, répondre à un style précis, passer sur les ondes des radios libres naissantes, bref, être acceptée…", confesse-t-elle.

Aujourd’hui, la chanteuse, ouvre les vannes, revendique cette pluralité, berceau de son identité, ses contradictions qui façonnent son unité, ces multiples voies qu’exprime sa voix : "Nous sommes des canaux traversés par des sons disparates, que nous digérons pour créer, en retour, notre musique personnelle", dit-elle.

Bien dans ses basques, bien dans son temps, bien dans sa génération, Oum a choisi, en grande majorité, pour se dévoiler, le Darija, cet Arabe dialectal marocain. Dans ses textes, en jeune trentenaire épanouie, elle évoque la vie, l’amour, l’érotisme, la sensualité… Une sincérité qui touche au cœur ! Ce soir-là, au pied de la scène Méditel, les applaudissements résonnent fort sur son dernier accord…

Oum Soul of Marocco (Harmonia mundi) 2013
Site officiel de Oum