Teta, l’homme qui fait murmurer les guitares tsapiky

Teta, l’homme qui fait murmurer les guitares tsapiky
Teta © DR

Formé à l’école artisanale du tsapiky survitaminé que propagent les mégaphones dans les fêtes du sud de Madagascar, le guitariste Teta a su apprivoiser les guitares électriques entêtantes pour en garder l’essence acoustique. Après un premier album Fototse paru en 2011, il se produit à deux reprises ces jours-ci dans le cadre du festival Africolor en région parisienne.

Les astrologues parleraient d’une conjonction favorable de planètes. Les dadarabe malgaches y verraient la main des ancêtres. Les plus pragmatiques parleront juste d’un seuil de maturité. Quelle que soit la dose de rationalité dans l’analyse, les faits sont là : en l’espace d’une année, le guitariste Teta a franchi une étape. Pour le récent finaliste du prix Découvertes RFI, 2013 aura été l’année des premiers concerts loin de sa Grande Île natale, sur le sol européen. Pas pour des événements communautaires, circuit que certains de ses compatriotes musiciens empruntent régulièrement sans jamais réussir à en sortir, mais bien pour se faire découvrir et partager sa culture dans des festivals de musiques du monde réputés : d’abord Musiques Métisses à Angoulême en mai, puis Africolor en région parisienne ce mois de décembre, juste après s’être produit devant les professionnels du secteur au Womex qui se tenait à Cardiff.

Nouvel élan

Il aura fallu plus d’un an à Fototse, son album sorti fin 2011, pour commencer à produire des effets palpables et à son auteur, aujourd’hui âgé de 46 ans, pour cesser d’être l’un des secrets les mieux gardés de la musique malgache. Le temps de trouver aussi, sur le plan artistique, la formule adéquate pour mettre en relief son jeu, quitte à couper le cordon du tsapiky tel qu’il est pratiqué localement, c’est à dire entrainé par une batterie en pleine tachycardie.

Avec son complice Kira, qui fut d’abord l’un de ses spectateurs avant de se former aux chœurs et percussions traditionnelles, il renouvelle un schéma acoustique qui s’est avéré performant dès les années 90 lorsqu’il était utilisé par D’Gary, premier musicien du Sud malgache à avoir sillonné la planète avec ses open tuning (accords libres) si déconcertants.

Entre les deux hommes, la comparaison est tentante. Presque évidente. Lors de sa première apparition au festival Angaredona créé par Rajery, en 2006, Teta n’était-il pas en duo avec Rataza, longtemps danseuse et choriste de D’Gary ? Quant à la chambre sommaire qu’il louait à l’époque sur les hauts d’Antananarivo, elle fut pendant une dizaine d’années le lieu où, quasi quotidiennement, son aîné venait gratter les cordes de son instrument, en quête d’inspiration.

Les mélomanes et mécènes locaux qui ont applaudi l’un ont inévitablement été séduits par l’autre. Le fantôme de Boloko, figure tutélaire de la scène musicale du Sud de l’île, plane aussi au-dessus de leurs deux têtes. Claude "Teta" ne nie pas l’influence de ce personnage de l’ombre, disparu sans avoir laissé de véritable trace discographique à la mesure de sa réputation et avec qui a il a joué dès 1982.

Cela faisait à peine deux ans que le jeune homme s’était mis à la guitare. Si son père jouait de l’accordéon, c’était seulement dans le cercle familial. Ses grands frères guitaristes, en revanche, se produisaient en public. L’un s’est même illustré en accompagnant des artistes confirmés sur le plan national, comme Papa James.

Avec eux, il apprend quelques accords, écoute les vinyles de Jeff Beck, Eric Clapton, Jimi Hendrix, Ritchie Blackmore, mais aime également la mandoline traditionnelle quand il est en vacances dans le village de son père, pas très loin d’Ampanihy, bourgade rurale où il vu le jour, située à plus de 200 kilomètres de piste de Tulear.

Pour lui, l’école s’est arrêtée en classe de 5e. La musique prendra le relais. En “brousse”, comme on désigne les localités reculées, la demande de tsapiky s’apparente à un vrai marché pour les groupes chargés d’animer toutes sortes de fêtes ou cérémonies. Teta enchaîne les formations qu’il monte et démonte au gré des effectifs plus ou moins constants.

En route pour Antananarivo

Sa cote grimpe, et finit par l’amener à Antananarivo, la capitale de Madagascar, à 900 kilomètres au nord de chez lui. L’heure n’est pas encore au projet solo : pendant quelques années, cornaqué par l’équipe du label Mars, incontournable acteur de la musique locale depuis des décennies, il travaille sur différents projets, comme Introducing Vakoka paru en 2006. Son nom figure aussi sur quelques compilations comme Tulear Never Sleeps ou Tsapiky, panorama d’une jeune musique de Tulear.

Le premier album, Tulear Rythm, aujourd’hui curieusement passé sous silence, n’a qu’un retentissement limité, bien qu’il respecte les canons du tsapiky tout en osant par moments s’aventurer sur un terrain moins extatique. Mais il amorce aussi un changement, sur la dernière des dix chansons : guitare acoustique, katsa (hochet), voix. La simplicité suffit à faire ressortir tout son talent.

Avec l’album suivant, Fototse, enregistré loin des studios dans un cadre authentiquement rustique et dépouillé comme le laisse deviner la pochette du CD, il a su poursuivre sur cette voie prometteuse. Au pays du “mora mora” (doucement, doucement), s’il faut savoir accepter de prendre son temps, l’important n’en reste pas moins d’arriver à destination.

En concert le 6 décembre à Africolor, au Théâtre du Garde-Chasse aux Lilas et le 14 décembre au TGP de Saint-Denis
A écouter aussi : Teta en live dans Couleurs Tropicales (04/12/2013)
Site officiel d'Africolor