Festival Libertalia, focus sur la nouvelle génération

Festival Libertalia, focus sur la nouvelle génération
Silo © Festival Libertalia Music

Du 27 février au 1er mars, le festival Libertalia a mis un coup de projecteur sur les musiques actuelles à Madagascar. Rencontre avec la génération émergente des musiciens d’Antananarivo, qui se bat pour créer et se professionnaliser.

A Antananarivo, comme le disent en chœur musiciens, taximen, vendeuses d’amour ou de brochettes, "depuis la crise", les nuits ne sont plus ce qu’elles étaient. Les rues pavées sombres et désertes de la capitale malgache convergent cependant vers un centre-ville animé. Sur la route de la gare centrale, où s’est ouvert la seconde édition du festival Libertalia, les phares des taxis éclairent silhouettes élégantes ou indigentes, c’est selon. Une foule hétéroclite se retrouve sur le parvis et prend des nouvelles : jeunesse branchée, musiciens, plasticiens, hippies, officiels, hommes d’affaires et femmes-échasses juchées sur des talons vertigineux. Les lumières s’éteignent enfin, les concerts peuvent commencer.

Occasion

Dans un quotidien sinistré par une forte instabilité politique et économique, le festival est pour toute une génération de jeunes musiciens une occasion à ne pas manquer. Tout d’abord, il est question de se produire dans des conditions professionnelles, devant un public malgache et des programmateurs internationaux.
 

Neuf directeurs de labels et festivals de France, Belgique et Canada sont à Antananarivo pour découvrir dix artistes programmés sur trois soirs. Lors de cette première soirée, les conditions techniques sont difficiles. Le bâtiment de la gare, rénovée en halle commerciale et culturelle, est un lieu magnifique, mais difficile à sonoriser.
 

Certains artistes tirent cependant leur épingle du jeu. Entourée de ses frères et sœurs, la chanteuse Onja, coupe afro blonde, minishort rouge et rangers aux pieds, défend avec vigueur les chants et danses de la région de Tuléar, au sud de la grande île. "Nous n’avons pas eu à apprendre, car nos ancêtres, notre arrière grand-mère et notre père ont joué et incarné le béko, un rythme de guérison qu’on utilise dans les villages pour soulager les douleurs", explique Onja. L'Afrique du Sud n’est pas très loin et les effets de voix d’Onja rappellent une Miriam Makeba haletante, ou pour le show, l’énergie pop d’une Brenda Fassie.
 

Beaucoup plus folk, le groupe Moajia s’est inspiré de chanteurs à textes comme Brel, Brassens ou Dylan, du reggae, du jazz. Sur scène, Jiaary, le chanteur au joli grain de voix impose une présence magnétique. Fondé en 2006, le groupe a fait quelques concerts professionnels sur l’île, mais joue principalement dans les cabarets de Tana, comme la plupart des jeunes musiciens de sa génération.
 
Le Jao’s Pub, le Glacier, le Kudeta ou le Pub reçoivent des artistes live du jeudi au samedi. C’est la principale source de revenus des jeunes musiciens de Tana : le cachet correspond au billet d’entrée, souvent fixé à 5000 ariary (1,5 euro). "Dans un cabaret, si on fait des erreurs, on peut se permettre d’arrêter et de reprendre. Sur la scène d’un festival, c’est inadmissible. Pour se préparer au concert, nous avons eu une séance de travail d’une journée et demie avec Christophe David, le directeur artistique du festival Libertalia, pour apprendre à bouger et dompter son émotion" explique Njaka, le percussionniste de Moajia.
Le soir même dans un cabaret chic de la ville, les artistes du festival se mélangent et partagent la scène. Le guitariste rock Silo part en impro et sourire aux lèvres, tout en décontraction, Mikea se met à chanter. Plus tard dans la nuit, l’impressionnante Christelle, 19 ans, prend la basse et balance une rage brute au micro. Elle donne tout. "Peu de producteurs viennent comme ça, et aujourd’hui, on veut se faire remarquer. Nous sommes un peu serrés à Madagascar. On est sur une île, coupés du monde. Moi, j’ai fini mes études, je joue dans les cabarets, mais c’est un cercle vicieux : être là aujourd’hui, et là dans dix ans ? Non, merci", explique-t-elle, volontaire, après son concert reggae-rock avec Mafonja.
 
Ailleurs…

Pourtant, à vouloir attirer l’attention des invités internationaux, plusieurs groupes présentent sur la scène de Libertalia leur facette la plus "internationalisée"  de leur travail, jusqu’à parfois en perdre leur ancrage culturel. Pour le joueur de valiha Rajery, bien conscient des exigences du marché international, "C’est bien d’avoir une ouverture, d’ouvrir nos cœurs, nos yeux, nos fenêtres, nos portes, pour savoir ce qu’il se passe ailleurs. Mais il ne faut jamais oublier nos racines, notre originalité. Voilà le message que j’adresse aux jeunes artistes : d’abord, il faut qu’ils soient à la hauteur de Madagascar. Avant de vouloir quitter le pays, il faut être professionnel".

Difficile pourtant d’apprendre à l’être lorsque le système D règne dans tous des domaines du secteur... En dehors du circuit des Alliances françaises, les tournées sur l’île sont rares et les distances énormes. Passer à la radio ou à la télévision coûte de l’argent – il faut payer les programmateurs. Alors pour se faire connaître, les jeunes artistes se débrouillent via les réseaux sociaux ou le bouche à oreille.
 
Et ils travaillent, répètent, prennent leur voiture pour proposer leurs services dans les hôtels ou les cabarets des villes de province. En attendant, peut-être un de construire un projet qui les envoie à l’extérieur, dans les autres îles de l’océan Indien, en Afrique du Sud, ou peut être en Europe ? 

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