Elida Almeida, ombre et lumière

Elida Almeida, ombre et lumière
Elida Almeida © Lawson Daku

A 22 ans, la Cap-verdienne Elida Almeida vient de remporter le Prix Découvertes RFI 2015 avec son album Ora Doci, Ora Margos. Auteure compositrice et interprète, elle chronique avec délicatesse les tourments et les espoirs d’une génération. Portrait de la jeune artiste.

Au téléphone depuis Praia, la capitale du Cap-Vert, Elida Almeida rit souvent. Heureuse d’être chez elle, entre deux tournées, de profiter de ses proches, de savourer la douceur cap-verdienne avant de s’envoler pour New York, Maputo ou Dakar. "Chaque fois que je m’éloigne de mon île de Santiago, je suis fébrile. Mon cœur est serré. C’est toi qui es mon inspiration, mon cordon ombilical est enfoui en toi", chante-t-elle dans Nhu Santiago, une morna de son album Ora Doci, ora margos, qui signifie en créole cap-verdien "moments doux, moments amers".

Du vécu
 
Pour l’heure, la vie est rose. À 22 ans,  elle vient de remporter le Prix Découvertes RFI, qui lui permettra de donner un concert à Paris, de poursuivre une tournée africaine organisée par l’Institut français et de toucher un chèque de 10.000 euros, grâce au soutien de l’OIF, de la Sacem et de l’UNESCO.
 
Plus tôt en 2015, elle a signé son premier album avec Lusafrica, le label d’immenses voix cap-verdiennes : Cesaria Evora bien sûr, mais aussi Lura, Mario Lucio, l’actuel ministre de la Culture de l’archipel, Nancy Vieira ou Teofilo Chantre.
 
L’histoire commence sur un coup de chance et devient vite un coup de maître, comme souvent chez Lusafrica. En mars 2014, José da Silva fait la tournée des bars de Praia, et la découvre sur scène. Voix juvénile, visage poupin, Elida a encore l’air d’une gamine, mais chante pourtant des histoires qui ont du vécu.
 
Quand le producteur apprend qu’à vingt ans, elle compose et écrit ses propres paroles depuis plusieurs années - fait rare pour une chanteuse au Cap-Vert- il décide de l’enregistrer. En studio, elle dévoile des textes qu’elle n’osait pas chanter, "de peur qu’ils ne soient pas aimés ou acceptés". Avec délicatesse, les paroles d’Elida Almeida se font l’écho des aspirations des jeunes cap-verdiens, et peut-être un peu plus des adolescentes des campagnes : désirs naissants, promesses de mariage, fiancées déjà veuves ou grossesses trop précoces…
 

En chantant, elle est la voisine, la copine, l’amoureuse, la vertueuse, la bafouée, qui raconte son histoire, parce qu’en attendant la lumière, il n’y a que cela à faire. C’est l’histoire de sa génération, celle des jeunes de Santa Cruz ou de la petite île de Maio où, plus jeune, elle animait une émission de courrier du cœur à la radio.

 
C’est peut-être aussi la sienne. Dans Nta Konsigui ("Je réussirai") un titre qui a eu une très forte résonance au Cap-Vert, elle chante : "Je pourrais la résumer en moins d’une minute (…)/C’est ma vie, c’est ma petite histoire/Contée sur un bout de papier, tantôt douce, tantôt amère, (…) Mais je suis venue au monde, petit à petit, je ferai mon chemin".
 
Nuit noire
 
Née dans un village rural sans électricité de Santiago, elle a grandi dans une famille où personne ne jouait de musique, mais où le batuque et le funana, les genres traditionnels de l’île éclairaient la moindre fête et souvent la nuit noire. Pour apprendre à chanter, il y avait aussi l’église ou bien la radio, "l’unique distraction", qui diffusait beaucoup de musique cap-verdienne, de pop, de rock.
 
Un peu plus tard, après le décès prématuré de son père, elle s’installe avec sa mère sur l’île de Maio et grâce à la guitare d’un ami, elle gratte quelques accords et commence à composer. Passion plus que passe-temps, la musique prend une place grandissante dans sa vie, malgré les nombreuses responsabilités qu’elle endosse : un enfant, des études, une mère veuve à épauler.

À 17 ans, dans une période particulièrement difficile, elle compose Nta Konsigui, qui lui permet de gagner un concours sur l’île de Maio, en 2012. À partir de là, tout va très vite. Elle joue dans les bars, les cabarets, se rôde à la scène. Plébiscités, ses textes parlent à beaucoup de Cap-Verdiens, souvent eux aussi malmenés par la vie, mais déterminés à réussir.

Sorti en single par Lusafrica en 2014, Nta Konsigui est joué par les radios et le clip, improvisé sur une plage de Praia, se partage rapidement sur les réseaux sociaux. Il a été vu à ce jour, plus d’un million et demi de fois. Depuis un an, en Europe, aux États-Unis ou en Afrique, Elida Almeida est attendue par une diaspora cap-verdienne fière de sa nouvelle ambassadrice. Après l’ombre, voilà la lumière.

 
Elida Almeida Ora Doci, Ora Margos (Lusafrica) 2015
Page Facebook d’Elida Almeida

 
En concert au festival Au Fil des Voix, le 4 février à l’Alhambra, à Paris.