T’doz, l’expérience vodou pop

T’doz, l’expérience vodou pop
T'doz © DR

Après avoir fait ses classes au sein du groupe familial Boukman Eksperyans, le chanteur haïtien T’doz sort son premier album intitulé Lâcher prise pour convoquer le soleil de sa terre natale, lui qui vit en Suisse.

"J’adore la musique classique. Mozart et Beethoven. Mais celui qui m’a inspiré au piano, c’est le Grec Yanni. Il fait de la musique new age." Les propos de T’doz ont de quoi surprendre, lui qui a été élevé au son de Jimi Hendrix, de Bob Marley et bien sûr de la musique haïtienne, en particulier celle de ses parents et de leur groupe emblématique, Boukman Eksperyans.

Cet éclectisme qu’il revendique, il a voulu le canaliser à travers l’appellation vodou pop, qui donne la direction de son premier album sous son nom, Lâcher prise : s’appuyer sur le pilier que constitue pour lui la musique traditionnelle haïtienne pour inviter d’autres influences dans sa construction artistique.

En termes plus spirituels, il explique qu’il a voulu suivre la philosophie de Zaka, le dieu de l’agriculture dans le panthéon vaudou : "En acceptant qui on est, on accepte sa culture et on est en paix avec soi-même."

L’envie initiale de ce disque date de janvier 2012, lors d’un premier concert solo à Genève, en Suisse, son pays d’accueil depuis une dizaine d’années. Quelques mois plus tôt, un programmateur l’avait entendu avec sa guitare dans le cadre d’une fête et lui avait proposé de tenter le même type de performance, mais dans des vraies conditions live.

Les sensations que T’doz en a retirées ont été un le vrai point de départ du projet aujourd’hui commercialisé. Il y a vu l’opportunité de montrer ce qu’il avait en tête et qu’il avait pu commencer à exploiter soit en tant que réalisateur sur l’album La Révolte des Zombies de Boukman Eksperyans, soit sur la compilation Ayiti Diasporap 4 Life réunissant des artistes hip hop haïtiens vivant un peu partout dans le monde.

Lui qui a quitté sa terre natale pour les Alpes afin de suivre des études d’ingénieur en électronique confie aussi qu’il s’est attelé au chantier en cherchant à "ramener le soleil" de chez lui, pour "le sentir". Après avoir posé les bases des morceaux, il est allé trouver quelques artistes et musiciens de son carnet d’adresse, pour élargir le propos, pour "que ça ne sonne pas tout le temps pareil" : en faisant par exemple, jouer la moitié des guitares par le funky Rico Adiko Kerridge (ex-Malka Family aujourd’hui entre autres avec Bibi Tanga et Sandra Nkaké) dont "la touche exceptionnelle" l’a frappé quand il l’a découvert, et l’autre moitié par son frère Paul, son "jumeau musical" installé à New York où il a monté son propre groupe Zing Experience. Et ce n’est pas le seul membre de la famille Beaubrun – son nom à l’état civil – à être présent, puisqu’on trouve également un autre bout de la fratrie avec Ralph ainsi que le duo Manzè et Lolo, soit la mère et le père !

Difficile, voire impensable pour T’doz de se passer de cet entourage si décisif dans sa relation à la musique. Et de rappeler que le déclic s’est produit à l’âge de six ans, lorsque son père l’a emmené à une cérémonie vaudou : "Tout ce qui m'intéressait ce jour-là, c'était la percussion. Je suis resté deux heures devant le percussionniste assez âgé pour admirer cet instrument. Le lendemain, j’ai pris les percussions qu’il y avait à la maison et j'ai refait quasiment les mêmes rythmes que ceux que j'avais entendu la veille alors que je n'avais jamais joué auparavant. Mon père a écouté en passant, et il a était tellement ému qu'il a pleuré."

T’Doz Lâcher prise (Autoproduction) 2014
Page Facebook de T'Doz