Lo’Jo, entre passé et présent

Lo’Jo, entre passé et présent
Lo'Jo © DR

Peu enclin à se situer dans des référentiels conventionnels, à l’image de sa musique qui embrasse le monde, Lo’Jo réapparait sous un jour instrumental à travers 310 Lunes, comprenant ce nouvel album ainsi que la réédition de celui qui fut leur tout premier, The International Courabou. Un double CD dans un format classique ou celui d’un livre-disque réunissant 70 photos de ce groupe français. En noir et blanc, forcement, avec un côté fellinien frappant.

En matière de projets atypiques, Lo’Jo s’y connait. L’essence même de sa démarche échappe à tout formatage, à toute idée de limites, tant sur le plan géographique que sur le plan artistique. Avec 310 Lunes, l’équipe française régionalo-mondialiste en offre un nouvel exemple, même à ceux qu’elle a habitués à surprendre : si le titre de l’album respire l’écriture poétique de Denis Péan, dont la place dans l’univers de Lo’Jo paraît centrale, pourtant aucun mot n’est prononcé durant 43 minutes ! Seuls les instruments ont la parole. “Une formation savante et audacieuse pour jouer les réminiscences des musiques historiques de Lo’Jo”, selon la formule de l’auteur emblématique du groupe.

La tâche a été confiée à Renaud Gabriel Pion, qui connaît le répertoire de cette joyeuse bande comme son état d’esprit pour avoir participé à nombre de ses albums depuis 25 ans, et s’est aussi illustré avec Björk, John Cale ou Omar Sosa. Avec une poignée de musiciens, dont quelques-uns ont aussi joué avec la formation angevine, il a constitué un orchestre à vent où cuivres et bois relisent, revisitent neuf titres de Lo’Jo. En étant, selon les cas, plus ou moins proche des originaux.
 
Et si on devine assez facilement Venerate Child, qui figurait sur Fils de Zamal paru en 1998, derrière Adorate Child, ce n’est pas toujours le cas de ces versions réarrangées, sur lesquelles quelques invités tels que le trompettiste Erik Truffaz ou le flutiste Magic Malik sont venus ajouter leur souffle.
 
Entrer chez Lo’Jo par la porte instrumentale, aussi incomplet, voire paradoxal que cela puisse sembler aujourd’hui, fait pourtant écho aux tout débuts du groupe, quand il était parti en Pologne accompagner une compagnie de théâtre de rue et avait fait sa première cassette illustrant le spectacle.
 
“Des impros, sans texte. Des pseudos musiques classiques qui accompagnaient des acrobates et autres clowns”, se souvenait Denis Péan, il y a quelques années, expliquant que tout s’était “organisé” peu de temps après pour les vrais débuts discographiques avec The International Courabou. Que cet album, produit à 1 000 exemplaires à l’origine et devenu introuvable, soit ajouté en guise de bonus à 310 Lunes fait donc tout à coup sens, pas seulement pour sa valeur intrinsèque –et ce qu’elle nous apprend sur l’évolution du groupe. Entre passé et présent, Lo’Jo ne veut pas non plus de frontières.
 
Lo'Jo 310 lunes (World Village) 2014
Site officiel de Lo'Jo
Page Facebook de Lo'Jo

En concert le 20 novembre au New Morning à Paris.