Avaz, comme une Bretagne persane

<i>Avaz</i>, comme une Bretagne persane
Keyvan Chemirani avec Maryam Chemirani, Annie Ebrel etc... © DR

Le percussionniste Keyvan Chemirani rassemble voix et traditions d’Iran et de Bretagne pour un projet hors du temps et de l’espace, un album intitulé Avaz, avec notamment les chanteuses Annie Ebrel et Maryam Chemirani.

Ce serait comme un pays né sans les contraintes de l’histoire et de la géographie, un territoire où la gwerz bretonne d’aujourd’hui et les mystiques persans du Moyen Âge vivraient ensemble, où ils chanteraient l’immuable éternité de l’amour dans une langue et une musique qui leur seraient également naturelles. Ce pays s’appelle – par exemple – Avaz. C’est aussi le nom du projet que Keyvan Chemirani a créé l’été dernier et de l’album qui vient de sortir.

Le casting est lui-même une cartographie. Keyvan Chemirani, percussionniste français de tradition persane et fils de l’immense Djamchid Chemirani (le compagnon de tous les plus grands noms de la musique iranienne, collaborateur de Peter Brook, Ross Daly, Maurice Béjart, René Clemencic…), s’est vu commander une création par le centre culturel Amzer Nevez à Lorient. "J’étais venu avec le flûtiste Sylvain Barou pour une création d’Erik Marchand, raconte Keyvan. Quand on m’a proposé à mon tour de créer un projet, j’ai voulu des musiciens traditionnels qui peuvent jouer en dehors de leur tradition. Sylvain et Hamid Khabbazi, joueur de târ, ont été des clés, tant ils savent rafraîchir et confronter les savoirs traditionnels."

 
Au cœur du projet, deux chanteuses qui vont porter des héritages a priori très éloignés. Annie Ebrel chantera la gwerz et le kan a diskan de son héritage rural breton, et Maryam Chemirani chantera les grands poètes mystiques iraniens médiévaux (Rumi, Omar Khayyam, Hafez). Or, à part leur caractère modal à l’une et l’autre, la musique bretonne et la musique persane n’ont a priori aucun point commun. Et pourtant, comme le remarque Keyvan, "nous avons eu beaucoup de surprises en jouant. Des étonnements sur les modes, sur les intonations et même sur la signification des chants. Il y a des passerelles surprenantes."

Un travail collégial

 
Ce sont ces passerelles qui feront d’Avaz une aventure particulièrement troublante, pour ses auteurs comme pour ses auditeurs. À la création scénique, début 2014, puis avec ce disque enregistré cet été à la Grande Boutique à Langonnet, dans le Morbihan, on découvre un lieu magique et singulier, né à la fois de deux traditions particulièrement fortes et de cinq individualités ouvertes et généreuses – "quand on s’estime ainsi et que c’est facile au plan humain, le reste suit", note Keyvan Chemirani, praticien expérimenté des rencontres musicales inattendues.
 
Il parle d’un travail "assez collégial" autour de thèmes traditionnels arrangés par Sylvain Barou ou lui, et de compositions originales dans lesquelles le bagage des uns et des autres s’accorde naturellement. De la flagrante humilité de chacun des cinq musiciens nait une saisissante noblesse collective, comme si Avaz était la plus haute expression d’une culture lointaine – ou à venir. Né d’une confrontation, ce projet donne naissance à une invention à la fois libre et fidèle, infiniment raffinée et formidablement prodigue.
 
Keyvan Chemirami Avaz (Innacor) 2014
Le 2 décembre à Quimper, le 5 à Auray, le 6 à Ploërmel, puis dans les festivals à l’été 2015.