Le tsapiky d'appellation contrôlée de Damily

Le tsapiky d'appellation contrôlée de Damily
Damily © DR

S'il a quitté Madagascar il y a quinze ans pour s'installer dans le Grand Ouest français, Damily a jugé opportun de retourner sur sa terre natale pour enregistrer son nouvel album Very Aomby et entretenir avec une détermination intacte la flamme du tsapiky, genre musical qui a fait sa réputation dans le sud de la Grande Île.

RFI Musique : Votre nouvel album débute par une chanson enregistrée lors d'une prestation en public, et s'achève de la même façon, tandis que le reste est fait en studio. Qu'est-ce qui vous a incité à cela ?
Damily : Le tsapiky se joue dans les cérémonies traditionnelles. On joue toujours en live, en plein air, et j'avais envie de montrer ce côté-là. C'est de là que ça vient, le tsapiky. Et puis j'ai enregistré en studio pour qu'on entende un travail différent. On a mis un pavillon, comme dans les bals poussière, mais le son n'est pas aussi saturé et il n'y a pas le public.

Le haut-parleur pavillon est un élément qui tient une grande place dans le tsapiky. Comment les musiciens en sont-ils venus à l'utiliser ?
Au début, quand on a commencé le tsapiky, on n'avait pas de sonorisation. On a trouvé des pavillons, qui étaient apportés par les colons dans les années 30. Il y en avait dans la commune où j'habitais. Pour amplifier la guitare, on les a pris et l'on a joué notre style là-dedans. Avec des enceintes, ça ne sonne pas pareil parce qu'avec le pavillon, le son est plus aigu.

Dans quel endroit avait lieu ce concert que l'on entend en partie sur votre album ?
En fait, c'est dans mon village natal. Tongobory, à l'est de Tulear, sur la route de Fort Dauphin, au bord du troisième plus long fleuve de Madagascar, l'Onilahy. C'est un village de pêcheurs. Mais pas la pêche industrielle. Avec la canne à pêche. On a fêté l'anniversaire de ma mère et c'est à cette occasion-là qu'on a fait venir un ingénieur du son de La Réunion pour nous enregistrer en live. Et puis dans ce son-là, il y a la chaleur et la poussière en même temps. C'est ça, la différence. Quand on fait un bal poussière comme ça, tous les villageois viennent. Et même ceux qui sont à 25 kilomètres de là, parce que le pavillon envoie le son le plus loin possible pour que les gens sachent qu'il se passe quelque chose. Donc, ça fait pas mal de monde. C'est une grosse fête. On apporte des groupes électrogènes pour avoir l'électricité.

Retournez-vous régulièrement dans votre village depuis que vous êtes venu vivre en France ?
Ça faisait huit ans que je n'étais pas allé à Madagascar et quatorze ans que je n'avais pas joué pour la population de chez moi. Donc quand nous y sommes retournés, nous avons organisé de grands concerts gratuits.

Votre regard sur Madagascar a-t-il changé durant ses huit ans ?
La France est à 10000 kilomètres de Madagascar, donc mon regard a changé. Quand je suis arrivé là-bas, ce n'était pas pareil qu'avant. Même le regard des gens a changé parce que je suis devenu un peu étranger pour eux. Et puis, comme mes deux albums d'avant étaient faits avec une guitare électro-acoustique, ça voulait dire pour eux que j'avais changé mon style. Ils pensaient que j'avais oublié puisque j'étais en France. Mais pas du tout. J'ai toujours joué du tsapiky. Je n'ai jamais fait autre chose, depuis la fin des années 80. C'est aussi pour ça qu'on a enregistré cet album.

Existe-t-il des règles dans un morceau de tsapiky et quelles sont-elles ?
Bien sûr. C'est comme en Occident avec les partitions, mais là-bas il n'y a pas d'écoles de musique. Il y a des codes que nous seuls, dans le tsapiky, connaissons. Il y a trois parties : la première, avec le chant. La deuxième, on accélère le tempo pour les danseurs et les familles qui défilent. Et puis la troisième, c'est quand on voit que le danseur est un peu fatigué. Alors, on casse un peu le jeu pour qu'il reprenne son souffle. Si les gens veulent danser, je peux commencer directement à la deuxième partie.

Est-ce une musique qui a beaucoup évolué, selon vous ?
Si on regarde la vieille école, notre génération, on fait toujours la même formule. Mais aujourd'hui, ils ont trouvé une autre façon de faire. En fait, c'est difficile de composer la deuxième partie. Quand j'étais là-bas, tous les guitaristes reprenaient ce que je faisais, mettaient ça dans leur musique. Et depuis que j'ai quitté Madagascar, personne ne compose cette partie-là. Maintenant, ils ne font plus que la première partie jusqu'au bout.

 
Dans vos albums précédents, il vous est arrivé plusieurs fois de reprendre des chansons que vous aviez déjà enregistrées auparavant à Madagascar. Est-ce aussi le cas sur Very Aomby ?
En fait, quand j'étais là-bas, c'est le propriétaire du matériel avec lequel on jouait qui se revendiquait propriétaire de mes morceaux à l'équivalent malgache de la Sacem. C'est lui qui était déclaré comme auteur-compositeur ! Arrivé en France, je me suis dit qu'il fallait que je les enregistre à nouveau pour les mettre à mon nom. Mais sur le nouvel album, tout est nouveau !

Damily Very Aomby (Helico Music/L'Autre distribution) 2015
Site officiel de Damily
Page Facebook de Damily
En concert le 25 juin à la Maroquinerie à Paris
 

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