Ibeyi, l’alchimie des jumelles

Ibeyi, l’alchimie des jumelles
Ibeyi © F. Prioreau

Composé des deux jumelles franco-cubano-vénézuéliennes, Lisa-Kaindé et Naomi Diaz, 20 ans, filles du grand percussionniste Anga Diaz, le fascinant duo lbeyi offre un univers multipiste, à la croisée de l’électro-soul, du hip hop et des influences yoruba. Peu avant d’envoûter Paris, le 15 juillet, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, à l’occasion du Festival Fnac Live, Lisa-Kaindé, l’une des moitiés, se confie à RFI Musique. L’occasion de revenir sur leur parcours époustouflant. Rencontre.

La première est fille de l’Orisha Changó, Dieu de la Foudre dans la religion Yoruba ; la seconde celle de Yemanja, divinité de la mer. L’une, tumultueuse, rebelle, possède d’interminables cheveux noirs, et des yeux verts sauvages ; l’autre, plus réservée, sage, porte fièrement une coiffe afro indomptée, des yeux noirs en amande.

En apparence, seulement, tout oppose les jumelles Diaz, Naomi et Lisa-Kaindé, vingt ans, qui composent le duo, sensation du moment, Ibeyi, du nom des Dieux jumeaux en langue Yoruba. Interrogée par téléphone, entre deux avions, la dernière précise de sa voix cristalline : "Nous sommes carrément opposées, douées de deux énergies différentes… toujours en train de nous chamailler au quotidien ! Par contre, sur notre terrain d’harmonie, la musique, nous révélons une ultra-complicité : une osmose complémentaire !"
 
Le yin et le yang

Depuis l’enfance, les jumelles qui ont grandi à Paris et un peu à Cuba, filles d’Anga Diaz, mythique percussionniste cubain qui fit sonner ses tambours aux côtés d’Irakere, Chucho Valdès, Herbie Hancock, Roy Hargrove ou Cachaito Lopez… et d’une maman attachée de presse franco-vénézuélienne, baignent dans un grand chaudron de sons.

"Tout bébé, dans nos poussettes, on assistait aux concerts, dit Lisa. Le reste du public regardait nos parents de travers… Pourtant, ils nous offraient le plus beau des cadeaux : ils nous ouvraient les oreilles et l’esprit !" La mort de leur père d’un infarctus à 45 ans pèse lourd sur leurs onze ans. Le lendemain de son décès, Naomi s’assied pour la première fois sur le cajón d’Anga… Sur ce qui deviendra son instrument fétiche, elle s’applique, paume à paume, à dessiner des rythmes, à créer des pulsations et des vibrations, à perpétuer la vie.

 
Dans la solitude de sa chambre, Lisa-Kaindé, elle, compose des chansons. Un beau jour, un ami lui propose d’enregistrer un EP. Naomi s’exclame : "Pas moyen que tu te lances sans moi !" Ibeyi est né. Lisa raconte : "Je me suis sentie soulagée de ne pas partir seule dans l’aventure ! Comme le yin et le yang, nous nous équilibrons. Naomi possède le côté rythmique, hip hop. Elle adore la production en studio. Moi, j’écris des chansons piano-voix, un peu tristes : elle rajoute des couleurs ! Nos visions différentes, nos angles distincts subliment notre projet. Très sincèrement, je préfère 'notre' musique à 'ma' musique."
 
Esprits et croyances yoruba

Dans Ibeyi, les calculs mathématiques donnent un tas de résultats différents : "Parfois, 1+1 fait 2, parfois beaucoup plus, et parfois 1 seulement : une alchimie. Cela dépend de nos humeurs, et de nos énergies". Et puis, au cœur de ce duo intimiste, organique, s’immiscent des esprits, ceux des disparus – leur père, leur sœur aînée, deux bougies allumées sur scène –, mais aussi les divinités issues des "croyances" yoruba, qu’elles côtoient depuis le ventre de leur mère.
 
Pour parler de leur univers, les filles adoptent le terme de "Negro-spirituals contemporains". Un résumé pratique, selon Lisa : "Plutôt que d’additionner les termes soul, hip hop, downtempo, nous nous sommes recentrées sur le côté yoruba, 'notre' negro-spiritual, auquel s’ajoutent des teintes modernes". Car les jumelles, avides de sons, explorent plusieurs pistes, plusieurs carrefours : des tambours batá au trip-hop éthéré, des chants yoruba traditionnels à la nu-soul au fil d’un voyage intimiste, inventif et plein de surprises.
 
Un producteur sur-mesure
 

Pour unir tous ces paysages, il fallait un magicien, un visionnaire. Une âme sœur ? Lorsque le duo rencontre, suite à des recommandations, Richard Russell, boss du label anglais XL Recordings (Radiohead, The White Stripes, M.I.A., Vampire Weekend,…), l’évidence se fait jour. "C’était le destin, dit Lisa. Dès qu’on l’a vu, sans même qu’il ouvre la bouche, on a su. C’était lui. Ce qu’il dégageait, son énergie : tout nous séduisait ! Quand il a prononcé ses premiers mots, le rêve s’est concrétisé. Il avait une vision précise de notre musique, qui nous faisait cogiter, nous donnait des envies créatrices. C’était génial ! Il entendait avec justesse notre 'musique idéale', il a su la traduire !" En résulte cet album éponyme, sensible, intelligent et novateur, la plupart du temps en anglais, ce beau disque qui retrace leur épopée personnelle…

Au sujet de leur parcours, les deux filles, qui n'envisageaient même pas une carrière musicale, parlent obstinément de "chance", de "bonne étoile". Tout s’est enchaîné très vite, jusqu’à ce succès grandissant, abordé la tête froide. "On éprouve juste un intense bonheur à remplir les salles, à partager notre musique, à vivre ces moments magiques !" Le phénomène Ibeyi envoûte décidément tous les auditoires : un sortilège !
 

Ibeyi (XL recordings) 2015
Site officiel d'Ibeyi
Page Facebook d'Ibeyi
 
A retrouver aussi au Festival Fnac Live, du 15 au 18 juillet :
Brigitte (le 15), Django Django, Selah Sue, Christine and the Queens, Benjamin Biolay, etc. (le 16), Jeanne Added, Dominique A, Ala.Ni, PiersFaccini et Vincent Segal (le 17), Nekfeu, Songhoy Blues, Izia, Mika, Pierre Lapointe (le 18)