Imarhan et le code d’honneur touareg

Imarhan et le code d’honneur touareg
Imarhan © Julien Bourgeois

Considéré comme l’un des petits frères de Tinariwen, tant en raison de liens familiaux que pour avoir bénéficié de son appui dans la production de son premier album, le groupe algérien Imarhan affiche ses ambitions : emmener la musique touarègue encore plus loin.

En trois mois, les cinq garçons d'Imarhan auront vu du pays : si la tournée qui accompagne le lancement de leur premier album a démarré en Europe par une douzaine de concerts, de Barcelone à Londres, elle s'est poursuivie aux États-Unis où les jeunes touaregs se sont produits à une quinzaine de reprises, de la côte Est à la côte Ouest. Avant de revenir il y a quelques jours sur le Vieux Continent, avec encore au programme des escales dans des villes comme Paris, Amsterdam, Copenhague...

 Les premiers pas du groupe en live hors d'Algérie remontent à 2011, en Italie. La scène se déroule alors "dans un petit bar", raconte Sadam, chanteur et porte-parole de la formation. Ils sont venus de l'autre côté de la Méditerranée à l'invitation de Faris Amine Bottazzi, un musicien algéro-italien (repéré la même année sur une compilation spécialisée puis auteur de l’album Mississippi to Mali, en 2013) avec lequel ils ont noué une relation par le biais de Facebook.

Ce séjour s'avère au final capital : il est l'occasion pour eux d'effectuer leurs premiers enregistrements. Quatre titres considérés aujourd'hui comme "des maquettes", mais qui vont donner à leurs auteurs une visibilité décisive dès lors qu'ils sont mis sur Internet. "C'est à partir de là que tout a commencé", assure Sadam.

Avec une poignée de copains du même quartier de Sersouf, à Tamanrasset, la grande ville du Sud algérien près de la frontière avec la Mali et le Niger, ils s’étaient mis à jouer ensemble quelques années plus tôt, de la musique "ishumar" (dérivé du mot français “chômeur”), ce blues rock dont la tribu Tinariwen reste le porte-étendard, au point de l’avoir incarné. Et de servir en permanence de référence.
 
Dans le cas d’Imarhan, l’influence de ces prestigieux aînés se double de liens familiaux puisque le bassiste, Eyadou Ag Leche, est un cousin de Sadam. Il lui a offert sa première guitare, il y a une dizaine d’années, l’a emmené ensuite en tournée, puis a décidé de s’investir davantage et de partager son expérience en produisant le premier disque d’Imarhan.
 
Le quintet a découvert une autre façon de travailler, avec ses exigences techniques : "Le plus difficile était de chanter dans le temps. Et de ne pas perdre ce qu’on ressent, car plus tu répètes, moins ça devient naturel", explique Sadam. Les images de quelques jam-sessions sur Internet laissent deviner le décalage entre sa conception de la musique dans la vie quotidienne et le cadre structuré autant que structurant d’un enregistrement en studio.
 
Lui qui ne portait pas de chèche quand il accompagnait Tinariwen sur scène, contrairement aux autres musiciens, avoue être gêné de voir les Occidentaux approcher sa musique "d’un point de vue culturel, en imposant par exemple aux gens de s’habiller traditionnellement. Parce que ce n’est pas la tenue, mais la musique qui fait le lien pour qu’on se rencontre".
 
D’une autre génération que celle qui s’est fait connaitre en troquant les Kalachnikovs contre des guitares, il veut mener un combat artistique, "en inscrivant les musiques touarègues dans les musiques du monde comme un genre à part entière, qui puisse même être joué par des musiciens venant d’ailleurs". Sans perdre de vue le fondement : le code d’honneur de la culture touarègue. "S’empêcher de faire tout ce qui est répréhensible et tout ce qu’on ne veut pas que les autres nous fassent", résume Sadam, qui déplore que ces valeurs "soient en train de disparaître".
 
Imarhan (City Slang) 2016
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