The Dizzy Brains, le punk comme passeport

The Dizzy Brains, le punk comme passeport
The Dizzy Brains © Rija Solo

Révélé lors des dernières TransMusicales de Rennes, ce groupe de punk venu de Madagascar commence à faire sensation en France avec ses concerts incendiaires. Il publie son premier disque, Out of the cage, qui porte le label RFI Talent et se fait le porte-parole d'une jeunesse malgache dénonçant la violence, la pauvreté et la corruption de son pays.

Quand il arrive dans les locaux d'RFI ce jour-là, Eddy Andrianarisoa est déjà précédé par sa notoriété naissante. À l'opposé de ce qu'il montre sur scène, Eddy affiche un sourire chaleureux en ce début de printemps où les concerts de son groupe se confondent avec une bonne tournée promotionnelle en France. Il faut dire que The Dizzy Brains tranche singulièrement avec ce que produit en général une l'île qui a inspiré les musiciens de tout l'océan Indien.  

Nourris des Stooges, des Ramones et autres apôtres du "no future", le groupe façonne un punk sans chichis dans lequel l'énergie prime sur tout le reste. Rockeurs dans un coin du globe où ce n'est pas franchement à la mode, ses membres disent la colère qu'il y a d'être jeune dans l'un des pays les plus pauvres et les plus corrompus de la planète. Pour ces gamins originaires de la capitale Antananarivo, leur île est une "cage" dont ils sortent grâce à leur musique.
 
Chez les yéyés
 

Avant que The Dizzy Brains ne prenne sa forme définitive voici un an et demi, la musique était une affaire de famille pour les frères Andrianarisoa à l'origine du groupe. Durant leur enfance, Eddy et son cadet Mahefa ont écouté les disques de yéyés que passait leur père, chef de chantier et guitariste pour de nombreux groupes locaux. Johnny, Claude François, Sheila"Au début, on était obligé d'écouter, ça nous faisait chier, mais maintenant, on le remercie", reconnaît Eddy. La révélation vient en écoutant ceux qui ont mis la France à l'heure anglaise à la fin des années 60, la confidentielle Jacqueline Taïeb ou Jacques Dutronc. "Jacques Dutronc, c'est un fou, le nom Dizzy Brains, c'est pour lui", commente celui qui reprend les Cactus. 

 
Les "cerveaux étourdissants" décollent lorsqu'ils sont pris sous l'aile d'un producteur, Gilles Lejamble, patron de la maison de disques indépendante, Libertalia. C'est grâce à leur "papa Gilles" qu'ils trouvent un nouveau guitariste, un nouveau batteur et se produisent dans le festival qu'organise ce dernier à Antananarivo. Dans un pays où à peine plus de 15 % de la population avait accès au courant il y a encore quatre ans, produire une musique aussi chargée en électricité relève pratiquement de l'incongruité, sans compter les tabous que cela soulève.
 
Porte-parole de sa génération
 
Boycotté par les médias malgaches, The Dizzy Brains est pointé du doigt pour son propos politique et ses postures sexuelles. Eddy, qui multiplie les poses lascives derrière le micro en live, répond presque naïvement : "Quand je me mets torse nu en concert, c'est d'abord parce que j'ai chaud. Ce n'est pas de la provocation, c'est une envie, comme boire de l'eau. Après, j'ai toujours rêvé de parler de sexe parce que, si je parle de sexe à Mada, les gens vont mal me juger, dire que je suis un gamin pervers. Mais je ne vois pas où est le problème, car pour moi, c'est comme parler de religion, de politique. Cela fait partie de la vie. Le sexe est tellement tabou chez nous, on n'en parle même pas entre parents et enfants." Paradoxe d'un pays dont l'image est marquée au fer rouge par la prostitution et le tourisme sexuel.
 
Clairement engagé quand il parle de la famine qui touche le sud de son pays ou de cette corruption galopante qui l'a empêché de trouver un boulot d'avocat en rapport avec ses études, Eddy nuance : "Être ambassadeur, c'est parler de tout ce qui se passe dans le pays, et cela, on ne le veut pas. On veut juste parler de notre propre vie." Porte-parole de fait, "parce qu'on ne peut pas y échapper", les gars de The Dizzy Brains ne souhaitent pas pour autant sacrifier leur liberté sur l'autel de leurs prises de parole. "Fais ton boulot mec !", a lancé Eddy face caméra à Olivier Mahafaly, le nouveau premier ministre de son pays, sur le plateau du Petit Journal de Canal +.
 
Une musique bien comprise en Occident
 
Repéré par une boîte de production française plutôt spécialisée dans le reggae, X-Ray, The Dizzy Brains a été révélé l'hiver dernier sur la foi d'un passage explosif aux TransMusicales de Rennes. À cette occasion, les quatre Malgaches voyageaient pour la première fois loin de chez eux. Impressions d'Eddy : "On a trouvé le pays un peu froid, et pas seulement pour les températures. Chez nous, dès qu'on voit quelqu'un dans la rue, on dit 'bonjour'. Ici, les gens étaient pressés, stressés dans leur tête et en plus, il venait juste d'y avoir les attentats (du 13 novembre). Côté scène, on ne se serait pas attendu à ce que le public réagisse autant. Les gens ont vraiment compris ce qu'on faisait."
 
Les quatre garçons ont bossé dur pour traverser les océans et enregistrer leur premier disque, Out of the cage, mais ils ne veulent pas s'arrêter là. S'ils ont déjà ouvert les portes de "la radio du monde", Eddy et les siens veulent désormais le parcourir dans son entier.
 

The Dizzy Brains Out of the cage (X-Ray production/RFI Talent) 2016
Page Facebook de The Dizzy Brains
En concert au Pan Piper à Paris le 17 juin