L’univers berbéro-celtique de Nabila Dali

L’univers berbéro-celtique de Nabila Dali
Nabila Dali © Lyes Nino

Au pays musical des merveilles, là où la réalité s’efface devant les rêves des petites filles devenues chanteuses, Nabila Dali pourrait passer pour la lointaine descendante du cousin kabyle de Merlin l’enchanteur. Imnayen, le premier album de la chanteuse franco-algérienne, évolue sur une ligne mouvante entre ses racines algériennes et les arrangements celtiques.

Lorsqu’elle s’est produite dans la salle parisienne de L’Européen, il y a quelques semaines, pour accompagner la sortie de son premier album Imnayen, Nabila Dali a pu vérifier sa capacité à remplir l’espace d’émotion : lors de son interprétation de D-ayrib D-aberrani, empruntée à Slimane Azem, quelques larmes ont même coulé sur les visages de certains, en entendant évoquée cette vie d’"exilé et étranger" que de nombreux hommes, pères de famille, ont menée en France loin des leurs.

Un clin d’œil communautaire, à partir duquel peut se déduire la forte relation de la jeune femme avec ses origines au sud de la Méditerranée, auxquelles elle a aujourd’hui trouvé une place tout en tenant à satisfaire des envies musicales bien plus anglo-saxonnes. Dès l’entame du CD, comment ne pas penser immédiatement à Kate Bush, chanteuse britannique du début des années 80… que Nabila n’a jamais écoutée !

Longtemps, elle n’a pas su sur quel pied danser, avant de comprendre qu’elle avait "le besoin de ne pas choisir" entre ces cultures. Privilégier l’une aux dépens de l’autre créait en elle une frustration, "parce qu’il y avait toujours une partie de moi que je devais laisser de côté", assure la trentenaire franco-algérienne, née le jour de la Fête de la musique.

 
Chez elle, en région parisienne, la petite dernière d’une fratrie de six enfants a toujours fait le lien, naturellement, inconsciemment. Elle se souvient même qu’elle incorporait des éléments traditionnels kabyles à La Isla Bonita de Madonna, la première chanson qu’elle ait fredonnée. Mais ce qu’elle faisait à l’intérieur du domicile y restait. À l’extérieur, les repères étaient différents. "J’ai commencé par chanter du jazz, du gospel, de la folk, de la pop et ensuite à l’âge adulte, j’ai voulu apporter quelque chose de beaucoup plus intérieur pour compléter mon identité artistique" explique-t-elle.

À bonne école

Alors qu’elle est partie vivre à Londres, elle passe, "pour rigoler", le casting de l’émission Alhane Wa Chabab, variante algérienne de la Star Academy. Sélectionnée, la voilà à Alger fin 2007, pour quatre mois à l’issue desquels elle fait la connaissance de Kamel Hamadi, doyen de la chanson kabyle. "C’est avec lui que j’ai fait mon école", assure Nabila.
C’est aussi par son intermédiaire qu’elle rencontre un peu plus tard, Idir : l’auteur d’A Vava Inouva avait été marqué par la prestation de la candidate au télé crochet qui avait repris a capella un titre de Matoub Lounes, chanteur et militant de la cause kabyle assassiné en 1998. Il l’encourage, lui propose de faire la première partie de son concert à l’Olympia en 2013.
L’événement est un rendez-vous que Nabila ne veut pas manquer. Elle y chante pour la première fois son propre répertoire, aux allures de pop berbéro-celtique. "À aucun moment auparavant je ne m’étais sentie 100% moi-même sur scène", raconte-t-elle. D’autant qu’entre temps, le pianiste Dominique Sablier, qui avait travaillé sur l’émission Alhane Wa Chabab, est venu apporter son expérience et ses idées à la chanteuse. Celui qui s’était illustré en 2008 comme arrangeur de l’album à succès de Tom Frager a compris ce qu’elle attendait. "Je voulais être fidèle à mon époque, ma génération, tout en gardant des valeurs traditionnelles", résume-t-elle. Une dualité qui se reflète, sur la pochette de son album, jusque dans le maquillage du visage de Nabila.
Nabila Dali Imnayen (Root'zik production/Rue Stendhal) 2016
Site officiel de Nabila Dali
Page facebook de Nabila Dali