Granville, welcome to Normandie

Granville
© D. Sagnier

Avec son premier album Les voiles, le groupe Granville surfe de sa Normandie natale sur les vagues pop de la contre-culture américaine. Après Orelsan, Concrete Knives et quelques-autres, les Caennais voient arriver un autre prétendant local aux premières places des classements nationaux. La scène bas-normande, active, tournée vers le reste de la France, s’offre aussi une incartade en terrain anglophone. A n'en pas douter, Granville avec son premier album est déjà un des fleurons de l’indie-pop à la française.

Granville, "la Monaco du Nord" comme on la surnomme, fait parler d’elle. Le nouveau groupe de pop à la mode de Caen a pris le nom de cette petite ville portuaire située quasiment en face des îles anglo-normandes. L’une de ces îles, Jersey, biberonne à toutes les modes musicales d’Angleterre et attire régulièrement la jeunesse normande, fan de virées made in UK.  

Le groupe Granville parle de son Hawaï à lui en décrivant Jersey dans son premier single. Pourtant, la chanson s’envole vers des destinations américaines en référence à la Côte Ouest avec guitare à la reverb’ fantastique comme aux plus belles heures de la surf music californienne.

 
De sa routine normande, Granville a voulu en faire une force, un signe distinctif, une passerelle vers un style original. La marmite indie pop des régions françaises mijote depuis des années comme à Rennes, Lille, Toulouse ou Bordeaux mais dans la ville du Stade Malherbe, les groupes subissent encore un peu plus l’influence du grand voisin britannique, de la culture du foot et du rock.
 
Granville a sauté à pieds joints dans ce bouillon de culture local en y ajoutant de la délicatesse typiquement britannique dans l’écriture des textes en français, des références un peu intellos et des clins d’œil musicaux/cinématographiques des années 50 et 60 de chez nous. Aux yéyés de France Gall et de Françoise Hardy, s’ajoutent des signaux beaucoup plus contemporains dans l’écriture naïve du combo. Le groupe ne fait pas mystère de l’influence de cinéastes esthétisants comme Wes Anderson ou Michel Gondry.

Culture pop américaine

 

Granville est un port de passage et le groupe du même nom semble vouloir faire un pique-nique d’accueil à tous les combattants de culture pop américaine sur les plages du débarquement. On verrait bien aux concerts des Caennais des amateurs de chewing gum à la cannelle et de cranberry juice venus écouter Les voiles sans se soucier de ne pas comprendre la poésie nostalgique du groupe exprimée en français.

 
Le groupe Beach House y tutoierait le fantôme de Gainsbourg et Blood Orange partagerait des cocktails d’orange sanguine avec Frank Alamo, Best Coast s’engagerait dans des parties endiablées de tennis avec Jacques Dutronc. La Normandie n’a jamais été aussi proche géographiquement de San Diego, California. Les chemises hawaïennes et planches de surf sur les plages de Granville rivaliseraient avec des images de pom-pom girls en jupe Courrège à l’arrière des Renault Dauphine sur la Highway 101. 
 
Le jeu de guitare clair et affirmé de Sofian El Gharrafi et la voix de Mélissa Dubourg, timide chanteuse, se croisent avec fluidité. La voix de l’égérie granvillaise est un croisement entre les cordes rauques de Brigitte Bardot, la distante froideur de Jeanne Moreau et la sensualité acidulée d’une Nancy Sinatra (dont le Bang Bang est cité en amuse-gueule de l’album).
 
Il y a dans le style de cette chanteuse rencontrée lors d’un open-mic à Caen une présence électrique et un charisme à faire chavirer les cœurs des nouveaux venus. Les chœurs sont assurés par Sofian, véritable puits de science pop, sur des chansons comme Jersey, lui donnant un rôle à Lee Hazlewood. En porte-parole du groupe, il ne rechigne pas à la délicate tâche de décrire les textes, raconter l’importance des clichés de l’enfance pas complètement enfouie (sur Polaroid).
 
Des souvenirs en super-8 au grain assez prononcés peuplent les chansons du groupe, des photographies jaunies et des extraits de Pauline à la plage, film d'Eric Rohmer, emplissent les clips du groupe. Côté coulisses, c’est toujours en Normandie (dans le Perche ornais plus précisément) que Granville est allé enregistrer son album avec Solange et Sergei du Hameau (déjà hôtes des albums de BB Brunes, Fortune, Stuck in the Sound et Jill is Lucky entre autres). Le label East West, qui fut le refuge de groupes américains de rock n’roll a confié un contrat au groupe. Le label a eu l’oreille inspirée, Granville donne envie de visiter les Etats-Unis en commençant par Omaha Beach.

Granville Les voiles (East West France/Warner Music) 2013
→ Site officiel
→En tournée dans toute la France et le 21 février à la Cigale de Paris