Frànçois and The Atlas Mountains, par monts et par vaux

Frànçois and The Atlas Mountains, par monts et par vaux
Frànçois & The Atlas Mountains © M. Demy

Après un exil en Grande-Bretagne et de nombreux voyages en Afrique, Frànçois and The Atlas Mountains est de retour avec un nouvel album. L’unique signature tricolore du label anglais Domino (Franz Ferdinand, Arctic Monkeys...) sort Piano Ombre, une merveille pop douce aux textures électro et aux réminiscences africaines, mixée par Ash Workman, collaborateur de Metronomy.

Pendant leur dernière tournée, un morceau tournait en boucle dans le bus qui menait Frànçois and the Atlas Mountains sur les routes du succès : "La musique est toute ma vie, je m’inspire même en tout lieu. Mes temps de loisirs sont sacrifiés, heureux ou même malheureux. Je ferais en sorte de démontrer que la musique nourrit le monde". Les paroles de La Musica en vérité, ce tube béninois enregistré avant leur naissance par feu Gnonnas Pedro (voix d’Africando) leur inspire aujourd’hui un single, La Vérité.

Même si le clip de La vérité nous embarque à des années-lumière de Cotonou dans une fête branchée avec des musiciens en costume de marin chics, il y reste l’amour sans concession de la musique qui se confond avec la vie autant qu’elle la chante. Cette "musique magique" qui guérit quand "l’amour a déçu", Frànçois Mary la revendique sur son dernier album, Piano Ombre, sorti sur le label anglais Domino, temple indé de la pop à succès (Franz Ferdinand, Arctic Monkeys) qui n’accueille aucun autre Français.

"Se perdre dans le son"

"J’aime les chansons sincères qui t’emportent simplement, sans théorie, ni concept, loin de la starisation ou de l’univers pop que je côtoie parfois où l’image est très importante, explique modestement l’artiste et peintre Frànçois. Peu importe le lieu, le genre ou la mode, seule compte une expérience : se perdre dans le son". Comme dans la transe des premières rave party où Frànçois plongeait dans l’électronique sur des plages abandonnées et des forêts inconnues, avec la nature en bout de piste sonore.

Avant les paroles franco-anglaises, les mélodies géniales et les textures électroniques, il y a donc les arbres, l’eau, le souffle du vent et ces sensations organiques qui inspirent le doux Frànçois Mary, capitaine des Atlas Mountains. "Piano Ombre est le dernier volet d’une trilogie influencée par les paysages du Sud-ouest, les pins et les plages majestueuses. Pour moi, la nature n’est pas hostile, c’est un refuge" explique le jeune garçon au regard azur qui s’avoue tenté par le "baiser de la ville" (City Kiss). "J’aime l’effervescence urbaine et la sérénité de la nature, un peu comme à Dakar, j’ai aimé le chaos et flotter dans le calme du fleuve : c’est la même ivresse".

Après la pop aquatique de Plaine Inondable et de E Volo Love, son nouveau disque répond à l’appel de la forêt. Il flotte un parfum d’humus fertile sur ces ballades forestières situées sur un atlas géographique imaginaire où France, Angleterre, Maroc et Bénin partagent des frontières.

Expériences africaines

C’est peut-être parce que sa mère qui a grandi au Cameroun, l’a emmené voir Manu Dibango à 10 ans, que Frànçois sait si bien tresser des petits morceaux d’Afrique dans sa toile pop poétique, sans vraiment connaître le continent. Il avait passé quelques mois entre le Sénégal et le Maroc, seul, avant d’enregistrer E Volo Love, et pour écrire Piano Ombre, il a entraîné ses Atlas Mountains dans une tournée vers l’Ethiopie, où Frànçois a enfin pu rencontrer son idole, le harpiste éthiopien Alèmu Aga, dont l’élocution mystique a inspiré son phrasé.

Puis cap vers le Bénin et le Burkina Faso, où ils ont enregistré quatre chansons avec des invités au ngoni et au balafon à paraître sur un futur EP. Une tournée au risque de confronter un beau rêve d’Afrique à la réalité ? "La réalité est toujours autre, mais nous ne sommes pas prisonniers d’un rêve, tempère le brillant Frànçois. L’Afrique donne des petits accrocs à l’orgueil et nous étions intimidés face à des pros du rythme. Certes, on a été déçus à Cotonou car il y a peu de clubs et plus de grands orchestres qu’on adore tant ! A Addis Abeba, hélas, les trios éthiojazz jouent dans un grand hôtel pour l’élite. Au Burkina, on a été surpris par les maquis. Là, la musique vibre toute la nuit !"

Pourtant, sur Piano Ombre, les sonorités africaines sont moins évidentes. "Peut-être parce qu’on a pu y aller et faire des concerts avec le groupe" tente Frànçois, qui n’a pourtant pas effacé l’Angleterre de ses influences. En 2003, il avait filé à l’anglaise à Bristol pour fuir l’ennui de sa ville, Saintes.

Frànçois y a enchaîné collaborations colorées avec des groupes pop et petits boulots dans la grisaille britannique avant de revenir s’installer à Bordeaux. "De l’Angleterre, j’ai gardé le côté contemplatif et mélancolique de la pop douce, les guitares soft et la musique susurrée" résume le chanteur.

C’est aussi là-bas qu’il a rencontré Etienne Daho, exilé à Londres. Frànçois apparaît d’ailleurs sur le dernier album de Daho et a repris Le Grand Sommeil. Il l’accompagnera pour un concert spécial en juillet à la Salle Pleyel à Paris. Un autre voyage en terre inconnue, sur d’autres courants.

Frànçois and The Atlas Mountains Piano Ombre (Domino) 2014
En concert à la Gaîté Lyrique le 09 avril.
Site officiel de Frànçois and the Atlas Mountains
Page Facebook de Frànçois and the Atlas Mountains

A écouter aussi : la session live de La Bande Passante (10/04/2014)