Mathieu Saïkaly, folk rayonnant

Mathieu Saïkaly, folk rayonnant

Sorti à une date hasardeuse, A million particles, le premier album du lauréat l'an dernier de Nouvelle Star, prend l'auditeur par surprise et emballe par sa belle audace. A seulement 22 ans et avec des chansons folk hybrides, Mathieu Saïkaly fait ainsi preuve d'une assurance assez impressionnante. Il faudra le suivre de très près.

Avant toute chose, il convient de s'interroger sur la stratégie de lancement du disque. Pourquoi propulser un album dans les bacs à mi-parcours, en l'occurrence le 7 août, de la période estivale ? On a beau retourner le problème dans tous les sens, cela reste un curieux mystère. Peut-être que cette sortie en catimini a été programmée pour ne pas trop aveugler la concurrence. Parce qu'il serait insensé ici de considérer Mathieu Saïkaly tel un chanteur de variété déguisé en "folkeur" de salon.

Le garçon, qui a tout juste 22 ans, apparaît déjà comme un musicien radieux et pleinement formé. Sur son curriculum vitae, on s'attardera plus volontiers sur son spectacle de lectures musicales avec l'écrivain Nicolas Rey – fraîchement auréolé du prix du public au festival d'Avignon – que sur sa victoire en 2014 dans Nouvelle Star. De toute façon, cette émission ne va pas lui coller longtemps aux basques. Contrairement à d'autres lauréats de télé-crochets cathodiques qui se vautrent dans la précipitation et la facilité, Mathieu Saïkaly a préféré maturation et exigence.
 
Entre le français et l'anglais, son cœur balance. Ne pas compter sur lui, non plus, pour de quelconques compromis. Le chanteur n'est pas autant du genre à monter sur ses grands chevaux. C'est en douceur qu'il atteint des sommets d'intensité, comme sur cette ballade introductive d'une irradiante beauté (A million particles) ou sur ces mélodies soustraites aux lourdeurs de l'emphase (Canvas, From glass to ice).
 
Il y a un feu intérieur, une surprenante force tranquille qui irriguent les titres de l'album. Quelques touches d'électro injectées ici et là, du vibraphone (Poison), des chœurs célestes. Si elle n'égale pas son idole Elliott Smith, cette musique foncièrement personnelle ne frime pas, évite la folie des grandeurs et se contente d'être elle-même. On y trouve aussi des interludes élégants, des souplesses pop irrésistibles (Cliché cosmique), un duo intimiste avec Pauline de Tarragon (Dans l'ombre de mes pupilles), des refrains à reprendre en chœur (Je t'ai cherchée). Mathieu Saïkaly possède l'audace non calculée des aventureux et l'apanage des doux rêveurs. Une bonne définition de ce que peut être un homme libre.
 
Mathieu Saïkaly, A million particles (Polydor) 2015
Page Facebook de Mathieu Saïkaly