Lou Doillon, une suite royale

Lou Doillon, une suite royale
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Il a suffi de quelques tubes à Lou Doillon pour se faire un nom dans la chanson. Trois ans après avoir rencontré le succès populaire, la fille de Jane Birkin et du cinéaste Jacques Doillon accouche de Lay Low, un deuxième disque résolument marqué par sa collaboration avec Taylor Kirk, le songwriter du groupe montréalais Timber Timbre. L'élégante jeune femme confirme son talent de chanteuse folk, mais n'évite pas les polémiques autour de ses origines dorées.

"En sourdine", voilà ce que dit en substance le titre de ce deuxième album de Lou Doillon, et ce clin d’œil semble d'autant plus malicieux que sa forte exposition médiatique tranche avec une démarche somme toute assez artisanale. Afin de ne pas reproduire des recettes folk prémâchées, la jeune femme est allée chercher à Montréal, Taylor Kirk, le songwriter du groupe Timber Timbre et elle a enregistré la plus grande partie de son disque dans l'hiver québécois. Alors qu'elle avait déjà commencé son travail avec d'autres, ce choix d'un musicien à la personnalité si marquée pouvait être à double tranchant.

À quel moment basculerait-on dans un disque de Timber Timbre & Lou Doillon ? Quand la chanteuse deviendrait-elle la muse de son propre album ? Pour qui connaît les paysages sonores du groupe canadien, il s'agit certes de territoires connus, mais force est de constater que la jeune femme tient bon, restant en permanence sur le fil, la conséquence d'une voix empreinte de blues, sans doute mais aussi de Weekender Baby, une ballade folk toute simple qui, produite par la chanteuse elle-même, scinde l'album en deux parties presque égales. 
 
De cette petite quarantaine de minutes – et onze chansons- toute(s) en anglais, on retient donc l'esprit fantomatique de Taylor Kirk que Miss Doillon a su capturer avec élégance. C'est lui qui a apporté ce mélange de guitares râpeuses et de sonorités oniriques à des compositions s'accommodant par ailleurs très bien d'un minimal piano/voix, guitare/voix. On y parle d'amour, de relations qui vont et viennent, de choses tristes sans jamais en oublier une certaine légèreté. En son entier, Lay low rappelle ces quelques titres où Bob Dylan se laisse aller à une poésie aérienne qui rend plus floue la frontière entre l'électricité du rock et le côté acoustique du folk. 
 

Une véritable auteure/compositrice et interprète

Mais parler de Lou Doillon, c'est forcément évoquer un arbre généalogique doré à l'or fin. Quand bien même elle y a toujours eu, affirme-t-elle, une place un peu à part, Miss Doillon est en effet rattachée au clan Gainsbourg, c'est-à-dire à ce qui se fait de plus class' en matière de show-business en France. À la fois actrice du cinéma d'auteur, mannequin, la demi-sœur de Charlotte Gainsbourg a été un visage étrangement familier avant de rencontrer le succès populaire il y a trois ans par la grâce de son premier disque, Places. La "fille de... " s'y révélait non pas en actrice qui chante, mais en auteure/compositrice et interprète.

 
Produite par un ange gardien nommé Étienne Daho, elle a vendu 200.000 exemplaires de ce premier album rien qu'en France (double Disque de platine) et remporté une Victoire de la musique, sans toutefois faire taire les mauvaises langues. Dernier épisode en date à la rentrée : la reprise par le journal Libération d'une interview donnée au quotidien espagnol El Pais où la chanteuse s'agaçait de l'hypersexualisation des stars de la téléréalité et du r'n'b américains (Kim Kardashian, Nicki Minaj) ayant débouché sur une polémique à propos de féminisme "des beaux quartiers".
 
Ces tempêtes dans un verre de champagne mises de côté, Lay Low est quand même une suite comme on en voudrait plus souvent… et ce n'est pas de cinéma dont on parle, mais bien de musique.
Lou Doillon Lay Low (Barclay) 2015
Site officiel de Lou Doillon
Page Facebook de Lou Doillon

A écouter sur Rfi.fr :
Les trésors de Serge Gainsbourg (La bande passante 10/07/2015)
Lou Doillon (La bande passante 08/09/2012)