La pop française tisse son cocon

La pop française tisse son cocon
Naïve New Beaters © DR

La pop française se cherche une place parmi ses cousines anglo-saxonnes. Perez renouvelle le genre en français version électro, Breakbot convoque ses souvenirs funk et disco. M83, Bangkok et Naïve New Beaters s'isolent pour mieux se trouver dans la musique. Chacun semblant être en quête de son moi profond.

Leur premier album ne sortira qu'en juin 2016, mais le trio Bangkok fait déjà preuve d'une belle maturité musicale, comme en témoigne leur EP du nom de la capitale thaïlandaise. Bangkok, car cest là-bas que les trois garçons y ont enregistré leurs premiers titres. Les deux frères Barthélémy et Melchior d'Ollone ont grandi à Bordeaux, avant de gagner Paris où ils ont fait la connaissance d'Antoine Clément Bollée. Tous trois sont des globe-trotters. Barthélémy et Melchior sont au Mozambique ou à Madagascar pour y dénicher des pierres précieuses, Antoine travaille dans l'humanitaire à la Réunion

C'est depuis Antananarive que Melchior explique: "La musique est notre seconde passion. Nous avons en commun un goût pour des groupes comme Pink Floyd, les Bee Gees ou Supertramp, pour les harmonies vocales et le travail de composition. Nos voyages, nos rencontres nous inspirent." Ainsi, leur EP cinq titres raconte l'histoire d'une fille d'une maison close de Bangkok (Magic) ou les rêves d'ailleurs d'une jeune femme (Maya Girls). Les trois amis ont composé et enregistré seuls, Melchior jouant de la guitare, Antoine et Barthélémy respectivement basse et claviers. Leur musique est une pop organique et ciselée, avec un goût prononcé pour les refrains entêtants, qui rappelle Queen ou Phoenix. Leur premier album sera un peu plus exotique, avec la contribution d'un guitariste et d'une chanteuse malgaches.

 
Bière et ruptures

Les Naïve New Beaters se sont eux aussi isolés pour leur troisième album, mais en Ardèche. Leur seconde passion secrète, après la musique : la bière. Les trois larrons ont lancé

leur Naïve New Beer. Le chanteur, David Boring, confie :

"Après deux albums et notre dernière tournée, nous nous sommes retrouvés sans label et sans copines. Elles nous ont largués au moment de la tournée. Nous avons donc travaillé seuls et nos textes parlent de ruptures, pas seulement sentimentales, mais aussi de renouveau ou de nostalgie." Les NNB ont un peu enregistré en Chine, où ils ont tourné un documentaire, "Yo! Pékin", premier "docu-fiction-film daction-film de vacances". En Argentine, ils en ont profité pour enregistrer un clip. Intitulé À la Folie, ce nouvel album est plus personnel, selon David, "il est éclectique, assez dansant aussi. Nous avons utilisé notre MPC et des boîtes à rythme, ainsi que de vieux synthés analogiques. C'est de la pop rappée ou du grunge dance, je ne sais pas"

Élevé aux États-Unis les dix premières années de sa vie, le chanteur n'envisage pas de passer au français: "Les sonorités de l'anglais sont plus douces, c'est une langue qui revêt plusieurs sens, qui est plus élastique et chaloupée, comme notre musique. Et puis je parle aussi mal français qu'anglais!" (rires)
 
Rétro

Breakbot lorgne aussi vers la musique anglo-saxonne, mais plut

ôt celle des années 1970-80 (disco, funk, variété). Né en 1981, Thibaut Berland a écouté enfant Prince, Michaël Jackson et Stevie Wonder. Après un premier album essentiellement composé seul, son fidèle chanteur Irfane, fait cette fois partie intégrante du projet. Pour ce second opus, beaucoup d'instruments acoustiques ont pris le relais des ordinateurs. La recette fonctionne avec ses chansons ensoleillées aux paroles innocentes, remettant au goût du jour des saveurs anciennes qui semblaient démodées.

M83 est de retour, avec Junk, son septième disque, épique et hétéroclite. Un album pop qui regarde aussi dans le rétroviseur vers les années 80 ou 90, et vers les musiques de film ou de séries. Le Français Anthony Gonzales, expatriéà Los Angeles, explique s'y être senti éloigné de ses amis et de sa famille, notamment lors des attentats de novembre 2015. Comme un écho à ce sentiment, Mai Lan y chante en français (Bibi the dog, Atlantique Sud).

É

chappé du groupe rock Adam Kesher, Julien Perez s'est mis à la pop et au français. La langue de Molière lui a semblé plus appropriée pour un album personnel et pour quelques audaces dans l'écriture. Après trois EP, son premier album assume une pop psychédélique et synthétique. Perez cite volontiers Bashung, Daho, Christophe ou Chrystler, parmi ses influences. Si ses premiers titres étaient presque techno (Le Prince Noir), Perez s'est un peu éloigné de cette veine, également creusée par Flavien Berger. Seul, il a écrit et composé aux claviers ses chansons électroniques puis a fait appel à quelques acolytes pour la production, avec Jean-Louis Piérot (Daho, Bashung) ou Pierrick Devin (Cassius, Fortune). Ses textes s'éloignent des chansons d'amour, thème surexploité par la pop, comme sur Une autre fois ("J'me retrouve la tête en l'envers sur le comptoir/Les quatre pattes en l'air/Ça m'fait faire des cauchemars"). De l'Ardèche à Los Angeles, de la pop teintée d'électro à celle s'acoquinant avec la disco, tous ces artistes se sont isolés pour puiser une inspiration la plus personnelle possible. La pop comme carnet de voyage ou comme journal intime.
 
Bangkok Bangkok EP  (Columbia/Sony Music) 2016.
Breakbot Still Waters (Ed Banger/Because) 2016.
M83 Junk (Naïve) 2016.
Naïve New Beaters À la folie (Capitol/Universal Music) 2016.
Perez Saltos (Barclay/Universal Music) 2015.

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