Paris Hip Hop 2013

Paris Hip Hop 2013
Festival Hip Hop Paris © DR

Du 22 juin au 7 juillet, à Paris et dans sa banlieue, la huitième édition du festival Paris Hip Hop propose une program-mation américaine pointue, une sélection française éclectique et une embardée sénégalaise. Bilan de mi-parcours.

Lorsqu’il a fondé l’événement, Bruno Laforestrie rêvait d’instituer à Paris une quinzaine du hip hop, équivalent de festivals prestigieux dédiés à d’autres arts, comme la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes pour le cinéma, ou le festival d’Avignon pour le théâtre. 

Avec 89.000 spectateurs l’année dernière, Paris Hip Hop a trouvé son public et comblé un manque, c’est le seul festival consacré au hip hop de cette envergure en France ! Pendant quinze jours, les différentes disciplines qui fondent le mouvement - danse, graffiti, rap et djing – exposent au public parisien leur bouillonnante créativité.
 
En matière de rap, la programmation du festival consolide l’axe bilatéral historique de la Zulu Nation : USA vs France. Avec une programmation américaine pointue, - le très attendu concert de Pusha T, The Pharcyde, Ultramagnetic Mc’s, et l’annulation du concert de Mobb Deep la semaine dernière -, et une sélection française éclectique, Paris Hip Hop affiche souvent complet.
 

Cette année, la programmation propose une ouverture africaine, à la faveur du Tandem Paris-Dakar organisé par l’Institut Français. Mercredi 3 juillet, lors d’une jour- née Africa Graffiti, le Sénégalais Docta fera le mur avec Lazoo, Marko93 et Da Cruz, fraîchement débar- qués de Dakar, où ils étaient en résidence au festival dakarois Festa 2H, le 11 juin dernier.

 
Curio et Rasty, deux graffeurs de Johannesburg ramèneront aussi leurs esquisses australes, dans le cadre de la saison Afrique du Sud France. Le 5 juillet, les vétérans Didier Awadi et Matador donneront un concert en face de l’Assemblée Nationale sur les Berges de Seine.
 
Babacar Niang, alias Matador passe l’été en résidence en France, durant lequel il enregistrera un album, et donnera un concert de restitution le 21 septembre au Centre Barbara Fleury Goutte d’Or. "Depuis quatre ans, nous développons l’action culturelle à l’international, explique Bruno Laforestrie, fondateur du festival. A l’étranger, il y a une demande massive de hip hop français, c’est une culture jeune qui s’adresse à des pays à la population majoritairement jeune. Nous avons monté différents plateaux et trente-quatre pays ont répondu oui ! On a démarré avec la Colombie, le Brésil l’année dernière, et là nous préparons une tournée latino-américaine pour un collectif de rappeurs et graffeurs : DJ Nelson, Rocca, Marko 93 et Eklips".
 
Le crew voyagera aussi en Afrique, courant 2014. Paris, capitale de la mode, de la chanson et du hip hop ? "Oui, nous avons une forte scène en rap, mais aussi en danse et en graffiti, qui s’exporte bien et peut représenter la culture française à l’étranger", insiste Bruno Laforestrie. A Paris, il reste une semaine pour en profiter !
 
Gaël Faye, rap au piment
 
Lundi 1er juillet. Un soir, deux concerts, à l’affiche du Paris Hip Hop festival. Alors que le New-Yorkais Pusha T montre les dents à la Plage du Glazart, Gaël Faye monte le son à l’Alhambra. RFI Musique était là.
 

La soirée est enfin propice aux terrasses, aux pique-niques et aux interminables apéros, pourtant une petite foule se presse devant les portes de l’Alhambra, dans le 10e arrondissement de Paris pour le concert de Gaël Faye. Dans la queue, la faune est bigarrée : lascars à casquette, rockeurs déchus, princesses d’Afrique, fans déclarés portant le tee-shirt Pili-pili, mais aussi une jeu- nesse branchée, sapée et arty – le slammeur Saul Williams, Ngima, chanteuse des Black Cow-Boys et même l’écrivain congolais Alain Mabanckou.

 
Avec son hip hop live, nourri au jazz, au rock, au slam et à la rumba, Gaël Faye incarne bien la richesse d’un genre cannibale et mutant, qui se fout des étiquettes. En introduction à son morceau Fils du hip hop, il rappelle une anecdote : "Un jour en distribuant des flyers, un type me dit : non, mais vous faites du slam. C’est trop gentil, moi je veux du hardcore. Que répondre à ça : est-ce que la vie n’est pas assez hardcore" 
 
Le morceau démarre sur les chapeaux de roues, ode au mouvement hip hop, à son évolution, à ses contradictions : "choisir entre révolution ou sociale ascension". La sienne, il l’a faite en quittant un poste dans la finance à Londres pour embrasser le rap à pleine bouche. Et à trente ans, il sublime une vie faite de ruptures, d’exil et de questions à travers un son aussi métisse que l’est son sang.
 
Ligne de basses lourdes, riff de guitares soukouss, flow en apnée et textes construits, rien de "gentil", mais plutôt un set live à couper le souffle… Lorsque le chanteur angolais Bonga monte sur scène pour Président, que son complice de Milk Coffee & Sugar, Egdar Sekloka entame un zouk conscient a capella, que le slammeur new-yorkais Saul Williams vient irradier la scène de sa poésie atomique et que tous, ils entourent le tonton Bonga, pour une reprise de Mulemba Xangola, -Saul Williams aux chœurs-, on se dit que Paris cumule les casquettes. Capitale hip hop et capitale de la sono mondiale, deux planètes qui se rencontrent trop peu, alors qu’elles auraient, comme ce soir, beaucoup à partager.
 
Dimanche 28 juillet : Carte Blanche à Gaël Faye et Milk Coffe & Sugar
Scènes d’Eté de la Villette, 19H, gratuit
 
Site officiel de Paris Hip Hop