L'irrésistible ascension de MHD

L'irrésistible ascension de MHD
MHD © E. Parron

Le jeune Parisien MHD renouvelle musicalement le rap tout en évitant de se positionner entre provoc et rap conscient. En moins d'un an, il est passé de l'anonymat aux scènes internationales via un succès fulgurant sur les réseaux sociaux. Décryptage du phénomène.

Il y a un an, Mohamed Sylla n'était qu'un jeune Parisien de 21 ans qui livrait des pizzas. Il enregistrait de la musique dans sa chambre et tournait des clips avec des copains de son quartier, la Cité Rouge, dans le XIXe arrondissement de Paris, au nord de la capitale.

Membre du collectif 1.9 Réseaux, le garçon pratiquait un rap plutôt électro, très influencé trap, ce courant américain lent, minimaliste et gonflé de basses. Durant l’été 2015, il improvise un rap sur le morceau Shekini du célèbre groupe nigérian P-Square. Sur les réseaux sociaux, la vidéo est commentée et partagée des milliers de fois.

De retour à Paris, Mohamed Sylla prend la chose plus au sérieux, enregistre en studio et publie Afro trap partie 1 (la Moula). Le clip, tourné à Paris, rencontre encore un vrai succès ("Mais qui veut d'la moula ? Mes négros ne fument que la moula, enfoiré/T'as fumé ma moula, t'as toussé"). "Moula" désigne le cannabis et très vite aussi, le pas de danse lancé par ce clip, mélange de coupé-décalé et de danse hip hop.
 
Musique ivoirienne

La série de clips afro trap mêle rap et rythmiques africaines trépidantes. Celui qui se fait appeler MHD utilise quelques sons de balafon, de kora ou de djembé. Conscient d’une certaine uniformisation musicale du rap français, le jeune homme entend ainsi se démarquer. 

 

Né d’un père guinéen et d’une mère sénégalaise, Mohamed Sylla a baigné dans la musique de ces deux pays avant de s’enticher du coupé-décalé ivoirien de Douk Saga, Molare ou DJ Arafat, plutôt que du rap US. Il n’y a pas que dans sa musique que les influences s’entrechoquent, dans ses textes, les mots de différentes langues laissent l’auditeur autant perplexe que devant les textes de PNL : quelques mots en bambara, en lingala ou en soninké côtoient l’argot des banlieues.

 
En neuf mois, les cinq clips de la série Afro trap cumulent plus de 70 millions de vues sur Internet et une multinationale du disque lui offre un contrat pour publier son premier album dans la foulée de son succès sur les réseaux sociaux. Composé avec Dany Synthé, ce premier opus se clôt par un duo mélancolique avec Angélique Kidjo, Wanyinyin.
 
Football
 
La musique et le phénomène ont tout pour plaire au public le plus large… et aux journalistes. Un garçon qui réussit grâce à son seul talent et aux réseaux sociaux —auquel tout un chacun peut donc s’identifier— une étiquette "afro trap" bien utile pour les médias en quête de nouveauté, une musique qui se distingue du rap actuel avec ses influences africaines, et enfin des paroles moins crues que celles d’un Kaaris ou d’un Gradur.
 
S’il ne s’agit pas de rap conscient, MHD ne fait pas non plus dans la surenchère sexe, drogue et flingues, mais ne pratique pas trop l’humour ou le second degré. Même s’il évoque le cannabis ou des rivalités, il est davantage question dans ses textes de s’amuser entre amis ou de s’enthousiasmer pour le foot ("Ces bâtards j'les sens pas/Tu t'butes a la yeuka/On s'bute a peufra/C'est la Champions League/75 c'est la Champions League/91 c'est la Champions League…").
 
Pas de filles en string ou d’armes à feu dans ses clips, mais des jeunes en survêtement qui dansent dans les rues de Paris. Autre hommage de ce fan du PSG au ballon rond avec le titre Roger Milla, joueur camerounais qui effectuait un pas de danse lorsqu’il marquait ("Tous en place sur le corner/Roger Milla/Danse comme Roger Milla").
 
Gamins
 
MHD l’avoue lui-même, son public n’a que 15-16 ans sur les réseaux sociaux. En concert, son analyse se vérifie : le public est très jeune, il y a des enfants dans les salles, voire sur scène, comme dans ses clips.
 
Façon ego-trip ou journal de bord, MHD revient dans ses raps et ses clips sur le succès des précédents, comme dans Roger Milla : "Tout est parti d'un freestyle à l'hôtel/En trois mois j'ai fini sur un Zénith/C'est le taff qui paye/Maintenant j'peux dormir sur mes deux oreilles". Des mises en abyme pour mettre au courant ceux qui prennent le train en marche et forger sa petite légende urbaine.
 
"Afro trap" est devenue une marque déposée et une ligne de vêtements bien visibles dans les clips et les concerts, un commerce façon Wati-B. Le succès de MHD dépasse déjà les frontières hexagonales, puisque le rappeur doit se produire au Canada, en Norvège, aux Pays-Bas ou à New York au Moma PS1. Enfin, il a été nommé meilleure révélation aux BET Awards. MHD a vite évolué dans la Champions League.
 
MHD MHD (AZ/Capitol/Universal Music) 2016
Facebook de MHD