Francofolies de La Rochelle, la grande fête de Youssoupha

Francofolies de La Rochelle, la grande fête de Youssoupha
Youssoupha, Francofolies 2016 © Bastien Brun

Pour sa dernière soirée, la 32e édition des Francofolies de La Rochelle, qui a connu des records de fréquentation, a donné "Carte blanche" à Youssoupha.

Avec ses invités, le rappeur d'origine congolaise a donné l'image d'un hip hop résolument positif, qui fait vibrer les 18-25 ans sans mettre de côté un propos construit. Récit d'une soirée commencée sous le soleil, exactement, et qui s'est achevée dans la sueur d'une salle surchauffée.

Un peu plus de 20 heures, il fait encore très chaud ce dimanche. Loin du port de La Rochelle, de ses tours, il y a comme un air de plage aux abords de La Sirène. Située à cinq kilomètres du centre-ville, la salle de concert est un bâtiment massif qui, avec sa toiture jaune et grise, pourrait faire penser à un gros scarabée posé en plein milieu d'une zone industrielle. Mais ce jour-là, il y a le sable, les palmiers et des chaises longues afin de lézarder.

C'est à cet endroit que les Francofolies ont joué la carte de la contre-programmation, donnant cette année, les clefs à des grandes familles d'artistes pour des soirées sans fin. Au premier jour du festival, le label électro Ed Banger faisait résonner la SMAC (salle de musiques actuelles) jusqu'aux petites heures de la nuit. Pour le dernier soir, alors que les ex-Téléphone, les Insus, jouaient sur la grande scène Saint-Jean d'Acre, le festival a donné "carte blanche" à Youssoupha, qui s'est chargé d'envoyer les cartons d'invitation. 
 
Le rappeur d'origine congolaise était convié pour la première fois à La Rochelle. Il ne pouvait que constater la santé éclatante du mouvement hip hop en général. "De toute façon, confiait-il, ce n'est plus une négociation, un débat ou une attente. Le rap est entré dans le paysage culturel français. Il a maintenant une telle assise, en terme de ventes, de place à la radio, qu'en lui donnant sa place naturelle, c'est suffisant !"

La culture hip hop, au sens large

Pour sa soirée, Youssoupha a donc imaginé "le concert auquel il aurait voulu assister", une sorte de "playlist" dont l'ADN a couvert tout ce qui touche "à la culture urbaine, de près comme de loin". "Dans un coin de notre tête, on s'est tous vus un jour programmateur de festival," continuait-il à la veille du jour J. "Je voulais donc faire un plateau découvertes hip hop mais pas seulement, parce qu'il y a des gens comme Georgio, Médine ou S.prit noir, qui sont déjà connus, ou un humoriste comme Redouanne Harjane, qui vient du Comedy Club."

 
Si Youssoupha plaide pour une "authenticité" musicale, la soirée a tourné autour d'un rap sans armes, ni chaînes en or, ni violence. Le message passé était plus proche du "paix, amour, unité et amusons-nous" que d'une apologie du cocktail "red-bull/vodka" et autres douceurs. Après un défilé des rappeurs (Brav, Take A Mic…), le duo pop/folk Madame monsieur, c'est une fille, Coely, qui a fait décoller la soirée. La jeune prodige belge a scotché tout le monde grâce à son hip hop/soul en anglais plus que contagieux et une énergie simplement incroyable.
 
Puis, juste avant que Youssoupha ne prenne la scène pour deux bonnes heures d'un concert entrecoupé par le passage de quelques d'invités, l'humoriste Redouanne Harjane a joué les M. Loyal avec ses pastiches de chanteurs à guitare. "Ma vie, c'est comme un analphabète au karaoké, j'ai pas les mots", lâche-t-il. Le reste est à l'avenant, tout aussi noir et absurde, mais franchement drôle.
 
"Youssoupha, Bomaye"

Quant à Youssoupha, son arrivée est celle d'un boxeur sur le ring. "Youssoupha...", harangue son DJ. "Bomaye", répond le public, référence aux encouragements des Zaïrois pour Mohammed Ali, lors du "combat du siècle" de Kinshasa. Youssoupha punche les mots comme d'autres filent des uppercuts, les 18-25 ans lui renvoient son écho.

 
"La France reconnaît pas les communautés mais nous traite comme telles / Quand les gens sont boycottés, forcément, ils se lassent / Quand on met les gens de côté, forcément, ils s'éloignent", chante-t-il dans Entourage.
 
La Sirène ruisselle à ce moment-là de sueur et cela fera tout drôle de la voir entonner "La Marseillaise" comme d'un seul homme. Venu de la Vendée voisine, Kévin, 25 ans, constate : "Après l'Euro, où on l'a chantée dans les stades, on n'a pas d'autres choix que de montrer qu'on est solidaires. C'est aussi une fierté pour nous." Alors que ces Francofolies ont été marquées par l'onde de choc consécutive à la tuerie de Nice, le 14 juillet, la chaleur humaine renvoyée par ces grands ados, s'exprimant avec les Smartphones et "les Y en l'air", avait quelque chose de joyeux.
 
"C'est nous, la chanson française", terminaient Youssoupha et ses invités sur le sample du Chanter pour ceux de Michel Berger.
 
Aux antipodes de la création de Brigitte chantant Balavoine - Hum !-, les images fugaces du karaoké des Insus, un Miossec à vif et cette "Carte blanche" pleine de bonnes vibrations est ce qu'on retiendra de ces 32e Francofolies. Des Francofolies qui ont battu des records de fréquentation, revendiquant selon ses organisateurs 90 320 entrées enregistrées et 145 000 festivaliers.
 
Site officiel des FrancoFolies
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