L'Autobiographie de Diam's

Diam's sur scène
Paleo Festival de Nyon 2010 © L.Basque

Diam's, icône du rap français, publie ces jour-ci une Autobiographie, un livre confession qui relate son parcours alors que la jeune femme a disparu de la scène médiatique depuis plusieurs années. Elle y évoque moins sa carrière artistique que ses problèmes existentiels. Une façon d'annoncer que la rappeuse ne balancera plus son flow ?

Trois ans qu’elle avait gardé le silence, y compris au plus fort de la tourmente entourant la polémique sur son voile et sa conversion à l’islam. Et maintenant, ce livre. Une bio ? Ou une explication de cette dépression profonde que Diam’s avait déjà documenté avec une bouleversante précision durant dix minutes sur son ultime album SOS ?   

Cette Autobiographie sans titre joue sur la schizophrénie entre Diam’s, l’artiste, et Mélanie la jeune fille brûlée vive sous les feux de la rampe. Les termes employés sont forts : c’est sans ambages que Diam’s décrit la souffrance du succès, les chimères de la gloire, les frustrations de l’artiste adulée par des millions, mais seule comme une âme en peine. 

Si ces 300 pages racontent un parcours, ce parcours n’est pas celui de l’artiste Diam’s : en effet, tout ce qui a trait à la carrière artistique de Mélanie est évoqué plus que raconté. Rien sur Sinik, qui fut le partenaire rapologique de Diam’s et  avec qui fut entamé un album en duo, jamais finalisé. Une simple mention de la Mafia Trece, le groupe avec lequel Mel a fait ses débuts discographiques. Pas un mot sur l’épopée Brut De Femme, un album d’abord titré 1980 puis refait de fond en comble à la demande de Benjamin Chulvanij, à l’époque patron du label Hostile, jamais cité lui non plus. 

Bref, on l’aura compris, on n’est pas dans une logique de narration artistique mais personnelle. C’est dans la seconde partie, celle qui suit la "révélation" et la découverte de la prière avec son amie Sousou, que Mélanie se sent le plus à l’aise. "Pour la première fois de ma vie, je suis entrée en prière", explique-t-elle à la fin du troisième chapitre. Elle décrit alors la religion comme une libération, la réponse à ses problèmes existentiels, la proverbiale lumière au bout du tunnel. On sent la passion de la convertie dans les 120 pages qui suivent cette épiphanie, et l’ex-artiste va jusqu’à inclure de longs extraits de sourates du Coran, en alternance avec des textes de ses raps. 

Si l’on peut se réjouir de savoir Mel en paix avec elle-même, ceux qui l’appréciaient pour ses talents de rappeuse vont être obligés de constater que pour elle, l’exercice de la religion est incompatible avec celui du hip hop. Le message est très clair : Si c’était le dernier, l’ultime titre de l’album SOS, est son au revoir au monde du showbiz. Plus d’album, plus de concert, plus de présence publique. Comme si Diam’s était une figure du passé, laissant la place à une femme mariée, une jeune maman qui ne rêve que d’anonymat et d’humanitaire. À 32 ans, cette retraite autoproclamée semblera prématurée à beaucoup. C’est un choix, largement expliqué dans ces pages, qui ne suffiront pourtant sûrement pas à satisfaire les fans.  

Quand au style du livre, on regrettera un ton proche de la langue parlée, sans volonté stylistique, à mille lieux de ce flow bouleversant qui fut celui de Diam’s sur disque. Ecrit seul et sans nègre, ce récit d’une vie a donné envie à Mélanie de continuer à écrire sur papier, a-t-elle déclaré dans une de ses rares interviews promo. On préfère espérer qu’elle change d’avis et refasse un disque.

Diam's Autobiographie (Don Quichote) 2012