Booba, le météore du rap hardcore

Booba, le météore du rap hardcore

Booba n'est pas un artiste consensuel. Son rap hardcore provoque des controverses, des polémiques mais aussi le succès pour celui qui ces jours-ci sort un nouvel album aux solides punchlines, Futur.

Qui est Booba ? On peut faire simple en lui empruntant une de ses fameuses formules : "Je vais régner assis négro, je vais mourir debout/Sur le podium il n’y a que nous/Tu veux t’assoir sur le trône, faudra t’asseoir sur mes genoux". Le roi du rap ? Pas loin. Le Duc de Boulogne. Un des nombreux surnoms de cet artiste hip hop apparu dans les années 1990 avec le groupe Lunatic, un duo qu’il fonde avec son ami Ali.

Leur unique album, Mauvais Œil, est un choc frontal, le premier Disque d’or pour un album de rap français produit en totale indépendance. Entre controverses et succès, Booba, né Elie Yaffa, grave sa légende en solo à coup d’albums classiques. Temps Mort, Ouest Side, Lunatic : trois disques puissants, au son froid et synthétique, avec quelques escapades reggae et des voix r'n'b traitées à l’Auto-tune, ce logiciel de correction musicale donnant des voix robotiques.
 

On le connaît pour ses fulgurances verbales que les connaisseurs appellent punchlines. Parmi les plus spectaculaires, on citera celles-ci dans Pitbull : "

Tout commence dans la cour de récréation/Malabar, Choco BN, sale noir, ma génération (…) J’ai grandi, je suis mort en silence/Crucifié sur une caravelle sous l’œil éternel d'une étoile filante". Brillant, lyrique. Assez pour convaincre l’écrivain Thomas A. Ravier d’écrire un texte sur lui dans la prestigieuse revue de la NRF, Booba, le démon des images. Il le compare à Céline, à Jean Genêt. La rue semble loin. Elle ne l’est pas. Booba ne s’embourgeoise pas, reste infréquentable. "Je traine en bas de chez toi, je fais chuter le cours de l’immobilier". Encore une punchline. Un humour comme politesse d’un désespoir urbain, d’un mal qui vient de plus loin et qui se cache sous un cynisme de façade et une plume virtuose.
 
Le Futur de Booba
 
Booba en 2012, c’est Futur. Peut-être l’album le plus attendu de sa carrière. Sons hypnotiques, brutalité lyrique et ambiance lourde : le menu est chargé, et vaut mieux que le premier titre lancé sur les réseaux, Wesh Morray, clash fantôme que Rohff, son ennemi intime, a pris comme une attaque personnelle. Jimmy est sûrement le titre le plus abouti : récit froid d’un assassin qui "te fumera en chantant. Il n’éteindra pas en sortant/ Jimmy ne vivra pas longtemps/Mais Jimmy vient du bled/Ventre plein, Nègre content". Sur un reggae délabré aux couleurs mornes d’un électro mécanique et terriblement efficace, le rappeur d’airain prouve qu’il a la tentation du chant. Même avec les béquilles de l’Auto-tune, il fait passer une émotion qui ne laissera pas indifférent.
 
Futur tourne sur une musique qui rappelle Earth Song de Michael Jackson. Le thème est un peu moins humaniste, mais c’est une belle réussite, un des grands titres de ce disque électronique, calibré, le barillet chargé. La vulgarité intense de certaines rimes écartera une partie du public.
 
La référence au président sénégalais Macky Sall dans Maki Sall Music intriguera la diaspora africaine. "Grand-mère sait faire un bon maffé", lance B2O dans ce titre aux relents du bled. Mais Futur, s’il est signé par un Français aux origines sénégalaises, n’est pas du rap en boubou. N’allez pas croire que Booba est là pour baltringuer. Pour la concurrence, le trône est encore loin.
 
Booba Futur (Tallac Records/AZ) 2012
Page Facebook de Booba