IAM, martial spirit

IAM
© Wahib

Un quart de siècle. Quel groupe de rap français peut prétendre à une telle longévité ? IAM est un monument, et leur album était attendu depuis longtemps puisque leur Saison 5 datait de 2007. En lieu et place du projet annoncé, basé sur des musiques d’Ennio Morricone, c’est Arts Martiens, un disque plus classique, qui est finalement proposé. Les fans n’y perdent pas au change puisque le groupe marseillais, pour ce sixième opus, retrouve une spontanéité rafraîchissante… Et des productions pyramidales signées Imhotep. Discussion avec le groupe au complet, dont le mental reste spartiate en ces temps de crise.

RFI Musique : Que s’est-il passé avec le projet Ennio Morricone ?
Akhenaton : Il n’arrivera pas pour l’instant, mais on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Il a été validé par l’équipe de Morricone puis, à l’étape des négociations, les conditions qui nous ont été fixées par les gens avec qui l'on discutait n’étaient pas viables pour nous. On a donc décidé de changer complètement de projet. On a fait 60 à 80 instrumentaux, on n’a rien gardé.

 
Donc vous êtes repartis sur un album classique ?
Akhenaton : On n’avait aucune ligne directrice. Les plannings ne pouvaient pas bouger, on devait enregistrer l’album dans le temps qui nous était imparti. Donc Jo (Shurik’n, NDR) et moi, on est partis sur quelque chose d’assez sauvage dans l’écriture. C’était de très grosses journées, on arrivait tôt le matin et on repartait tard le soir. On a enregistré beaucoup plus que ce qu’il y a sur l’album, des morceaux classiques IAM.
 
Shurik’n : Après, ce sont les gens qui en font des classiques. C’est une décision qui ne nous appartient pas.
 
Akhenaton : Sur cet album, on a arrêté la course à l’armement et on a décidé de faire comme on aime, pas d’être à la page, ce qui est complètement subjectif. Par exemple, certains morceaux pouvaient sembler vieux il y a quelques mois, mais maintenant, avec des Joey Badass et des Kendrick Lamar, ils sonnent complètement dans l’air du temps. Comme à l’époque de Sol Invictus où l'on me reprochait des samples de soul et puis Jay-Z a sorti The Blueprint, et ce qui était vieillot parce que tout le monde utilisait les synthés est redevenu tendance.
 

Il y a peu de participations extérieures…

Akhenaton : On a Faf Larage en featuring et aucun artiste américain. On est en charge du budget pour l’album et si le feat américain doit être payé plusieurs dizaines de milliers de dollars, on préfère faire deux vidéos avec l’argent. On n’a besoin de personne. À part des mégas stars comme Jay-Z, trop cher pour nous.
 
Est-ce qu’il y a une concurrence entre les deux rappeurs du groupe ?
Shurik’n : C’est plutôt l’osmose entre Chill (Akhenaton, NDR) et moi, mais c’est sûr qu’on écoute nos couplets et si son couplet déchire, ça va me mettre une pression pour faire aussi bien. On a toujours fonctionné comme ça.
 
Imhotep : C’est l’osmose par le haut.
 
Imhotep, cet album marque votre grand retour comme producteur principal d’IAM.
Imhotep : Je dois avoir une dizaine de sons sur les 17 dont Spartiate Spirit, Benkei & Minamoto et Sombres Manœuvres, Manœuvres Sombres. J’ai fait différentes tentatives sur des logiciels comme Reason mais je n’ai pas trouvé mon son, je suis donc revenu sur la MPC. Par contre, j’utilise pas mal ProTools pour le traitement électronique de certains samples. Sinon, la base se fait toujours dans la MPC 3000 et le SP 1200. On a fait appel à des musiciens : Sébastien Damiani et Tyrone Downie aux claviers, Freddie à la basse et guitare, un sax et un trombone. Une fois qu’on les a enregistrés, on les resample dans la MPC pour donner un grain.
 

IAM sera à l’affiche d’Urban Peace en septembre, avec Sexion d’Assaut, au Stade de France.

Shurik’n : C’est un grand terrain de jeu pour nous, on compte bien mettre le feu. Après, en compagnie de qui, du moment que c’est un bon esprit, ce qui est le cas avec Sexion d’Assaut, ça n’est pas un souci pour nous. On est loin, mais on fait partie du mouvement hip-hop et on fait du rap, quand même.
 
Qu’aimeriez-vous qu’on dise en écoutant Arts Martiens ?
Imhotep : "Woaw".
 
Shurik’n : "Effectivement, ils sont toujours là".
 
Akhenaton : "Voilà un très bel album d’IAM". Pour moi, il s’inscrit dans une continuité d’albums qui m’ont beaucoup plu dans l’histoire du groupe, et j’espère qu’il sera identifié comme tel. Que les gens ressentiront le même plaisir qu’on a pu prendre pendant l’enregistrement et le mix.
 
Kheops : Je vais dire une connerie : déjà qu’on ne dise pas de mal.
 
 
IAM Arts Martiens, (Def Jam France/Universal Music) 2013
En concert le 27 avril au Don Jigi Fest (Vitré), en tournée à partir d'octobre 2013

Site officiel

→ A écouter aussi sur rfi l'émission La bande passante speciale IAM du 20/04/2013 et 21/04/2013