Passi, destination Afrique

Passi
© A.Kumi

Dans son nouvel album Ere Afrique, Passi s’offre un tour du continent, entouré d’artistes de musiques urbaines : Meiway, Fally Ipupa ou Peeda. En tant que rappeur, citoyen, producteur, le rappeur franco-congolais Passi s’implique. Rencontre.

RFI Musique : Vous avez enregistré plusieurs albums tournés vers l’Afrique avec le collectif Bisso Na Bisso. Pourquoi enregistrer un album solo autour du continent ?
Passi : Bisso est un collectif qui me porte, que j’adore. Mais nous sommes quand même huit à décider et là, j’avais envie de naviguer en solo. Après le dernier Bisso, on a fait une tournée jusqu’à fin 2010. J’avais commencé à enregistrer quelques titres comme ça, avec des amis au fil des passages à Paris des uns et des autres. J’ai donc décidé de faire mon tour du monde, entre l’Afrique et la Caraïbe, avec de nombreux invités.

Y a-t-il des thèmes qui vous tenaient à cœur personnellement et qu’il n’était pas possible de développer dans le collectif Bisso ?

Oui, dans Ere Afrique, il y a un côté un peu plus fun, plus léger. L’album se divise en trois parties : au début, c’est très dansant. Ensuite, plutôt lover, avec des morceaux dédiés à la femme. Enfin, j’ai eu envie d’une partie plus "consciente", avec notamment, un duo avec Manu Dibango, Bantu Life qui s’interroge sur le futur de l’Afrique. La Dignité du Peuple, avec Lotfi Bouchnak et Younèss est un morceau sur le Printemps arabe, les conflits entre le peuple et l’Etat dans les pays d’Afrique et aussi, ici, à Paris.
 
Pourquoi avez-vous eu envie de chanter le Printemps arabe et comment avez-vous suivi cette période-là ?
Un peu partout, avec la télévision, les journaux, internet, c’était historique ! C’est marrant de se dire qu’aujourd’hui, tout ne tient qu’à un clic ! Je sais que ce vent de changement est en train des descendre et va à un moment, prendre toute l’Afrique. Avec ce titre, je m’interroge sur l’"après". Est-ce qu’on va se retrouver avec un autre dictateur ou d’autres colons dans ces pays, ou est-ce que le peuple va réellement tirer profit de tous ces morts et de ce chamboulement historique. La Tunisie va-t-elle tirer en profit par exemple ? Je me pose vraiment la question.
 

En tant que Franco-Congolais, avez-vous souhaité que cette vague de changement atteigne l’Afrique centrale, le Congo …ou le Cameroun par exemple, où Paul Biya est au pouvoir depuis le début des années 80 ?

Je ne dis pas spécialement qu’il faut un Printemps d’Afrique noire, mais il faut qu’il y ait des évolutions, des changements, et ce serait bien que ça puisse se faire avec intelligence. Il y a de plus en plus d’élections au sud du Sahara, il faudrait que des candidats légitimes gagnent ces élections-là et on aurait un changement un peu plus structuré, comme au Sénégal par exemple !
 
Aujourd’hui, à quarante ans, quel est votre rapport avec le continent ?
J’y vais souvent. J’ai été ambassadeur pour le PNUD au Congo, pour la jeunesse, le développement, l’éducation et le sport. Moi, ça me va très bien, tant que je ne rentre pas dans la  politique. Parler avec les jeunes, essayer de les faire rêver, les pousser à se cultiver, à développer leurs capacités, que ce soit dans le sport ou la musique, c’est bon. Si je peux être un exemple pour les jeunes Africains, qu’ils puissent se dire, "lui, il est né au Congo, il a réussi à faire tout ça, je veux faire pareil". Si dix jeunes se bougent en ce sens, et bien, j’en aurai déjà sauvé dix.
 
Comment avez-vous choisi la quinzaine d’invités qui vous accompagnent sur le disque ?
Il y a des doyens, comme Manu Dibango, qui avait déjà chanté avec nous, sur le Bisso. Lotfi Bouchnak est une référence en Tunisie, il chante en arabe littéraire. Ensuite, il y a des artistes confirmés, comme Fally Ipupa, avec qui je n’avais encore jamais enregistré. Or, c’est le prince de la rumba, il a encore été élu chanteur africain de l’année aux Trace TV Awards… Il y a aussi des talents à découvrir, comme Naby du Sénégal, Sphum, une voix magnifique d’Afrique Sud ou Lapiosh, un danseur, chorégraphe et chanteur congolais de la nouvelle génération.
 
Ce sont surtout des "ambianceurs" de musiques urbaines. Que pensez-vous de la scène rap sur le continent ?
Sur le fond et la forme, les rappeurs racontent des histoires de leur bled, mais sont aussi hyper connectés au monde. Ça fait plus de trente ans qu’ils écoutent du rap, français et américain donc les niveaux sont bons. Le plus difficile, c’est de leur trouver un circuit pour qu’ils puissent vivre de leur art. Une vraie tournée au Congo, ça n’existe pas. Nos pays africains en sont là, il faut déjà développer des lieux où ils peuvent jouer à travers le pays. Il faut qu’on s’y attèle vite.
 
En tant que producteur, êtes-vous impliqué dans la scène musicale africaine ?
J’ai produit des groupes sénégalais comme Bidew Bou Bess. Au Congo, j’ai par exemple réuni les quatre gagnants des quatre années de Zic Star - la Star Ac’ congolaise -, on a fait un titre, On est tous des Zic Stars etle clip. Bref, j’essaie de m’impliquer. Mon but, c’est plus tard de monter mon école d’audiovisuel au Congo. Dans le centre de l’Afrique, on n’a pas encore de gros cinémas, de gros studios non plus, alors qu’au Nigéria, ça cartonne. Je pense qu’il faut développer ces secteurs, c’est l’avenir du continent qui se joue là.
 
 
Passi Ere Afrique (Issap productions / Pias) 2013
Page Facebook de Passi

→ Ecoutez Passi sur RFI dans l'émission la Bande Passante le 29/05/13